Archives de Catégorie: Polars, thriller, roman noir

Les impliqués, Zygmunt MILOSZEWSKI

 » – C’est du théâtre ? demanda-t-il (Szacki). Est-ce qu’ils ont reçu des scripts au préalable leur disant comment se comporter ?
Rudzki fit non de la tête.
– Et ce n’est pas tout. Ils ne savent presque rien à propos de la vie d’Henryk Telak […] Rien. Vous voyez, en fin de compte, cette thérapie est extrêmement simple, surtout si on la compare à la psychanalyse classique, qui d’après moi se révèle souvent parfaitement inefficace. »

les impliqués

 

Alors qu’il assiste à un séminaire thérapeutique de groupe un peu particulier, Henryk Telak est retrouvé mort prés d’une crypte.
C’est alors le procureur Szacki qui va prendre l’enquête en main, et celle-ci va lui donner bien du fil à retordre.
Le procureur est persuadé que c’est l’un des autres patients de la thérapie qui, après un jeu de rôle, a assassiné Henryk Telak avec la broche qui lui traverse la tête par le globe oculaire. Encore reste-t-il à le prouver.
De piste en piste, Szacki n’avance pas d’un poil dans son enquête. Mais peut-être ne cherchait-il pas du bon côté ?
Et si ce meurtre d’apparence banale remontait en fait bien plus loin, dans l’Histoire même de la Pologne ? Et si le communisme continuait de sévir dans la vie privée des gens ?

Szacki va être confronté à une rude enquête qu’il va cependant assouplir un peu grâce à la belle Monika qui hante son esprit… Et devient bien rapidement plus qu’une simple collègue.

 

C’est un roman noir mené avec brio jusqu’au bout. Le lecteur ne se perd jamais mais peut cependant se distraire facilement de cette enquête qui n’avance pas.
Nous nous retrouvons confronté aux états d’âme de ce pauvre procureur qui n’arrive plus à réfléchir.
L’écriture n’a rien de transcendant, mais le roman marche. On se retrouve plongé dans une histoire qu’il est difficile de quitté. Une fois immergé dans l’esprit de Szacki on finit par ne plus pouvoir en sortir…

Le talent scénaristique se fait ressentir cependant un peu tardivement puisque j’ai failli abandonner avant la 70e page. C’aurait cependant été une erreur, et je le sentais bien, puisque l’enquête me hantait.

C’est, en outre, un bon roman policier qui vous prend aux tripes par moments et a tendance à ennuyer un peu à d’autres. Malgré ces quelques lenteurs, la déclaration finale est un feu d’artifice. Attention aux surprises, vous risquez d’avoir quelques séquelles !

 

Roman disponible chez Mirobole éditions depuis Octobre 2013. Traduit du Polonais par Kamil BARBARSKI.

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Aux innocents les menottes, Gérard MOREL

Nouvelle collection chez Oskar !
Tenez-vous bien. On reste dans le polar, et on ne peut se fier à personne. Pas même à ses propres idées. Les apparences sont à bannir ! La collection commence avec deux titres. Prêts pour l’aventure ?

Affaire n°1 : Le fils du cascadeur

« Pour sa première maladresse, il aurait pu s’en sortir avec un bras cassé, ou même un léger handicap définitif. Au pire, j’aurais accepté qu’on le ramène à la maison défiguré. Mais non, le temps que l’équipe de tournage s’aperçoive que la scène ne se déroulait pas comme prévu, il était trop tard. Personne n’a eu le courage de s’approcher des flammes pour en sortir mon père. »

