Ascension, Ludwig HOHL

« A ce moment de la nuit, il n’y avait pas un souffle de vent et l’on pouvait difficilement l’accuser de siffler. Certes, on percevait de temps en temps un grand mugissement lointain semblable au bruit de la mer, prolongé comme s’il eut été émis par un immense soufflet, actionné lentement, soupirs semblables à ceux que pousse doucement un dormeur – mais pas une créature d’une taille animale ou humaine : ce dormeur était-il la montagne en personne ? Puis retombait le grand silence de la nuit, ce silence puissant dont le fond est un bourdonnement constant, mélodieux, si doux qu’on cesse de l’entendre dès que le moindre son s’élève, et qui revient ensuite, énigmatique et inchangé, comme s’il provenait des chaudières gigantesque que – les eût-on cherchées – on n’eût jamais pu découvrir. »

 ascension

Un roman passionnant sur l’ascension de deux amis sur un glacier de taille. Il fait froid, la neige paralyse, la peur des crevasses angoisse, et on se retrouve submergé de la tête au pied par cette écriture décapante et ce texte d’une poésie inouïe.
Ascension a été réécrit six fois entre 1915 et 1975 par l’auteur, nous dit l’éditeur. Il en pèse chaque mot, il en créé une atmosphère dans laquelle il nous invite et nous prend au piège. Toute ascension a ses risque, toute amitié à ses failles, et les montagnes nous rappellent que la vie ne tient pas à grand chose, que nous sommes bien minimes.

 » – Tu racontes des bêtises… tiens, même le feu l’a remarqué, il s’est éteint.
Il se mit à souffler pour le ranimer. Johann, lui, demeurait dans la même posture, immobile. Inamovible. Rien ne pourrait plus le mouvoir. 
Le feu… qu’avait-il donc remarqué ? Cela n’était qu’un signe, un écho de ce qu’il sentait à présent : que c’en était fini du pouvoir qu’il avait sur Johann.
Le feu flambait maintenant. Mais il correspondait cette fois à un autre feu, celui de la colère démesurée qui montait en lui. »

Ull et Johann n’ont pas le même rythme, et après plusieurs épreuves moralement difficiles Johann décide d’abandonner, laissant son ami seul face à lui même, face au roc, et à son envie folle de le gravir.
La cordée est terminée, le risque est doublé, et le lecteur entre dans une tension extrême. Folle ascension, rêve irréalisable, besoin d’adrénaline. On se retrouve seul juge de cet homme que personne ne voit, de cet homme qui souhaite simplement se prouver à lui-même qu’il peut le faire.

Alors, êtes-vous prêt pour une petite randonnée en haute montagne… ?

 

De loin un des meilleurs livres qu’il m’ait été donné de lire.

 

Ouvrage disponible aux éditions Nouvel Attila (et anciennement Attila) depuis Octobre 2012. Traduit de l’allemand par  Luc de GOUSTINE, illustré par Martin Tom DIECK.

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À propos de Antoine

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