Archives mensuelles : mai 2014

Ascension, Ludwig HOHL

« A ce moment de la nuit, il n’y avait pas un souffle de vent et l’on pouvait difficilement l’accuser de siffler. Certes, on percevait de temps en temps un grand mugissement lointain semblable au bruit de la mer, prolongé comme s’il eut été émis par un immense soufflet, actionné lentement, soupirs semblables à ceux que pousse doucement un dormeur – mais pas une créature d’une taille animale ou humaine : ce dormeur était-il la montagne en personne ? Puis retombait le grand silence de la nuit, ce silence puissant dont le fond est un bourdonnement constant, mélodieux, si doux qu’on cesse de l’entendre dès que le moindre son s’élève, et qui revient ensuite, énigmatique et inchangé, comme s’il provenait des chaudières gigantesque que – les eût-on cherchées – on n’eût jamais pu découvrir. »

 ascension

Un roman passionnant sur l’ascension de deux amis sur un glacier de taille. Il fait froid, la neige paralyse, la peur des crevasses angoisse, et on se retrouve submergé de la tête au pied par cette écriture décapante et ce texte d’une poésie inouïe.
Ascension a été réécrit six fois entre 1915 et 1975 par l’auteur, nous dit l’éditeur. Il en pèse chaque mot, il en créé une atmosphère dans laquelle il nous invite et nous prend au piège. Toute ascension a ses risque, toute amitié à ses failles, et les montagnes nous rappellent que la vie ne tient pas à grand chose, que nous sommes bien minimes.

 » – Tu racontes des bêtises… tiens, même le feu l’a remarqué, il s’est éteint.
Il se mit à souffler pour le ranimer. Johann, lui, demeurait dans la même posture, immobile. Inamovible. Rien ne pourrait plus le mouvoir. 
Le feu… qu’avait-il donc remarqué ? Cela n’était qu’un signe, un écho de ce qu’il sentait à présent : que c’en était fini du pouvoir qu’il avait sur Johann.
Le feu flambait maintenant. Mais il correspondait cette fois à un autre feu, celui de la colère démesurée qui montait en lui. »

Ull et Johann n’ont pas le même rythme, et après plusieurs épreuves moralement difficiles Johann décide d’abandonner, laissant son ami seul face à lui même, face au roc, et à son envie folle de le gravir.
La cordée est terminée, le risque est doublé, et le lecteur entre dans une tension extrême. Folle ascension, rêve irréalisable, besoin d’adrénaline. On se retrouve seul juge de cet homme que personne ne voit, de cet homme qui souhaite simplement se prouver à lui-même qu’il peut le faire.

Alors, êtes-vous prêt pour une petite randonnée en haute montagne… ?

 

De loin un des meilleurs livres qu’il m’ait été donné de lire.

 

Ouvrage disponible aux éditions Nouvel Attila (et anciennement Attila) depuis Octobre 2012. Traduit de l’allemand par  Luc de GOUSTINE, illustré par Martin Tom DIECK.

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Oliver et les îles vagabondes, Philip REEVE et Sarah McINTYRE

« L »île continua à se déplacer pendant la nuit. Bercé par son mouvement régulier et par le ronflement de la mer, Oliver sommeilla paisiblement. Mais soudain, dans son rêve, il entendit un cri de douleur et se réveilla. Quelques étoiles luisaient encore dans le ciel gris pâle. Un vent d’Ouest bruissait à travers les herbes. »

oliver et les iles vagabondes

Oliver a des parents qui en feraient rêvé plus d’un : ce sont des aventuriers. Mais des vrais, hein, pas des adultes qui vont juste faire un tour à la campagne pendant deux-trois jours. Eux, ce qui leur plaît, c’est la découverte des îles, des nouvelles contrées encore inexplorées par l’Homme.
Et cette année, alors qu’ils se rendent dans leur maison de vacances sur la côte, ils ne vont pas être déçu !
D’étranges lopins de terre les intrigues au point qu’ils décident d’aller les explorer… Et Oliver choisit de rester tranquillement à la maison.
Puis, inquiet de voir la barque revenir sur le rivage seule, il va prendre la décision de partir à leur recherche. Seulement il y a un problème, et de taille. L’île qu’ils visaient a disparu.