Nous retrouvons Viktor. Un jeune garçon plein d’énergie qui a un grande confiance en son père. Et il vaut mieux, si vous voulez mon avis (qui est aussi le sien), puisque son père est un grand cascadeur du cinéma. Il fait pas mal de doublures pour des acteurs reconnus que le public adule pour leur grands exploits. Si vous n’entendez pas l’ironie, le jeune narrateur ne manquera pas de vous l’expliquer !
Viktor regarde son père avec un grand respect et une boule au ventre. Il a toujours peur de ce qui pourrait lui arriver. Et il a raison, puisqu’un jour son père meurt dans une cascade. Il ne saute pas de la voiture en feu et péri carboniser dans les flammes après un choc.
Viktor, qui vit alors avec sa Tante Frileuse (qui est aussi et surtout sa belle-mère officieuse), va alors se révolter contre ce monde du cinéma qui ne prononce pas même une pensée pour son père lors de la sortie du film. Il va mener sa petite enquête pour se libérer d’un doute, et va alors être confronté à un problème de taille : tous les acteurs qu’il appelle afin de les rencontrer meurent subitement avant son arrivée… Le plus souvent brûlés dans les flammes. Viktor se voit accuser de tous ces meurtres pour venger son père. Comment va-t-il prouver son innocence, et surtout, qui se cache derrière cette mascarade ?

9782848656830FS

 

Affaire n°2 : Meurtre à l’école buissonnière

« Ne me dis pas que ne t’es jamais enfui du collège ? Ni de chez toi ? Si c’est vrai, tu as de la chance d’être tombé sur moi ce matin ! On va partir à Paris ! »

Le jeune Salman est tous les jours en retard au collège. Surtout quand y a des interros. C’est pas le genre de truc qui l’enchante bien. Lui, ce qui le branche, c’est la peinture. Et il n’y en a que 2h dans la semaine… 

Ce matin pourtant il décide de prouver à son prof de Français qu’il peut être à l’heure malgré l’interro. Et manque de pot, un empêchement le fait arriver avec un quart d’heure de retard… Quart d’heure crucial puisque quand il arrive il trouve la salle vide. Néant. Fin.
Surgissent alors des pas, puis une petite voix dans le couloir. C’est Margriet. La fille la plus belle de l’école, qui lui parle, à lui. Elle aussi est à la bourre ce matin, et elle lui propose l’aventure : partir à Paris. Pas pour rien, évidement. Margriet rêve de devenir une star et là-bas elle pourra sûrement percer !
Salman, par une étrange pulsion et malgré la bizarrerie de sa camarade, accepte. Les voilà alors au bord de la route, à faire du stop. Un 4×4 s’arrête devant le jeune homme. Margriet semble se vexer et le laisse donc partir tout seul. Ils se retrouveront plus tard.
Seulement une nuit passe, et le lendemain, à Paris, Salman voit dans tous les journaux que sa camarade s’est faite assassiner. Tout de suite il comprend qu’il sera le suspect numéro 1 et son nom ne tarde d’ailleurs pas à apparaître dans les journaux nationaux.
La traque commence. Salman doit se planquer et trouve refuge chez l’un de ses enseignants à qui il peut faire confiance.

9782848656830FS

 

Ces deux romans sont incroyablement haletant pour le peu de pages qui les composent. Le lecteur se trouve immédiatement happé par les pages de ces livres. Il se retrouve dans une position d’enquêteur presque paranoïaque qui le rendent méfiant.
Sans réelle violence, avec quelques fausses pistes, et adressés à des ados collégiens, ces romans sont les bienvenus dans la littérature noire.

En plus, petit bonus, les deux affaires se passent dans le même établissement scolaire… Et devinez quoi ? Vous retrouvez Viktor dans la seconde vu par son camarade…

L’auteur sait nous titiller, nous rendre faible face à nous même. Il sait nous mener où il le désire, et malgré une écriture qui parfois laisse à désirer et à laquelle il faut adhérer (problème de rythme au début, de vocabulaire), l’intention est si bonne et l’histoire si maîtrisée, qu’on n’y voit que du feu et qu’on se laisse embarquer bien volontiers !

 

Ouvrages disponibles aux éditions Oskar depuis Février 2014.


