Une putain de catastrophe, David CARKEET

« Quelques minutes plus tard, alors qu’ils s’étaient embarqués pour la Crète, l’Anglais demanda à Zorba s’il était marié, et Zorba répondit en gros qu’il était un gomme, donc qu’il était stupide, et donc qu’il avait été marié. Dan et Cook ricanèrent. Zorba ajouta qu’il avait une femme, des enfants et une maison, décrivant la situation comme <<une putain de catastrophe>>. »

 

une putain de catastrophe

Pour notre plus grand plaisir, cette nouvelle aventure de David CARKEET nous replonge dans l’esprit loufoque de Cook, linguiste professionnel.
Il a été forcé de quittéerWabash, l’institution dans laquelle il travaillait dans « Le Linguiste était presque parfait » suite à la fermeture de l’entreprise. Il a aussi arrêté l’alcool et Paula l’a quitté.

Autant vous dire que nous retrouvons un Cook tout à fait nouveau mais qui n’en manque toujours pas une pour nous faire rire !

Le roman commence : Jérémy Cook est sur une nouvelle affaire. Il a vaguement entendu parler d’un type, Roy, qui chercherait des linguistes. Quelle aubaine ! Il décroche un entretiens d’embauche qui n’est pas commun… Pour un boulot qu’il ne connait pas, et surtout ne comprend pas.

Le voilà lancé dans l’aventure extraordinaire de réconcilier des couples en bernes… Par la linguistique !

Cook se rend alors dans une famille aux abords banale. Le couple, Dan et Beth, est marié depuis quelques années et ont un enfant. Alors que leur relation bat de l’aile, ils se voient demander les services de Roy qui leur envoie Jérémy pour vire quelques temps avec eux tout en les observant.

On entre alors dans une histoire aux allures loufoques, comme les anglais savent si bien les faire. A mi-chemin entre l’absurdité de Tom SHARPE et la tension cynique de Nick HORNBY, on retrouve un David CARKEET qui nous fait trembler d’impatience et de questionnements.

Jérémy COOK va vivre quelques jours incroyable en compagnie de ce couple qui, comme tout le monde le sait, porte L’HORREUR en lui.
Quelle est cette horreur ? C’est la mission de Jérémy que de la déceler et nous en faire le portrait.

 

C’est avec des situations rocambolesques et touchantes que David CARKEET nous montre l’intimité d’un couple banal. On peut tous se reconnaître dans Dan et Beth. On a tous des prises de bec insensées qu’on regrette instantanément. David CARKEET nous peint une société de consommation où rien ne semble plaire à ses protagonistes. Ensemble ils s’enlisent dans un micmac fou d’où on semble ne pouvoir sortir que par un divorce.

Une fois de plus, Jérémy COOK nous montre l’importance de la linguistique, et même si l’étymologie lui sort par les yeux, ni elle ne coupe le roman, ni elle l’alourdit. Tout n’est que douceur, calme et volupté dans un monde à la frontière d’une folie chronique.

 

Je vous propose donc, avec ce bouquin, de vous mettre face à un miroir et de vous épiez. Mais je vous propose aussi de rire, de vous amusez, et d’entrer dans l’univers bien anglais d’un auteur bien américain. Je vous propose un voyage à la frontière du risible, pour quelques heures de pur bonheur.

Une fois de plus, David CARKEET ne nous déçoit pas et écrit un livre tout à fait d’actualité… Même s’il est paru pour la première fois dans les années 1990 en Amérique.

Pour ceux qui n’ont pas aimé le linguiste, celui-ci paraîtra plus achevé. Pour les autres aussi, mais ils ne manqueront pas de voir quelques clins d’œils qui les replongeront dans un abîme de douceur.

« Oh quelle salope ! Oh ! Oh ! Oh ! Quelle saloperie de salope ! Tu as eu ce que tu voulais, Dan. Tu l’as eu, mon vieux. […] Ouais, mon pote. Elle est toute à toi. T’as décrocher le gros lot, mon gars. T’as eu ce que tu voulais. Salope au petit déjeuner, salope au déjeuner, salope au dîner. Waouh. Qu’est-ce que c’est ? La porte d’entrée ? Ouais. Elle se barre, maintenant. Regarde bien, le monde. Voici la salope qui apparaît. Où va-t-elle ? Qui le sait ? A l’école des salopes, peut-être. Regardez-la saloper sur le trottoir ! Que les oiseaux du quartier lui chient dessus, je vous en prie. Voiture, écrasez-la. Terre, avale-la. Oh ! Oh ! Oh !

 

Pour ce personnage que la littérature pourrait qualifier d’idiot, vous ressentirez une forte compassion. Dostoïevski savait bien que l’Idiot ne l’était qu’à travers le regard des autres…

Mais vous trouverez aussi bien d’autres références. Je n’ai pu, par exemple, m’empêcher de penser à En attendant Godot de Beckett, notamment dans le rôle de la belle famille de Dan. On est dans l’attente perpétuelle de quelque chose qui semble ne jamais arriver.

Mais il ne faut jamais dire jamais.

Tous les moyens sont bons pour sauver un couple, mais inviter Jérémy COOK chez soi est-ce la meilleure des solutions ?

En lisant ce roman, le titre prend toute sa signification. La vie aussi.

 

Il s’agit sans doute, paradoxalement, de la plus belle histoire d’amour qu’il m’ait été donné de lire.

 

Soulignons, avant de terminer, la magnifique couverture une fois encore proposée par Simon ROUSSIN.

Ouvrage disponible à partir du 6 Mai 2014 aux éditions Monsieur Toussaint Louverture. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie CHABIN.

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À propos de Antoine

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