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Le Mont Analogue, une drôle d’ascension !

« […] Prenez un autre type d’enchaînement :
1) le bouledogue est un chien ; 2) les chiens sont des mammifères ; 3) les mammifères sont des vertébrés ; 4) les vertébrés sont des animaux… ; je vais plus loin : les animaux sont des êtres vivants – mais voilà, j’ai déjà oublié le bouledogue ; si je me rappelle « bouledogue », j’oublie « vertébrés »… Dans tous les ordres de successions ou de division logiques, vous constaterez le même phénomène. Voilà pourquoi nous prenons constamment l’accident pour la substance, l’effet pour la cause, le moyen pour la fin, notre bateau pour une habitation permanente, cotre corps ou notre intellect pour nous-même, et nous-même pour une chose éternelle. »

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Le Mont Analogue. Belle invention presque scientifique du grand René DAUMAL.
Invention qui n’en est plus une quand on y croit dur comme fer. Et c’est ainsi que René DAUMAL donne vie à huit personnages en quête d’aventure. Ensemble, ils vont braver les dangers de l’océan pour trouver ce mont qui les rapprochera des nuages.

Le Mont Analogue est une montagne bien plus haute que l’Everest. Seulement nous ne l’avons encore jamais vu… Et savez-vous pourquoi ?
Avec des théories farfelues auxquelles nous nous laissons tenter, l’auteur nous mène en bateau. Et il n’y a aucun doute : le capitaine, c’est lui. On a envie de le suivre, on ne peut s’empêcher de croire en cette féerie… Qui n’en est peut-être pas une.

L’expédition est rudement menée par Pierre SOGOL, un inventeur de choses dites « impossibles », qui s’intéresse à tout ce qui semble saugrenue, sort d’une secte, et donne quelques cours d’escalades de temps en temps pour gagner un peu d’argent. Il est persuadé que le Mont existe, et il pense être le seul, jusqu’à ce qu’il tombe sur l’article de notre narrateur : Théodore. Il décide de lui écrire pour lui proposer l’aventure et sait qu’à deux ils pourront en convaincre d’autres de les accompagner.
Se mêlent alors théorie sociologique et comportementale, philosophie, théologie, absurdités, cynisme et surtout surréalisme pour créer un roman inachevé d’une centaine de pages aux allures de chef-d-oeuvre.

Nous voilà parti pour l’aventure, à la recherche du Mont Analogue et de ses légendes. Bien sûr, toute expédition à son lot de catastrophes… Et chaque personnage à sa personnalité bien rodée. Du médecin à celui qui a un plein garde manger dans le sac à dos en passant par le littérateur poète et la bonne femme qui ne peint que des sommets. Je vous en passe, et des meilleures, pour vous laisser tout loisir de la découverte, et tout plaisir de la lecture.

 
L’écriture est forte, chaque phrase à son sens propre et le sens qu’on peut lui donner. Chaque respiration a son effet, chaque mot est une motivation à aller toujours plus loin.
Ecrit dans les années quarante, ce roman est l’illustration du surréalisme. On est en plein dans cette période de guerre, René DAUMAL est obligé de quitter sa région à cause des origines de sa femme. Ensemble ils se perdent, se comprennent, et s’aiment à l’abris des regards. René DAUMAL apprend rapidement qu’il est malade, et que c’est incurable. Il met prés de cinq ans à écrire ce roman inachevé et nous laisse sur notre faim. Cependant sa pensée perdure par le schéma de son récit qui aurait dû comporter sept chapitres (au lieu de cinq) et ses autres écrits sur le thème de l’alpinisme. Le Mont Analogue semblait lui tenir à cœur depuis longtemps puisqu’il en avait déjà parlé avant de commencer son écriture…

Lire ce chef-d-oeuvre inachevé n’est pas une frustration, mais un réel éclat pétillant qui ouvre plein de portes jamais refermées.
Comme le disait René DAUMAL,

« On ne peut pas rester toujours sur les sommets. Il faut redescendre…
A quoi bon, alors ? Voici : le haut connaît le bas, le bas ne connaît pas le haut. En montant, note bien toutes les difficultés de ton chemin ; tant que tu montes, tu peux les voir. A la descente, tu ne les verras plus, mais tu sauras qu’elles sont là, si tu les as bien observées. 
Il y a un art de se diriger dans les basses régions, par le souvenir de ce qu’on a vu lorsqu’on était plus haut. Quand on ne peut plus voir, on peut du moins encore savoir. »

L’ouvrage est disponible depuis Juin 2006 aux éditions Gallimard collection L’Imaginaire. Publié pour la première fois en 1952, avec son édition définitive en 1981.