Les rues de Santiago, Boris QUERCIA

« Mon père, je vais le voir au moins une fois par an. Depuis sa tombe, on voit un petit bout de mer, entre les bâtiments. Je reste là un moment, à réfléchir. La sépulture est toujours bien entretenue. Je n’ai jamais osé demander à ma mère si c’est elle qui vient, vu que c’est peut-être une autre femme que le vieux fréquentait. En tout cas, je ne lui en ai connu aucune autre, juste ma mère. »

quercia

Santiago est un de ces flics qui n’est pas comme les autres flics. On peut l’appeler flic, ça ne le dérange pas. Tant qu’on ne dit pas keuf ou poulet… lui il s’en fout.
Ce matin là, alors qu’il fait un froid à glacer le sang et qu’il s’apprête à arrêter une bande de délinquants, il se rend compte qu’il ne veut plus tirer. Il est là, sous une caisse, à attendre leur arriver pour leur tirer dans la jambe. Mais il en a marre. Il ne veut plus tirer. Ni tuer d’ailleurs. Il veut simplement que les choses se passent bien.
Seulement cette petite bande est plutôt novice dans le monde délinquant. Et comme tout le monde le sait, un novice est plus dangereux et moins prévisible qu’un professionnelle de la violence. Le coup va alors partir. Santiago va errer dans les rues après avoir rempli un tas de paperasse. Il va réfléchir sur son sort. C’est à ce moment là qu’il croise la route d’Ema, une jeune femme splendide qui lui fait tellement d’effets qu’il va la suivre. Commence alors une série de vérités sur son passé qu’il pensait pourtant enfoui bien loin.

Santiago est un de ces héros qui nous est sympathiques et familier. Il méne sa petite vie entre sa copine, avec qui il n’est pas en couple mais avec qui il couche et vit presque le parfait idylle, et son boulot plus ou moins routinier suivant les jours.
Il ne se sent pas prêt à s’engager, et moins encore lorsqu’il voit Ema, et qu’il est prêt à tout pour la rencontrer.
Le lecteur se voit alors dans la position délicate du confident. Boris QUERCIA sait nous mettre des musique en tête. Il sait nous amadouer et rendre son personnage attachant. Santiago est-il réellement celui que l’on croit ?

Promenez-vous dans les rues de Santiago. Protégez-vous des coups de feu, courrez face au danger. Gardez vos impressions pour vous, couchez avec qui vous voulez. Ou pouvez. Prenez un peu de coke en fumant une clope, buvant un whisky et en matant des putes se trémousser.
Entrez dans la peau de Santiago, le flic pas comme les autres.

L’écriture envoûtante de l’auteur accélérera vote rythme cardiaque. Prenez vous au jeu, et Boris QUERCIA saura vous faire rêver au milieu de l’asphalte qui transpire sous le crissement des pneus.
Le rythme, l’intrigue, la musique espagnole et l’humour noir vous empêcheront de fermer ce livre une fois commencé. Alors prévoyez votre soirée.

Ouvrage disponible aux éditions Asphalte à partir du 6 Mars 2014. Traduit de l’espagnol (Chili) par Baptiste CHARDON.


Casco Bay, William G. TAPLLY

« Vecchio ne répondit pas. Il ne bougeait pas. Tout comme Ralph, il semblait hypnotisé, et tous deux avaient le regard fixé sur l’ouverture noircie de la cave.
Calhoun alla jusqu’à eux et s’accroupit près de Vecchio. Il porta son regard là où l’homme et le chien regardaient. 
Ce qu’ils regardaient si intensément, c’était une grosse masse noire appuyée contre le mur extérieur des anciennes fondations.
Il fallut une bonne minute à Calhoun pour reconnaître ce qu’il avait sous les yeux.
Un corps humain.
Un cadavre noir comme du charbon, calciné, assis le dos contre le mur Est du bâtiment, les mains reposant sur ses genoux, les jambes étendues devant lui et la tête inclinée en avant. »

casco bay

Quel bonheur de retrouver Stoney Calhoun ! Le grand pêcheur, le grand amoureux de la nature, des grands lacs américains et de la truite ! J’ai mis longtemps à venir au deuxième volume de la trilogie de Tapply (le premier était Dérive sanglante), mais j’y suis arrivé, et une fois de plus, je ne l’ai pas lâché !