Commence alors une aventure incroyable qui va vous emporter dans un monde de féerie où les îles ne sont autres que des géants, où les sirènes parcourent les océans, où les algues sont moqueuses… Et où une île sème la terreur.
Accompagnés d’un superbe oiseau un peu grincheux, d’Oliver et d’une sirène myope, vous allez partir pour un voyage à durée… Indéterminée.

« Des années d’exploration lui avaient enseigné qu’on ne résolvait pas un problème en s’en plaignant. Il fallait agir. C’est en agissant que ses parents l’avaient sauvé de l’attaque d’un ptérodactyle, et qu’ils s’étaient échappés du donjon de M’bumbi M’bumbi. »

Un texte remarquable qui m’a fait voyager, où l’aventure est vraiment de la partie et où la morale n’explose pas toutes les deux pages ! On se retrouve dans une forte histoire d’amitié entre quatre personnages bien trop seuls, on apprend avec eux la loi du Karma, même si elle n’est pas explicite, et on se fend bien la gueule.
On nous mène dans les fonds marins où seules quelques épaves peuvent avoir échouées, et nous voilà parti pour un concours de perruques qui a lieu tous les sept ans entre les îles vagabondes…

Une écriture fluide, un texte de Philip REEVE qui nous prend par la main et nous emméne nous balader, aéré des illustrations simples mais efficaces de Sarah McINTYRE. Puis cerise sur le gâteau, il y a dans chacune d’entres-elles un petit crabe superstar à retrouver…
Un livre touchant qui peut se lire dés sept ans, et qui donnera goût à la lecture même aux plus réticents !

 

Ouvrage disponible aux éditions du Seuil depuis Mai 2014. Traduit de l’anglais par Raphaële ESCHENBRENNER.


Village cherche idiot, Michel RIETSCH

« Vous n’êtes pas sans savoir qu’un nouveau paroissien nous est arrivé, un vrai, mais qui fait des choses étonnantes. Certaines de nos paroissiennes, hélas parmi les plus chastes, ont déjà perdu le nord.
Elles doivent se souvenir que l’index de Dieu les avait désignées bien avant qu’un majeur libertin ne leur montre un autre chemin. En vérité je vous le dis, le temps des changements va bouleverser nos coutumes. »

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Quel dommage ! Quelle tristesse, quel désarroi ! Une si bonne idée, un roman qui partait si bien.
Pour être honnête avec vous, je crois que c’est la première fois que je vais au bout d’un roman qui m’ennuie autant. Il fait parti de ceux qu’on n’a pas envie de lâcher parce qu’il nous amuse. Parce qu’il nous touche, qu’il nous émeut. Il est un de ces romans ratés à l’idée géniale.

Beaucoup ont écrit sur l’idiot, et j’en connais une qui vous en parlerait bien, mais Michel RIETSCH a une force de scénario. Sa seule faiblesse, finalement, c’est l’écriture qui ne tient pas en haleine et rend le texte plat.
Si encore le personnage représentait la platitude j’aurais pu le comprendre et y remettre la faute, mais Parfait, le nouvel idiot du village de plouc’, est pétillant, plein de vie. Un vrai de vrai quoi. Un Pignon, mais pas seulement.
Le village de Babelheim en Alsace vient de voir son idiot, Franz, mourir. Il a voulut suivre les oiseaux et en montant sur un pylône électrique il a eu les cheveux frisés.
Branle-bas de combat dans village. Un village sans idiot ne peut être un bon village. Il faut absolument trouver un remplaçant, et pour cela, rien de tel qu’une belle petite annonce dans le journal !
Arrive alors un courrier d’un asile psychiatrique qui propose de leur donner Parfait, le plus grand des idiots qui a un nom pour ça.
Grande joie, la fumée blanche apparaît à la mairie : on a trouvé le nouvel idiot !
Mais lorsque Parfait arrive, avec sa tortue qui renferme tous ses souvenirs, le village va doucement se métamorphoser… Parfait y serait-il pour quelque chose, et ne serait-il pas si idiot qu’il n’y paraît ?