Prenez maintenant un collectif Lyonnais. Quelques auteurs BD qui ont l’air de plutôt bien s’entendre. Tous ont lu le Mont Analogue de René DAUMAL et ils décident ensemble de l’exploiter dans leur fanzine, Arbitraire (numéro douze), sous le titre de Le Mont Eugolana !

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Et oui, quand je vous disais qu’un chef-d-oeuvre inachevé ouvrait des portes, vous voyez…

Ensemble, donc, ils ont choisi de créer l’ascension du Mont Analogue en se mettant, tel des OuBaPiens, quelques règles et embûches. Vous imaginez bien que l’ascension n’est pas de tout repos…

Nous voilà parti avec quelques personnages communs à tous et pourtant bien délurés. Nous avons un alpiniste de haut niveau, un secouriste, une psychologue peintre, un cuisinier, un médiateur et un blagueur… Nous retrouvons les personnages de DAUMEL avec un angle plus neuf, plus déjanté.
Ils vont se retrouver face à quelques péripéties de haut-vol, comme par exemple tomber sur un cadavre, un éboulement de la montagne, une agression d’un animal, des plantes rares, une folie qui guette, des changements climatiques…
Tant d’idées piochées au hasard dans un grand chapeau pour donner vie à un texte et une illustration hors du commun. Six auteurs se sont prêtés au jeu pour nous faire découvrir la face obscure du Mont Analogue.
Réussiront-ils à rencontrer Dieu une fois en haut ? Tant de suspens que c’en est insoutenable !

Saluons l’idée géniale de ce fanzine. Le lecteur se retrouve perdu dans des pages au sens de lecture semblable à l’ascension d’une montagne. Tout se lit de bas en haut et de droite à gauche. L’amusement manichéen des auteurs ne manquera pas de vous faire sourire. Une pointe de cynisme, un ton semblable à celui de René DAUMAL et une histoire qui tient la route.

Que demande le peuple ?

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La ballade des bigorneaux, Nicole CLAVELOUX

 » – Il fait beau… Si on allait faire un tour jusqu’au gros rocher ?

– NAN !

– Avec moi ?

– NAN ! »

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Ah et bien ça faisait longtemps que je n’avais pas lu quelque chose d’aussi drôle, poétique, dénonciateur et absurde à la fois en si peu de pages !

Retrouvez ici une petite B.D. d’une case par page qui propose la vie tumultueuse de deux bigorneaux. Il y en a un, qu’on imagine être le mâle, qui veut tout le temps aller se promener jusqu’au gros rocher alors que l’autre ne sort quasiment jamais la tête de la coquille, sauf lorsqu’elle a peur, a besoin de quelque chose, ou est vexée.

Evidement, c’est là l’image parfaite du gros lourd qui essaie de draguer sur la plage une pauvre jeune fille sans défense qui en a simplement marre ! Mais au delà de ce simple constat, ce pourrait aussi une réelle scène de couple qui allie mauvaise foi, chantage, rancune et désespoir.

Mais attention ! Il pourrait bien exister encore une autre lecture qui vise à mettre quelqu’un de mal dans sa peau face à sa condition. Un agoraphobe obligé de sortir, un dépressif obligé de faire des efforts… Même s’il nous montre que nul n’est obligé de quoi que ce soit. Parfois même les rôles masculin/féminin semblent s’inverser et on passe alors d’un mélodrame a une réelle question féministe et de la place de la femme dans la société machiste.

Le tout avec en toile de fond la mer et ses vagues qui changent d’une page à l’autre. Une tempête pourrait bien se lever. Une scène de vie, le temps passe, et c’est fini.

« Allô ! Bonjour ! Je ne te dérange pas ? J’ai été un petit peu désagréable, tout à l’heure… Je m’excuse, hein ? Tu vas bien ? Tout va bien chez toi, ça va ?

Moi ça va pas : la nuit tombe, j’ai peur, c’est tout noir ! Je t’appelle toi, parce que les autres, y sont pas libr… Heu, pas aussi gentils que toi… tu me tiendras la main ? »

Vous vous imaginez ? Tant de lectures avec un seul livre. Et encore, je ne pense pas avoir tout vu ! Chacun peut y trouver midi à sa porte, ça peut même être une première piste si vous avez l’habitude de consulter un Freudien. Faites attention et n’en parlez pas à n’importe qui ! Ce livre va vous faire rire, mais il va aussi vous déranger et vous faire vous remettre en question. C’est donc un grand livre, non ?!