Nous nous retrouvons dans un petit bateau de pêche, sans téléphone portable, sans aucune technologie et avec pour seules compagnies un chien qui ronfle et le bruit des vagues sur la coque.

Du temps est passé, mais Calhoun est toujours co-gestionnaire d’un petit magasin de pêche avec Kate, qui est aussi sa petite amie, et qui est mariée avec un homme qui est en passe de mourir. Ensemble ils ont le souvenir effacé de leur vieil ami retrouvé mort dans Dérive sanglante. Ils vivent une harmonie presque parfaite, malgré le trou de mémoire de Calhoun sur son passé depuis qu’il a pris la foudre, jusqu’au jour ou la découverte d’un cadavre sur une petite île océanique va changer l’ambiance.

Alors qu’il donne une petite leçon de pêche à Vecchio, un amoureux de la nature, ce dernier va avoir une envie pressante. Ils s’arrêtent alors sur une petit île où la découverte d’un cadavre carbonisé va lancer Calhoun et son ami le shérif sur une piste des plus improbables. Meurtre ? Suicide ? Le doute part vite quand on retrouve le pénis de l’homme brûlé dans sa bouche. Affaire de pédophilie ? Viol ? Toutes les théories sont bonnes, et nos deux aventureux n’ont pas fini de se frotter à une société qui les dépasse l’un comme l’autre.

William G. Tapply a une écriture qui perd en intensité par rapport à son premier volume. Beaucoup de choses seraient à enlever au roman pour le rendre un peu plus noir, et un peu plus rythmé. Ce qu’il n’a pas perdu, par contre, c’est la force descriptive des meurtres et de la nature. Deux éléments opposés qui semblent ne faire plus qu’un dans ses romans. Il sait aussi habilement rendre un personnage obscur et acariâtre attachant au lecteur. C’est donc avec un grand bonheur qu’on repart sur les traces de Calhoun, qui ne veut rien savoir de son passé, et qui nous donne du coup plus encore envie de le découvrir, mais aussi sur les traces du shérif qui sous son air idiot en connaît long sur son métiers et travail ses théories.

C’est donc avec un grand plaisir que j’ai lu ce roman qui n’est pas une suite mais reprend un même personnage. Je déconseille cependant de découvrir l’auteur avec celui-ci, mais plutôt de commencer par Dérive sanglante qui m’a laissé une impression de travail plus abouti.

Ouvrage disponible aux éditions Gallmeister depuis Juin 2008. traduit de l’américain par François HAPPE.


Murder party, Agnès LAROCHE

« Le Samedi matin, pour la première fois de ma vie, je me suis réveillé à six heures. Les yeux grands ouverts dans le noir, j’ai posé la main sur mon coeur. Schboing, schboing, schboing, à un rythme d’enfer. »

 

9782700236064FS

 

C’est la rentrée. Et cette année, il y a une nouvelle ! Max ne l’a pas loupé, il est littéralement tombé a ses pieds en arrivant dans la cours ce matin. Depuis, il ne pense plus qu’à elle. Elle hante toutes ses pensées, avec ses grands yeux qu’il revoit tantôt bleus, tantôt verts. Puis vient le moment fatidique de la première heure de cours. La déception est forte quand il s’aperçoit qu’elle n’est pas dans sa classe… Mais elle ne dure pas, quand il la voit arriver en retard. Et pour cause, elle est en béquilles et boite atrocement.
Max va se retrouver a devoir porter son sac à chaque inter-cours… Mais il n’arrive décidément pas à créé un contact concret avec elle. Marguerite. Margot.

Il va alors l’inviter à son anniversaire. Son frère, un benêt de première, lui a promis une soirée inoubliable classée sous le signe du film d’horreur plus que réaliste. Il leur concocte un vrai jeu de piste inspiré du Cluedo. Une murder party.