Tout y est ! On a de la religion avec un curé qui a peur de voir sa place disparaître et est prêt à tout pour donner foi aux citoyens, mais aussi de la politique avec un maire niais et naïf. On a évidement des jeunes femmes pleines d’entrain et prêtes à tout pour séduire le beau Parfait, mais aussi des gens qui commencent à se lier contre lui.

Comme celle que je connais bien vous le dirait, le propre de l’idiot est de dénoncer une attitude politique et il trouve souvent des réponses en quelques croyances.
C’est ce qui permet de dire que Michel RIETSCH a bosser son sujet, qu’il aime ce personnage au moins autant que Dostoïevski ou Tarkovski.
C’est aussi ce qui permet de dire que le roman marche malgré la lenteur du texte.

Avec quelques clins d’œil à la religion comme cette fumée blanche qui sort de la mairie lorsque l’idiot est trouvé, ou bien toutes les réflexions politiques et chrétiennes, l’auteur nous propose une belle définition de l’idiot. Quel dommage. Quelle frustration.

Je vous propose tout de même la découverte de ce roman aux intentions merveilleuses et caustiques.

 

Ouvrage disponible aux éditions Presque Lune depuis Décembre 2011.


Banksy et moi, Elise FONTENAILLE

« Il faisait beau, c’était propre et joyeux, on se serait cru dans un film de Kusturica – Le temps des Gitans, Chat noir, Chat blanc… Ça avait l’air irréel, un décor de ciné, pourtant ici des gens vivaient, on croisait des vieux, des jeunes, des femmes, des enfants : un vrai village, sous l’autoroute… »

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Darwin est un jeune qui vit dans un quartier « chaud », dans une cité, au milieu du béton, des déconstructions et des reconstructions. Le problème est la destruction des vieux bâtiments pour créer à la place de nouveaux immeubles destinés aux riches…
Le jeune homme grandit alors au milieu des expulsions et de la violence. En face de sa fenêtre un énorme mur de brique qui empêche de laisser entrer la lumière, et sa mère qui n’est pas là.
Sa mère, elle est chauffeur de taxi la nuit. Donc elle dort toute la journée, et rien ne peut la réveiller.
Son père ? Il est absent depuis son plus jeune âge. Il ne l’a d’ailleurs jamais connu.

Darwin est animé par la beauté de sa camarade, Éva, une princesse vivant tout en haut d’un château… D’eau.
Depuis leur rencontre ils passent de plus en plus de temps ensemble. Elle l’aide à s’émanciper, à grandir, elle qui a connu l’indépendance bien trop rapidement et refuse d’entendre parler de la DAAS.

Un jour, une lueur d’espoir. Sur le mur de briques qui obstrue la lumière dans l’appartement de Darwin un dessin merveilleux. Un dessin qui dénonce, un dessin qui propose un peu d’espoir et qui met les bourreaux face à eux-mêmes.
Le beau père de notre héros semble y voir le trait de Banksy. Commence alors une véritable aventure entre Darwin et Éva qui veulent le croiser, et surtout, suivre son exemple. C’est ainsi qu’ils se retrouveront dans les sous-terrains de la ville, qu’ils se feront pourchasser, et qu’ils crieront leur désaccord avec le monde.

 

Banksy et moi est un bon roman presque biographique. On y apprend pour une première découverte pas mal de choses sur le taggeur, et notamment sur son esprit rebelle. Il a des choses à dire au monde et son expression est picturale. Personne n’a jamais vu son visage. Un mystère bienfaisant l’englobe. Il semblerait que là où il y a un de ses dessins plus rien ne peut arriver…
Elise FONTENAILLE répercute avec force cette ambiance puissante et parfois cruelle. Elle ne fait pas non plus de la cité un stéréotype. Tout est maîtrisé, et elle n’en fait jamais trop.

C’est un roman chaudement recommandé.

 

Ouvrage disponible aux éditions du Rouergue depuis Mai 2014.


Le Mont Analogue, une drôle d’ascension !