Ouvrage (disponible) aux éditions Être depuis Mai 2001.


Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill, J. REGNAUD et E. BRAVO

« Mon frère et moi, on n’aime pas les endives, ni les brocolis, ni les choux de Bruxelles mais on en mange quad même car on aime beaucoup Yvette. Yvette, on l’aime comme si c’était notre maman. »

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Jean rentre cette année chez les grands ! Et cette transition s’annonce mouvementée ! L’entrée au C.P. c’est un gros bouleversement. On est prêt à entendre certaines verités, on commence à perdre nos illusions de gosses…

Jean et son frère Paul vivent avec leur père et leur gouvernante, Yvette. Leurs mère est partie en voyage il y a déjà longtemps et ils n’en ont plus grand souvenir mais ne cessent de l’attendre. Jean arrive dans une nouvelle école et va devoir se faire de nouveaux amis ! Il en rencontrera un, qui viendra s’ajouter à la liste de sa voisine, âgée de deux ans de plus que lui, pour s’amuser un peu entre deux devoirs.

Outre cette attente omniprésente dans cette B.D., l’auteur nous propose une lecture du point de vue du jeune homme, avec ses naïvetés, ses incompréhensions et tout ce que lui cachent les adultes. La cruauté du fossé creusé entre le monde du soucis et celui de l’insouciance. Le gouffre dans lequel on tombe en passant de l’un à l’autre avec parfois une simple nouvelle sur le père noël, ou sur sa mère.

Jean se pose beaucoup de questions, sa mère lui manque terriblement et sa voisine, qui fait office d’amie quand elle n’est pas avec des copines, lui lit des lettres qu’elle reçoit, soit disant de la part de la mère de Jean. Facile, il ne sait pas lire, il peut gober n’importe quoi !

La B.D. se découpe en différentes parties par les désillusions du jeune garçon alors que son frère plus jeune d’un an est toujours dans l’insouciance.

La place de la lecture, du vocabulaire et des mots a son importance et semble être primordiales pour l’auteur. Si on ne sait pas lire, on est obligé de se fier aux autres, et nous sommes alors crédules. Savoir lire c’est entrer dans un monde, à nos risques et périls. Et on ne s’en rend pas toujours tout à fait compte.

 

Une petite B.D. toute douce pour parler de choses graves et simples à la fois. Un petit bijou à lire, à relire, et à faire lire !

 

« Le soir dans mon lit, je me dis que maman, c’est comme le Père Noël…

… Maintenant je suis trop grand pour y croire… »

Ouvrage disponible aux éditions Gallimard depuis Juin 2007.


Le playboy, Chester BROWN

« Elle est noire ! La playmate est noire ! 

[…]

Je suis contrarié de ne pas avoir regardé la couleur de la playmate avant de dépenser mon argent. J’en arrive alors à m’accuser de racisme, et je me dégoûte d’autant plus. »

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Quand on est auteur, on peut tout se permettre. Même de revivre un moment passé à l’instant présent. Surtout quand on est auteur de B.D., j’imagine, et que l’illustration nous aide à nous réorienter dans un passé parfois lointain.

Ici Chester BROWN décide de nous raconter la période adolescente de sa vie, ou adulescente comme disent les psychologues d’aujourd’hui, et pour cela il devient un petit personnage avec des ailes, un petit ange, ou un petit diable, qu’on imagine souvent à côté de notre tête pour peser le bien et le mal sur la balance de la justice.

Bref, il est là, et il choisit de nous raconter sa vie d’enfant obligé à aller à la messe le Dimanche matin. Seulement ce Dimanche qu’il choisit n’est pas comme les autres ! Ce Dimanche là, Chester BROWN n’a qu’une idée en tête : aller acheter ce superbe magazine avec une nana à poil sur la couverture. Il est tombé fou d’elle. Il ne vit plus que pour elle. C’est le début d’une dépendance sexuelle et d’une pulsion d’achat qui ne le quitteront plus.

Dés que le Playboy est dans le kioske, il va se l’acheter, au début en se cachant, puis doucement en assumant.

Il le feuillette, il se masturbe, il se dégoûte, culpabilise, décide de s’en débarrasser et va le cacher sous une planche.

Le lendemain il retourne le chercher l’instant d’un petit plaisir solitaire. Mais l’amour peut-il aller au-delà du plaisir solitaire ?