Max et Margot se retrouvent dans la même équipe. Ils partent à la recherche du cadavre dans le parc prés de chez le jeune garçon. Quand ils le trouvent, ils doivent lancer un coup de sifflet qui annonce le rassemblement et début d’enquête. Seulement tout va tourner au drame. Et ça, personne ne pouvait le prévoir…

 

« Au fond de la clairière, j’ai aperçu une masse sombre sur le sol. Le mort, peut-être… Je me suis approché, lampe en avant, mais ce n’était qu’une souche à moitié déracinée, pas de quoi donner un coup de sifflet. J’allais rebrousser chemin quand j’ai entendu des bruits de pas derrière un bosquet. Peut-être l’autre équipe, ou un lapin, ou un sanglier, ou le taré de Massacre à la tronçonneuse. »

 

Dans un roman d’une force incroyable, Agnés LAROCHE arrive à tenir le lecteur en haleine. Des phrases courtes, saccadées, qui rythme un livre rapide au récit haletant sont parsemées dans de courts chapitres. Une tension aigüe monte au fil des phrases, des lignes, des mots.

Un scénario qui tient la route, une idée de départ originale, une aventure surprenante et un feu d’artifice final montrent qu’on est entré dans un monde, un univers. Agnés LAROCHE a le don de nous inclure pleinement dans ses romans, de nous faire ressentir les émotions des personnages. L’identification pour les ados n’est pas bien compliquée, avec quelques formules sur les films zombies, ou films d’horreur en général, quelques comparaisons qui ne sont pas rappeler certains jeux vidéos, de l’émotion, une dose d’adrénaline et pas mal d’amour mêlé de quiproquos qui font sourire.

C’est un roman pour faire découvrir l’univers de la littérature, mais aussi du cinéma d’horreur et du polars. Une première entrée en matière qui vaut son pesant et qui ne manque pas de marquer les esprits.

 

Roman disponible aux éditions Rageot dans la collection Heure Noire depuis Avril 2010.


Zoom sur Edyr AUGUSTO

Allez, c’est parti pour un petit topo sur la littérature Brésilienne, et en particulier celle d’Edyr AUGUSTO qui a, vous le verrez, un penchant fascinant pour la violence, le cul, la came, et l’alcool. Âmes sensibles,  s’abstenir !

En France, il est publié aux éditions Asphalte. Pour vous parler de la maison en deux mots, les éditrices ont pour but de publier des romans, souvent étrangers, dont l’action se déroule sur le bitume. Bien souvent en plein centre ville, voir simplement dans des immeubles, endroits simples qui deviennent rapidement inquiétants. Il existe un catalogue polars, un catalogue littérature et quelques nouvelles policières par pays qui regroupent différents auteurs.
La maison semble s’épanouir dans un monde urbain à faire pâlir les plus optimistes.

La maison nous parle de Edyr AUGUSTO :
« Né en 1954 à Belém, Edyr Augusto est journaliste, poète et dramaturge.Belém, son premier roman, a été publié dans son pays en 1998. D’autres titres ont suivi, dont Moscow (2001), à paraître chez Asphalte en 2014. Très attaché à sa région, l’État de Pará au nord du Brésil, il y ancre tous ses récits. »

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Belém (Octobre 2013)

« Selma attrapa son sac sur la banquette arrère. En tira un jean. Enleva son short. Selma ne portait jamais de petite culotte, sauf une fois par mois. Elle enfila le jean. Passa une main dans ses cheveux. »

belem

Johnny, célébre coiffeur de la jet set Brésilienne est retrouvé mort. Commence alors une course vers la vérité. Est-ce une overdose ? Un suicide ? Un meurtre ? L’enquête peine à avancer mais le commissaire reste optimiste. Lui est persuadé qu’il s’agit là d’un meurtre et fera tout pour le prouver.