« […] Prenez un autre type d’enchaînement :
1) le bouledogue est un chien ; 2) les chiens sont des mammifères ; 3) les mammifères sont des vertébrés ; 4) les vertébrés sont des animaux… ; je vais plus loin : les animaux sont des êtres vivants – mais voilà, j’ai déjà oublié le bouledogue ; si je me rappelle « bouledogue », j’oublie « vertébrés »… Dans tous les ordres de successions ou de division logiques, vous constaterez le même phénomène. Voilà pourquoi nous prenons constamment l’accident pour la substance, l’effet pour la cause, le moyen pour la fin, notre bateau pour une habitation permanente, cotre corps ou notre intellect pour nous-même, et nous-même pour une chose éternelle. »

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Le Mont Analogue. Belle invention presque scientifique du grand René DAUMAL.
Invention qui n’en est plus une quand on y croit dur comme fer. Et c’est ainsi que René DAUMAL donne vie à huit personnages en quête d’aventure. Ensemble, ils vont braver les dangers de l’océan pour trouver ce mont qui les rapprochera des nuages.

Le Mont Analogue est une montagne bien plus haute que l’Everest. Seulement nous ne l’avons encore jamais vu… Et savez-vous pourquoi ?
Avec des théories farfelues auxquelles nous nous laissons tenter, l’auteur nous mène en bateau. Et il n’y a aucun doute : le capitaine, c’est lui. On a envie de le suivre, on ne peut s’empêcher de croire en cette féerie… Qui n’en est peut-être pas une.

L’expédition est rudement menée par Pierre SOGOL, un inventeur de choses dites « impossibles », qui s’intéresse à tout ce qui semble saugrenue, sort d’une secte, et donne quelques cours d’escalades de temps en temps pour gagner un peu d’argent. Il est persuadé que le Mont existe, et il pense être le seul, jusqu’à ce qu’il tombe sur l’article de notre narrateur : Théodore. Il décide de lui écrire pour lui proposer l’aventure et sait qu’à deux ils pourront en convaincre d’autres de les accompagner.
Se mêlent alors théorie sociologique et comportementale, philosophie, théologie, absurdités, cynisme et surtout surréalisme pour créer un roman inachevé d’une centaine de pages aux allures de chef-d-oeuvre.

Nous voilà parti pour l’aventure, à la recherche du Mont Analogue et de ses légendes. Bien sûr, toute expédition à son lot de catastrophes… Et chaque personnage à sa personnalité bien rodée. Du médecin à celui qui a un plein garde manger dans le sac à dos en passant par le littérateur poète et la bonne femme qui ne peint que des sommets. Je vous en passe, et des meilleures, pour vous laisser tout loisir de la découverte, et tout plaisir de la lecture.

 
L’écriture est forte, chaque phrase à son sens propre et le sens qu’on peut lui donner. Chaque respiration a son effet, chaque mot est une motivation à aller toujours plus loin.
Ecrit dans les années quarante, ce roman est l’illustration du surréalisme. On est en plein dans cette période de guerre, René DAUMAL est obligé de quitter sa région à cause des origines de sa femme. Ensemble ils se perdent, se comprennent, et s’aiment à l’abris des regards. René DAUMAL apprend rapidement qu’il est malade, et que c’est incurable. Il met prés de cinq ans à écrire ce roman inachevé et nous laisse sur notre faim. Cependant sa pensée perdure par le schéma de son récit qui aurait dû comporter sept chapitres (au lieu de cinq) et ses autres écrits sur le thème de l’alpinisme. Le Mont Analogue semblait lui tenir à cœur depuis longtemps puisqu’il en avait déjà parlé avant de commencer son écriture…

Lire ce chef-d-oeuvre inachevé n’est pas une frustration, mais un réel éclat pétillant qui ouvre plein de portes jamais refermées.
Comme le disait René DAUMAL,

« On ne peut pas rester toujours sur les sommets. Il faut redescendre…
A quoi bon, alors ? Voici : le haut connaît le bas, le bas ne connaît pas le haut. En montant, note bien toutes les difficultés de ton chemin ; tant que tu montes, tu peux les voir. A la descente, tu ne les verras plus, mais tu sauras qu’elles sont là, si tu les as bien observées. 
Il y a un art de se diriger dans les basses régions, par le souvenir de ce qu’on a vu lorsqu’on était plus haut. Quand on ne peut plus voir, on peut du moins encore savoir. »

L’ouvrage est disponible depuis Juin 2006 aux éditions Gallimard collection L’Imaginaire. Publié pour la première fois en 1952, avec son édition définitive en 1981.

