L’ours est un écrivain comme les autres, William KOTZWINKLE

« – On fera la comparaison avec Hemingway, j’espère que vous n’y voyez pas d’inconvénient. Féru de sport, aventurier, plus grand que nature, l’homme d’action capable aussi de parler d’amour. Vous avez une présence physique fantastique, rien qu’en vous côtoyant je le sens, pas toi Elliot ? Une sorte de vitalité brute ? Pardonnez-moi, Dan, je suis obligée de traiter mes auteurs comme des objets. Vous avez du charisme et je veux capitaliser là-dessus.On insistera sur votre amour des grands espaces mais j’aimerais y ajouter une petite perspective écolo, le côté sacré de la nature, le respect que vous lui vouez. »

l'ours est un ecrivain

Dan Flakes. C’est le nom construit à base de produits qu’on trouve en supermarché que la nouvelle star américaine s’est octroyé. C’est le nom du nouvel écrivain qui fait fureur aux Etats-Unis. Tout le monde se l’arrache, toutes les femmes le désirent. Seulement Dan Flakes, sous son air innocent et un peu niais, cache un véritable secret ; le manuscrit qu’il a remis à son éditeur, il l’a trouvé sous un arbre, volé au grand auteur de best-seller à l’eau de rose, Arthur Bramhall. Mais ce n’est pas tout. Dan Flakes est un ours.

Vous vous doutez qu’un ours n’a que faire de l’argent qui lui est proposé, même si la somme est si indécente qu’elle en ferait pâlir plus d’un. Seulement quand un ours commence à goûter au confort de la vie humaine, il y prend vite du plaisir. Avoir du miel à volonté sans se faire attaquer par des abeilles, pouvoir remplir un chariot de pots de confiture et de quelques paquets de biscuits sans avoir à chasser, avoir à sa disposition tout ce dont il a envie sans faire aucun effort… Car oui, l’ours est paresseux. Il aime danser, chanter, manger et faire la sieste. Et celui-ci ne déroge pas à la règle même s’il redouble d’effort pour paraître le plus humain possible pour ne jamais se faire démasquer et éviter le zoo.

Commence alors l’histoire d’une personnification à mourir de rire. Nous voilà plonger dans l’univers de William KOTZWINKLE de plein fouet, et on en redemande.
L’auteur de Fan Man nous fait passer un moment inoubliable dans la peau d’un ours qui s’est trouvé au bon endroit au bon moment pour devenir ce qu’il devient : une star. On le sait, aux Etats-Unis, la vie se concrétise quand on possède un agent et qu’il réfléchit pour nous. Ici, l’ours y parvient et fait un pied-de-nez à toute l’humanité en quelques phrases. Les femmes accourent pour le rencontrer et son coït est le plus merveilleux que même les plus farouches aient connu.
Cet ours pourrait être l’homme parfait. Seulement William KOTZWINKLE semble nous dire qu’un homme ne peut être parfait, sauf s’il est un ours.

En parallèle, nous suivons le péril de Arthur Bamhall, ancien enseignant reconnu pour ses recherches, qui s’est fait dérober son manuscrit et en souffre beaucoup. La folie le guète à tel point qu’il se prend rapidement pour un ours…  et part vivre dans une grotte tout l’hiver, jusqu’à ce que le printemps réapparaisse et que son estomac crie famine. Le Printemps, la saison des amourettes et du renouveau. Le moment préféré des ours, qui, nous le savons, ne se reproduisent qu’une fois par an.

Vous l’aurez compris, l’auteur nous propose une nouvelle aventure pleine de surprises, de splendeur, de grandeur et surtout d’humour grinçant qui fait réfléchir sur une société ou l’homme n’est qu’un objet pour faire gagner du fric à d’autres. On peut voir dans ce roman une simple loufoquerie propre à l’auteur, ou bien une réelle critique de la société de consommation dans laquelle nous grandissons jours après jours, avec ses difficultés et ses pièges, comme nous le comprenons implicitement page 63 quand on lit à propos de Boykins, agent littéraire dopé au prozac ;

« Ils passèrent devant un énorme Mickey Mouse en vitrine d’un magasin de jouets, et Boykins fut saisi d’un affreux souvenir de lui à Disneyland, alors qu’il avait douze ans, paralysé par le besoin irrépressible de faire une génuflexion chaque fois qu’il voyait Mickey (…) A genoux, intima Mickey à Boykins. Ou un terrible malheur s’abattra sur ton client. »

Rappelons que l’auteur, quant à lui, vit sur une petite île loin du brouhaha américain. Et même si ses romans sont traduits dans le monde entier, il semble garder les pieds sur terre. Juste assez pour nous faire marrer en tout cas.
Soulignons, pour terminer, le choix de la couverture réalisée par Jean LECOINTRE. Elle resplendit au milieu de la rentrée littéraire, donne un nouveau souffle au roman loufoque, et intrigue sans tout dévoiler. Nous reconnaissons tout l’art de l’illustrateur avec une petite pensée pour son ouvrage L’odyssée d’Outis paru aux éditions Thierry MAGNIER.
Il s’agit ici d’un roman que Jean LECOINTRE aurait pu écrire, ou penser, et il est assez rare que la couverture soit si bien réfléchie qu’elle vaille la peine d’être précisée.

Ouvrage disponible aux éditions Cambourakis à partir du 15 Octobre 2014. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nathalie BRU.

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