Archives mensuelles : décembre 2014

Le passage du diable, Anne FINE

« Il me revient brusquement un souvenir : j’étais tout petit et je rampais sur le palier lorsque je vis, par une porte entrouverte, ma mère à genoux en train de prier. Du fond de ma mémoire montait le son étouffé de sa voix suppliante demandant au Seigneur de protéger son cher petit Daniel et son oncle Se…
Il me manquait la fin du prénom. »

passage du diable

Daniel, un jeune adolescent, n’a jamais vu l’extérieur, n’a jamais rencontré personne, et n’a jamais connu sa famille, si tant est qu’il en ait une. Il ne connait du monde et de la vie que sa pauvre mère, qu’il voit coudre au chevet de son lit, inlassablement, afin de payer ses dettes. Il ne connait comme lieu et odeur que celle de sa chambre, parce qu’il est, paraît-il, bien malade depuis son plus jeune âge.
La seule occupation qui lui est donnée, outre quelques livres poussiéreux, est une vieille maison de poupées avec quelques figurines a qui Daniel donne vie et avec qui il apprend les relations humaines.
Mais un jour, alors que sa vie est un long fleuve tranquille, une pierre va être jetée à l’eau. Le Dr Marlow, médecin de la bourgade dans laquelle il vit, va apparaître et menacé son existence future de ne plus ressembler en rien à celle passée. Nous entrons alors dans un monde inquiétant à la fantaisie qui paraît bien trop réelle.

Anne FINE, avec ce roman, arrive à mettre son lecteur dans une position inconfortable. Brinquebalé de révélations en soupçons, avancer dans le livre n’est qu’une fuite vers l’inconnu. Pour les esprits les plus vifs et assoiffés de compréhension rapide, quelques indices sont disséminés, mais aucune certitude ne semble possible.
Anne FINE, auteur qui a su être si drôle avec son chat assassin, prend tout à coup un aspect inquiétant où folie, schizophrénie et magie ont une place centrale dans un roman absolument passionnant.
Entre ambiances Hitchockienne et Lynchéennes, avec des références cinématographiques qui rendent son roman absolument parfait pour l’image, l’auteur a sans aucun doute frappé un coup de génie dans le monde de l’imaginaire. Et même si elle n’a pas inventé grand chose mais s’est sensiblement inspirée de certaines scènes de films, son écriture charmeuse rend le lecteur frénétique au contact des pages qui se tournent.

Livre disponible aux éditions L’Ecole des loisirs dans la collection Médium depuis Janvier 2014. Traduit de l’anglais par Dominique KUGLER.