Prenez maintenant un collectif Lyonnais. Quelques auteurs BD qui ont l’air de plutôt bien s’entendre. Tous ont lu le Mont Analogue de René DAUMAL et ils décident ensemble de l’exploiter dans leur fanzine, Arbitraire (numéro douze), sous le titre de Le Mont Eugolana !

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Et oui, quand je vous disais qu’un chef-d-oeuvre inachevé ouvrait des portes, vous voyez…

Ensemble, donc, ils ont choisi de créer l’ascension du Mont Analogue en se mettant, tel des OuBaPiens, quelques règles et embûches. Vous imaginez bien que l’ascension n’est pas de tout repos…

Nous voilà parti avec quelques personnages communs à tous et pourtant bien délurés. Nous avons un alpiniste de haut niveau, un secouriste, une psychologue peintre, un cuisinier, un médiateur et un blagueur… Nous retrouvons les personnages de DAUMEL avec un angle plus neuf, plus déjanté.
Ils vont se retrouver face à quelques péripéties de haut-vol, comme par exemple tomber sur un cadavre, un éboulement de la montagne, une agression d’un animal, des plantes rares, une folie qui guette, des changements climatiques…
Tant d’idées piochées au hasard dans un grand chapeau pour donner vie à un texte et une illustration hors du commun. Six auteurs se sont prêtés au jeu pour nous faire découvrir la face obscure du Mont Analogue.
Réussiront-ils à rencontrer Dieu une fois en haut ? Tant de suspens que c’en est insoutenable !

Saluons l’idée géniale de ce fanzine. Le lecteur se retrouve perdu dans des pages au sens de lecture semblable à l’ascension d’une montagne. Tout se lit de bas en haut et de droite à gauche. L’amusement manichéen des auteurs ne manquera pas de vous faire sourire. Une pointe de cynisme, un ton semblable à celui de René DAUMAL et une histoire qui tient la route.

Que demande le peuple ?

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Double jeu, Jean-Philippe BLONDEL

« C’est toujours curieux de lire une pièce de théâtre. Ca m’avait fait le même effet avec Huis Clos. Il manque quelque chose. Les voix. Surtout les voix. C’est important de connaître les timbres, pour se représenter les personnages. Les costumes, aussi. Parce que mine de rien, dans les romans, on décrit souvent ce que portent les personnages, et ça aide à les imaginer en train de bouger et de parler. »

double jeu

Quentin entre cette année en 1ére L et il change de lycée. Autant dire que l’année commence plutôt fort pour lui. Il perd tous ses amis, ses repères, et surtout son quartier pour se retrouver… Chez les bourges.
Et dans les lycées de fils à papa il faut faire sa place. Comme dans la rue, comme en taule. Il faut montrer qui on est, qu’on en a dans le ventre, sinon on péri seul.
Et c’est alors que Quentin dessine dans le coin de sa feuille de notes dans le cours de la Fernandez (oui, oui, il y a un article…) en ayant une pensée nostalgique pour tout ce qu’il a quitté, que sa vie va changer. Il va se surprendre lui-même, et surprendre tout le monde. A partir de ce jour, le voilà enrôlé malgré lui dans une pièce de théâtre où il tient le rôle principal.

 

C’est avec brio que Jean-Philippe BLONDEL nous transporte dans ce lycée aux allures huppés. On se retrouve dans un texte très humain, porté par l’émotion, la révolte, et bien sur : l’art.
Le théâtre n’est pas là pour sauver Quentin. On n’a pas à sauver Quentin. L’auteur semble simplement vouloir donner une prise de conscience au jeune narrateur qui tient son journal. Oui, parce qu’il s’agit d’un journal. Ecrit sous forme d’Actes et de scènes et tenu par Quentin. On y a ses coups de gueules, ses sentiments… Et on y retrouve toute la fabulation qu’un adolescent peut faire face à un événement pourtant très simple.
Des thèmes lourds son abordés de façons particulièrement simples et efficaces.

C’est, pour finir, un roman fort, qui e lit vite, qui se dévore, mais qui ne s’oublie pas, que nous propose ici l’auteur.

 

Paru aux éditions Actes Sud junior en Août 2013.