Ce coiffeur qui nous semblait si gentil et attachant prend alors des traits de caractères noirs à faire pâlir les plus jeunes. Entre la drogue, l’alcool et le sexe qu’il pousse toujours à l’extrême, nous découvrons un personnage qu’on traiterait volontiers de gros connard.

Johnny a sa réputation et ses ami(e)s l’adorent. Tout le monde le pense gay et il nourrit le mythe tout en déculottant quelques filles de temps en temps. Femmes qu’il trouve souvent chez ses amis. Et il ne s’arrête pas là, il semblerait que Johnny soit plongé jusqu’au cou dans des histoires de pédophilies…

« Il pleuvait toujours. Quand la cloche a retenti pour indiquer l’entrée du cercueil dans le cimetière, la tristesse s’est abattue sur tout le cortège. Ce coup de cloche a toujours le même effet. Je crois que nous ne pensions même plus à Johnny. Nous pensions à nous-mêmes. Quand viendrait notre tour d’entrer ici ? Nous avons suivi le cercueil en silence. Trempés jusqu’aux os. Nous avons empruntés ces petits chemins sinueux, absurdes, portraits fidèles de notre administration. Fini les larges allées, les petits chemins ont tout envahi. »

Un roman brésilien qui va crescendo et est porté par un commissaire tout a fait solitaire, comme on les aimes. Les éditions Asphalte ont pour ligne éditoriale de présenter des romans urbains baignés d’angoisse et de meurtres, et nous trouvons ici un roman policier tout à fait à la hauteur.

A l’heure ou tout le monde prend ses billets pour le Brésil, un petit détour par ce roman noir pourrait pousser à les revendre.

Une enquête menée avec brio par un commissaire alcoolique qui fait cependant quelques écarts au milieu d’un groupuscule qui sombre complètement dans la folie et dans le non-dit. A lire impérativement !

Au delà du simple divertissement, il s’agit ici d’une critique sociale sans égale où les plus riches mangent sur la tête de la petite populasse brésilienne.

 

Moscow (Février 2014)

« Elle est en train de me regarder. Une daronne. Un peu blonde, mais je sais pas si c’est naturel. Elle a un de ces tops en coton noué sur le devant, qui laisse voir le ventre, plus un short. Maintenant, moi aussi je la regarde. Elle va aux toilettes, je crois. Une sacrée bonne femme. Un bon gros cul. Une démarche, putain. Mais j’ose pas attaquer. Je sais pas. Ça m’arrive des fois. »

moscow

Le ton est donné. Le roman commence par un viol. Une jeune fille et son mec, un « fils à papa », se font défroquer et se la font mettre par le narrateur et ses amis, à tour de rôle.
On est dans un roman qualifié de Orange mécanique. Je le trouve plus sale encore, peut-être à cause de la condition sociale qui est différente, de l’amusement qui est présent constamment, mais aussi de la haine que le narrateur et son petit gang n’arrivent pas à quitter. Mais la haine de quoi au juste ?
La haine des bourgeois. La haine des pédés.
Et quel plaisir ?
Le plaisir de la domination et celui, qui va de paire, de la virilité.

Moscow, c’est le surnom de l’île de Mosqueiro. C’est là bas que les habitants de Belém se rendent en vacances afin de décompresser. Une petite île paradisiaque où le soleil chauffe et la plage semble s’étaler à perte de vue. Une petite ville où il fait bon vivre, même si l’arrivée des gangs fait frémir les occupants. Et pour cause.
Dans le groupe de notre narrateur, nous retrouvons un jeune, Brown, qui va finir par tomber en admiration pour une femme macquée, et de surcroît, enceinte. Il va aller la voir quand son mari s’absente pour la violer. Il va la faire crier, il va jouir. Et elle va aimer. Un idylle commence, il tombe dans le piège, il ne pense plus qu’à elle. Seulement son mari fait parti d’un gang. Il va falloir fuir. Tuer ou mourir.

