Price, Steve TESICH

« Je mettrais ma main au feu,
Oui, je mettrais ma main au feu
Que tout homme est une île.
Et contrairement à ceux qui disent
Que toujours il étincelle,
Moi, je mettrais ma main au feu
Que le soleil
Parfois ne brûle nulle part.
Et je mettrais ma main au feu,
Bien que nous soyons tous bons à crever,
Qu’un jour un salaud, un pourri
Trouvera le moyen de passer au travers
Et de vivre éternellement
Sans en payer le prix. »


PIRCE_Faux livre_fond_gris_BD

DanielPRICE est lutteur. et malgré les apparences du premier chapitres nous n’allons pas étudier la testostérone chez les lycéens mais plonger au plus profond de leur âme.

Le livre commence sur un échec. Un échec qui n’en est peut-être pas un puisqu’il semble être voulu. Alors qu’il mène son combat, que le public l’adule dans un silence de mort, Price choisit de se laisser abattre malgré le regard de feu de son entraîneur.

Sur le chemin du retour, Price va nous parler de son quartier, de l’East Chicago, et particulièrement d’un petit quartier où tout semble plus simple : Aberdeen Lane.
C’est ici qu’il voit pour la première fois Rachel. Rachel qui va le construire, qui va le faire grandir, mûrir et se remettre en question.
Ses deux amis, Larry et Billy, à peu prés aussi pommés que lui, vont doucement s’éloigner de son récit pour laisser la place à Rachel et son caractère original qui empêche quiconque de la cerner.
Billy, Larry et Daniel, les trois anciens inséparables, ne se retrouvent plus que pour de grandes questions métaphysiques, malgré eux.

Tiraillés entre la violence, la tristesse, la peur de soi et des sentiments encore jamais explorés, les différents personnages évoluent à travers une ville industrielle où règne un homme au large sourire en haut d’une enseigne où gît le pétrole.
Tantôt dans la folie, tantôt dans le désespoir, ils vont s’accrocher les uns aux autres pour couler ensemble.

Daniel, quant à lui, évolue entre son père très malade atteint d’un cancer et d’une folie passagère et sa mère qui semble effacée et pleines de bonnes intentions. Entre religion, bougies purifiantes et voyance dans du marc de café, elle cherche sa place d’immigrée depuis déjà trop longtemps et semble prête à éclater.

Daniel, pourtant, va trouver la force de vivre un idylle amoureux hors du commun le temps d’un été. Peut-être pour s’éloigner de son quotidien, peut-être parce que ses hormones le travaille. Il part à la recherche de l’île de la tranquillité avec une Rachel tiraillée par David, son père, et Daniel, son amant.
Prêt à tout pour qu’elle montre l’amour qu’elle lui porte, Daniel va jusqu’à se mettre à la poésie et s’inventer des vies pour Rachel.

Vous l’aurez compris, une épée de Damoclès est pendue sur la tête des personnages de Steve TESICH. Ensemble, ils évoluent vers une quête de liberté et de bonheur, mais l’adolescence réserve bien des surprises.

 

« (nous sommes dans le journal intime de Poochini, un chien d’aveugle.) 5 Avril. Il pleut toujours. C’est agréable d’avoir un foyer, un maître, une occupation et un toit au-dessus de ma tête. Mais, je n’arrête pas de me dire, ça doit être agréable aussi de galoper sous la pluie, de m’arrêter sous les arbres, de me secouer et de reprendre ma course.

21 Avril. J’ai vu un chat aujourd’hui. Un matou tout à fait ordinaire. Mais je me suis demandé pourquoi il n’y avait pas de chats d’aveugle. Ne sont-ils pas assez intelligents pour suivre une formation ? Ou peut-être préfèrent-ils ne pas avoir de responsabilités. Trop intelligents, peut-être ? »

 

Il s’agit ici du premier roman de l’auteur de Karoo, publié aux Etats-Unis en 1982 et oublié en France jusqu’à aujourd’hui. Et quelle erreur. Steve TESICH nous renvoie à nos angoisses, à nos fantasmes et à nos images en nous faisant rêver dans un univers bien ancré dans la ville et la technologie.
Avec des sujets qui semblent lui tenir à coeur, l’auteur et scénariste nous propose un texte plein d’émotions et de questionnements. L’emprise des sentiments sur la liberté et la façon de vivre, de voir les choses.
Un roman sur la relation entre un père et son fils, sur le mensonge, et sur l’amour. Un roman qui montre le passage d’adolescent à adulte en une fraction de seconde. Encore un, me direz-vous. Pourtant, celui-ci n’est pas comme les autres. Celui-ci est réel.
Steve TESICH nous offre un second ouvrage, un dernier ouvrage. Et c’est un vrai petit bijou. Un vrai petit deuxième chef-d-oeuvre que je vous incite fortement à lire.

Prenez du plaisir, ouvrez ce livre, et ne l’abandonnez pas. vous risquez d’être surpris par vous-même.

Ouvrage disponible aux éditions Monsieur Toussain Louverture à partir du 22 Août 2014. Traduit de l’Anglais par Jeanine HERISSON.

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À propos de Antoine

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6 responses to “Price, Steve TESICH

  • Dominique Bordes

    Bonjour,

    voici la version finale du poème de Larry Misiora :

    Je mettrais ma main au feu,
    Oui, je mettrais ma main au feu
    Que tout homme est une île.
    Et contrairement à ceux qui disent
    Que toujours il étincelle,
    Moi, je mettrais ma main au feu
    Que le soleil
    Parfois ne brûle nulle part.
    Et je mettrais ma main au feu,
    Bien que nous soyons tous bons à crever,
    Qu’un jour un salaud, un pourri
    Trouvera le moyen de passer au travers
    Et de vivre éternellement
    Sans en payer le prix.

    Vous avez dû lire une version antérieure de la traduction, la version finale étant toujours une superior version.

    Merci de votre chronique.

    Cordialement,

    Dominique

  • Clara

    Bonjour,
    j’espère trouver quelqu’un pour m’aider à résoudre un mystère qui me taraude. Voilà, je sui persuadée d’avoir lu Price de Tesich en français il y’a au moins 6 ou 7 ans, soit bien avant sa sortie chez Monsieur Toussaint Louverture qui serait apparemment la première traduction française… Mes recherches sur le net n’ont rien donné. Suis je folle? je vois qu’il est fait ici mention de plusieure traductions… Je vous en prie, éclairez moi!
    Clara (hésitant à se faire interner…)

    • Antoine

      Bonjour,
      Effectivement, Price avait déjà été traduit il y a quelques années… Mais resté quasi totalement inaperçu, MTL l’a remis au goût du jour avec un coup de com’… Mais la même traduction (me semble-t-il)… !
      Pour ce qui est de l’édition initiale en France, je ne m’en souviens plus, mais je me demande si ce n’était pas Gallimard

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