Les douze tribus d’Hattie, Ayana MATHIS

« La pluie se mit à tomber à grosses gouttes. Ils trouvèrent refuge tous les deux sous un arbre au bord de la clairière. Ils restèrent assis ensemble un bon moment à regarder les larges feuilles des oreilles d’éléphants se balancer sous l’averse. L’idée vint à Floyd de tendre le bras et de prendre la main de Lafayette, mais celui-ci pourrait le repousser. Et s’il ne le rejetait pas et qu’ils restaient assis là, à se tenir la main sous la pluie, qu’est-ce que cela signifierait ? »

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Nous sommes entre les années 1920 et les années 1980 à Philadelphie. Hattie y a débarquer avec sa mère alors qu’elle était toute jeune pour fuir la pauvreté et la ségrégation et recommencer une vie plus calme. Elle épouse rapidement August avec qui elle aura pour guise d’enfants une petite tribu…
Nous retrouvons dans chaque chapitre une souffrance différente. Souffrance liée à la mère, au père, ou à la famille en générale. Des enfants qui se sentent bien seuls, d’autres qui se cherchent dans leur sexualité, ou bien encore ceux à qui l’ont cache de lourds secrets… Tous n’ont qu’un point en commun : Hattie.

Hattie, cette femme à la puissance redoutable que rien ne semble atteindre. Hattie qui n’a pas l’habitude de montrer ses émotions mais plutôt de les soustraire aux regards extérieurs. Hattie qui se protége d’un mari qui devient absent, ou parfois trop présent. D’un mari qui ne comprend pas les femmes, et encore moins la sienne.

Nous ouvrons ce livret de famille avec l’arbre généalogique qui commence par August et Hattie, se poursuit avec leurs onze enfants, et se termine par une petite fille.
Entre souffrance et bons sentiments, la frontière est quasi invisible chez cette narratrice aux nerfs d’acier.

 

« L’esprit du Seigneur descendit sur l’assemblée et les paroissiens, les yeux clos, levèrent les bras au ciel. Hattie inclina la tête, main elle ne ferma pas les yeux. Elle observait les fidèles. Sala eut l’impression que sa grand-mère et elle étaient les deux seules personnes qui n’étaient pas transportées hors d’elles-mêmes. »

 

Un roman fascinant dans lequel on se laisse porter. Il ne faut pas chercher les liens, ils se créent tout seuls au fil de la lecture. Une écriture puissante vous attend entre les lignes. L’histoire peut sembler peu originale, mais il est pourtant difficile de s’en détacher.
Quel est le secret ? Sûrement la respect total des personnages de la part de l’auteur. Aucune voyeurisme mal placé ni aucun doute sur la sincérité.

Un grand roman Américain dans lequel il n’y a ni grosses bagnoles, ni flingues, ni beaucoup d’action. Et pourtant, il nous mène d’un point A à un point B en nous transformant.
De la grande dépression à l’après-68, un roman qui nous fait voyager dans les idées américaines… Qui semblent ne pas avoir beaucoup changé.

 

Roman disponible aux éditions Gallmeister depuis Janvier 2014.

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À propos de Antoine

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