« Je me dis que la meilleure façon de dissimuler quelque chose est de ne pas chercher à le cacher… …et je ne cache pas le magazine sous ma chemise. »

C’est ici une B.D. pleine d’intimité qui nous est dévoilée. Cependant cette intimité est partagée par des millions d’hommes, et pour tous de la même façon. Une porte fermée à clé, une poigne sévère sur son engin quelques minutes et une culpabilité sans précédent qui en découle.

Mais Chester BROWN sait trouver les mots pour rendre les choses belles et intelligentes. Il sait manipuler les mots et les illustrations de façon à faire d’une simple pensée obsédante quelque chose de tout à fait honorable.

« Avec ma copine suivante, je me suis rendu compte que pour maintenir mon érection je devais imaginer que je couchais avec une de mes playmates préférées. »

Sans oublier l’intelligence d’une partie « notes » à la fin de la B.D. pour préciser certains points du livre, mais aussi pour nous parler de façon plus historique, philosophique, sociologique mais aussi humaine du magazine qui a travailler ses jours et ses nuits. Donc pour les plus réticents, vous pourrez toujours dire que vous avez fait cet achat pour le côté historique de la chose… Et passer du coup inaperçu, même en plein milieu d’un repas de famille !

« Cela faisait quelque temps déjà que les nouvelles playmates ne m’intéressaient plus, mais apparemment, celles des anciens numéros m’attiraient toujours. 

(la scène se passe dans une librairie d’occasion dans la ville de Montréal)

– Vous êtes collectionneur ?

– Euh, ben, euh, je sais pas… je, euh, les aime bien. »

Alors que dire pour conclure ?

Merci internet et ta liberté sexuelle ! ? !

Ouvrage disponible aux éditions Cornélius depuis Septembre 2013 pour cette nouvelle édition. La B.D. était précédemment disponible aux éditions des 400 coups (depuis 2001).


Détective RollMops, Renaud FARACE et Olivier PHILIPPONNEAU

Attention, apprêtez-vous à entrer dans un monde totalement décalé qui laisse des séquelles. L’OuBaPo est de retour et il revient toujours plus fort, même pour les plus jeunes !

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RollMops est un détective qui a un peu de mal à se débrouiller tout seul… Et pour résoudre ses petites enquêtes il va faire appel au lecteur ! Quelle grande idée, et belle occasion de s’amuser tout en lisant de la qualité !

Le lecteur devra parfois mettre le livre bien loin de lui, parfois le rapprocher très prés de son nez, parfois plier quelques pages, ou alors participer à un cherche et trouve ! Il y a même un super jeu de l’oie qui se cache au centre du livre… Que demander de plus ?

Avec l’absurdité des personnages des plus grands auteurs d’OuBaPo et la mise en abîme d’un lecteur qui se voit projeter pleinement dans les pages on ne peut qu’apprécier l’humour qui est proposer.

Vous êtes désormais embauché pour résoudre neuf enquêtes ! Et pas des moindres ! Entre la machine à oublier les cases, l’histoire qui n’a pas de sens, le jeu de miroir, le rock’n’rollmops et les autres, vous serez pas loin de perdre la boule avant même de vous rendre compte que le livre vous accapare au monde !

Si vous avez ce livre entre les mains, sachez qu’il est totalement différent de tout ce que vous avez pu voir jusqu’à présent, il est bien plus grand qu’un format normal.  Et ses personnages sont tous plus fous et monstrueux les uns que les autres. Ca s’annonce plutôt bien, non ?!

Ouvrage disponible aux éditions The Hoochie Coochie depuis Septembre 2013.


Les carnets de Cerise T01 Le zoo pétrifié, Joris CHAMBLAIN et Aurélie NEYRET

« En ce moment, avec les copines, on observe quelqu’un de vraiment mystérieux.

J’espére qu’on finira par découvrir son secret. Je pourrai alors raconter son histoire en entier. J’ai déjà le début !

Ca commencerait par :

<<Il était une fois…>> »

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C’est aprés avoir titiller notre curiosité que Cerise nous propose une enquête pour le moins originale ! Son rêve ? Devenir une grande romancière, comme sa voisine avec qui elle passe beaucoup de temps. Et voilà qu’elle semble s’entraîner dans son journal que sa mère lui a offert à cet effet. Nous sommes les spectateurs de son évolution, et l’histoire qu’elle va nous raconter va nous faire frissonner, mais aussi nous interroger et nous toucher.