Mais tuer, ce n’est rien. Ils ont l’habitude. Ils laissent un corps, mort, tous les soirs, sur les trottoirs de Moscow. Le sang ne les dérange pas, la violence les fait marrer. Et ça, c’est quand ils n’ont pas encore bu…

Dans cette aventure très noire, notre narrateur, Tinho, semble avoir cependant quelques prises de conscience. Il tombe notamment fou amoureux d’une jeune fille. Tinho Santos cache-t-il en lui quelque chose de vraiment trop noir pour nous laisser un brin d’espoir ?

 

Après avoir lu et écouter Edouard LOUIS (En finir avec Eddy Bellegueule), qui traite justement du sujet de la haine. La haine envers l’homosexualité dans son récit, il semble simple de placer Tinho Santos dans son contexte social. Selon Edouard LOUIS, le milieu social dans lequel nous vivons et grandissons n’est pas une fatalité. Cependant il contribue fortement à un caractère, à un mode de vie. Et vivre dans une campagne profonde ou dans un milieu ouvrier semble propice à la haine de l’autre, de la différence, de l’arabe ou du noir. De la grosse, ou de celle qui pue.
Le deuxième point est celui de la virilité. Être un homme, c’est être viril. C’est picoler jusqu’au coma, c’est ignorer les risques. Rouler les yeux fermer, montrer qu’on a des couilles et ne pas penser aux conséquences.
Si vous lisez les deux livres en parallèles, malgré le monde littéraire qui les sépare, vous y trouverez des résonances.
On ne peut pas pardonner Tinho. On se contente de suivre son aventure. D’avoir qu’une envie : fermer le livre et oublier les horreurs qu’on a lu. Suivie immédiatement de l’envie de le réouvrir et de le dévorer. On se retrouve piégé malgré nous dans un voyeurisme social et inacceptable. Dans des situations grotesques qui font froid dans le dos.
Jusqu’où peut aller l’être humain ?C’est la question que semble poser Edyr AUGUSTO en écrivant Moscow. Un roman fort, puissant, qui ne manquera pas de vous troubler et de vous questionner.

Prêts pour des vacances en enfer ?


Dérive sanglante, William G. TAPPLY

Attention, un polar qui ne vous quittera plus ! Du pur roman noir de Gallmeister, accrochez-vous, il va y avoir quelques secousses.

 

9782351780114FS

 

Stoney Calhoun mène une vie tranquille dans le Maine. Depuis cinq ans, après un accident incroyable qui lui a fait perdre pas mal de mémoire, il a décidé de vivre selon les théories de Thaureau dans une cabane au fond des bois avec son chien Ralph. Pour subvenir à ses besoins il travail comme vendeur et guide dans un magasin de pêche avec la belle Kate et son meilleur ami.

Tout bascule le jour où son meilleur ami disparaît. Calhoun se sent coupable, et il a ses raisons. Entre questionnements personnels, doutes, et enquête rudement bien menée qui le conduira sur les traces de son passé, Stoney va nous offrir des moments de délices qui mêlent horreur, colère, trahisons et beauté des grandes étendues américaines.

 

Quand un lac calme se transforme en scène de crime les cadavres remontent à la surface.

C’est avec une écriture qui tient en haleine que TAPPLY nous emporte dans cette aventure où un guide touristique de pêcheurs mène l’enquête à la place du sheriff. Rien n’est caricaturé, rien n’est en trop, rien n’est à jeté. Les personnages ont chacun leurs caractéristiques, ils sont tous différents et le lecteur est rudement mené d’une hypothèse à l’autre sans même qu’il s’en rende compte…

Ruez-vous simplement sur ce roman d’apparence serein qui vous fera frémir et vous donnera envie d’ouvrir les autres… Parce que toutes les réponses ne sont pas là à la fin, et qu’il est simplement le premier d’une trilogie qui mélange les collections Noire et Nature Writing de l’éditeur.

 

Ouvrage disponible depuis Mai 2007 aux éditions Gallmeister dans la collection Noire et en poche toujours chez le même éditeur depuis Juin 2012.