Alors, vous êtes prêts à relever le défi et à mener l’enquête pour connaître « l’homme mystérieux » et ses secrets ? Embarquez dans ce premier volume des carnets de Cerise et rencontrez ses amies, ses espoirs, et ses passions.

Cet ouvrage mélange agréablement le côté journal intime avec des pages fraichement écrites et le côté B.D. qui met des formes sur certains mots. Les illustrations sont chaudes, agréables. On sent presque l’odeur des sous-bois, des fleurs et du bois de la cabane qui est le QG des jeunes filles.

Le scénario est bon, et le respect dans la différence d’écriture entre le carnet et la B.D. est très bien traité.

Qu’ajouter à ça ? Vivement le second volume, la nouvelle enquête à la Sherlock Holmes, et de nouvelles émotions !

A mettre dans les mains de tous les petits détectives en herbe en manque de fantaisie.

Ouvrage disponible aux éditions Soleil dans la collection Métamorphose depuis Septembre 2012.


Une histoire d’hommes, ZEP

Attention, ZEP change radicalement de style… Doit-on appeler ça une maturité ou simplement un coup d’état ?

« Je veux que tu vives, Yvan ! Tu ne voies jamais personne. Tu t’en fous de ton boulot – comme du reste. Tu te fous de tout, Yvan. Tu ne t’engages jamais à rien. Casse-toi. Va à ton week-end en Angleterre avec tes copains. Ca me fera du bien d’être seule… De réfléchir. Casse-toi Yvan, s’il te plait. »

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Vous l’aurez compris, l’histoire commence comme ça. On ne sait pa grand chose de cet Yvan, si ce n’est qu’il a jadis joué dans un groupe de rock’n’roll, qu’il était guitariste et que ça fait dix huit ans qu’il n’a pas retouché sa gratte… Ou écrit un texte.

Sa vie lui paraît monotone, longue, sans saveur. Toujours tête baissée, mal rasé, petits yeux. Il prend du Xanax pour voyager entre deux aéroports… Autant dire qu’il a tout de l’angoissé dépressif qui se cherche et se complait dans son mal-être.

Pourtant il va suivre les conseils de sa douce ; il va partir pour l’Angleterre avec ses potes. Ceux-la même qui formaient le groupe dans lequel il était il y a presque vingt ans. Ensemble ils partent chez Sandro, le seul qui a percé dans le monde du show-biz et qui n’a pas peur de dire que Madonna fait de super turluttes. Son point noir c’est la perte de son fils dans un accident de moto, pour nous rappeler que tout ne peut pas être parfait.

Pendant ce séjour beaucoup de choses vont changer. Beaucoup de dossiers oubliés vont resurgir, mais aussi beaucoup de délires entre potes. Quelques rires, une explication sur l’anéantissement du groupe qui était obligé de contenir un junkie. Toute la clique y est. Il ne manque que quelques cheveux à certains pour reformer un groupe de rock tout à fait stéréotypé par n’importe quel enfant.

Les destins se croisent, les langues se délient. Plus personne n’a de secrets pour personne. Et le fil directeur de cette B.D. est la dépression, et ce jeune garçon mort en moto.

Les ingrédients y sont. L’histoire pourrait être belle. Mais je ne sais pas pourquoi, je ne peux pas décoller l’image de Titeuf à ZEP. Ce genre de B.D. ne manque pas, et d’autre ont réussi a me faire ressentir beaucoup de choses. Je pense notamment à « Un week end avec préméditation » qui nous plonge dans le même univers un peu morose par ses couleurs. Pourtant, les auteurs ne se sont pas senti obligés d’inclure des personnages longilignes qui ne sont pas sans rappeler ceux d’un dessin animé tragique à la Burton.

C’est ce qu’il y a en trop chez ZEP. Le grand chauve qui fait des vannes pourries, le mec barbu avec les cheveux qui lui barrent les yeux pour le dépressif, le beau gosse comme rock star et le p’tit binoclard qui est là sans vraiment savoir pourquoi, le tout saupoudré d’une gente féminine à la limite de l’hystérie freudienne.

Et puis, pour tout vous dire, j’ai entendu quelqu’un en parler au bistrot tout à l’heure, et il en disait « on voit arrivé à dix mille ce qui va se passer. Tout est calculé mais on se sent presque roulé qu’il n’y ait pas une chute plus implicite ou qui chamboulerait carrément tout. »

Je suis tout à fait d’accord.

B.D. disponible aux éditions Rue de Sevres depuis le 11 Septembre 2013.