Archives mensuelles : mars 2014

Dieu me déteste, Hollis SEAMON

« Le matin d’Halloween, je me suis réveillé au fond du trou. J’avais fait un rêve – c’était justement le matin d’Halloween, il y a bien longtemps. C’était comme retourner à l’un des plus beaux jours de ma vie, comme s’il était resté planqué sous mes paupières tout ce temps, à attendre que je le revive. Cette période de l’année a toujours été ma préférée : c’est la fête la plus cool au monde, pour un gosse, et elle enchaînait directement sur les préparatifs de mon anniversaire, le 12 Novembre – le paradis sur terre. Dans le rêve, c’était exactement comme autrefois, quand j’avais genre huit ans et que j’étais totalement surexcité par mon costume de loup-garou. C’était à peu près trois ans avant que les vrais monstres fassent leur apparition dans ma vie.Chirurgiens, cancérologues, radiologues, tous ces types armés de couteaux, de poisons et de rayons mortels. C’était au bon vieux temps, quand les monstres, c’était pour de faux. »

dieu me deteste

Le roman incontournable de ce début d’année !

Richard CASEY est atteint d’un mal particulier qu’il nomme le DMD. Le Dieu Me Déteste. Il est à l’aube de ses dix-huit ans et sait qu’il n’arrivera pas à ses dix-neuf, et nous suivons son évolution au sein d’un hôpital, section soins palliatifs.
Richard CASEY n’en reste pas moins un ado. Et comme tous les ados, il aimerait connaître les cuites, les soirées entre amis, et surtout les filles et leur sexe. Il a l’impression d’avoir loupé beaucoup de choses et ne sent pas de mourir sans les connaître.
On rencontre tout l’étage de soins palliatifs dans ce roman. De la femme dans le comas depuis des siècles à la harpie qui joue à l’entrée. On rencontre deux drôle de types qui gardent le sourire et qui séjournent dans la chambre en face de celle de Richard. On rencontre aussi Sylvia qui est un peu plus jeune que Richard et n’a plus un cheveu sur le caillou, cause de la chimio.
Evidemment nous avons aussi un panorama du personnel de l’hôpital, avec chacun son caractère et ses réactions face à un enfant malade. Puis les prêtres présents, appelés communément Frangin et qui prennent beaucoup de place…
Nous rencontrons la famille de Richard. Sa mère, absente malgré elle à cause d’une vilaine grippe, sa grand-mère, et surtout son oncle Phil qui est resté un enfant et est le reclus de la famille. En parlant de famille, on a aussi un panorama de celle de Sylvia avec qui Richard passe la plupart de son temps, et quelques visiteurs de chambres annexes.
Tant de portraits qui se dressent, fiers et humbles, face à ce phénomène qu’est l’attente de la mort.  Chacun a son rôle à jouer. Tous sont différents, attachants, ou repoussants.
Et nous suivons Richard. Nous sommes dans sa tête, dans son corps meurtri.

Mais attention ! Richard n’est pas du genre à se laisser faire, et il creuse un décalage énorme entre le lieu dans lequel il est et sa personnalité. Il vacille entre cynisme et humour noir. Il décape. Il transgresse. Il provoque.
Et c’est parti pour une ballade de huit jours dans l’hôpital en fauteuil roulant.

« – Alors, qu’est-ce que tu fais de tes journées, ici ? Je veux dire, où sont ton ordinateur, ta musique, ta console ? OK, je vois la télé, mais à part ça ?
Je ne veux pas le lui raconte, mais je ne fais plus d’e-mails ni de textos, pour une raison toute simple, c’est que je n’y vois plus très clair. Mais c’est un des trucs qu’il n’a pas besoin de savoir, que quand on arrive à ce stade, on n’a plus franchement la vision laser. »

 

Un roman fort, puissant, dont le personnage vous habitera des nuits, des jours durant. Richard nous colle à la peau et nous offre un véritable florilège de bonne humeur et d’optimisme dans un monde où tout semble le confronter à l’horreur. Entre Halloween et son anniversaire il y a peu de temps, mais il compte bien en profiter. La censure est interdite.
C’est un roman dont il est très difficile de parler tant son expérience est unique, mais j’espère vous donner l’envie de le lire.
« Peut-on rire de tout ? » demande Cabu. Et si nous avions un début de réponse dans ces quelques pages fortes et émouvantes ?
Si vous avez ce roman entre les mains, alors vous tenez une perle. Ouvrez-le, lisez la première page, et je vous mets au défi de vous arrêter avant la fin.

On passe volontiers du rire aux larmes, sans même en comprendre la raison. Des mots choisis, puissants, qui nous font l’effet de grosses claques dans la gueule. Du cynisme tendre, des personnages singuliers. On se retrouve dans un monde nouveau. Et nous pourrions être ce passager, dans le train, qui regarde par la fenêtre et pense à tous ces gens couchés dans leur lit d’hôpital à rêver de liberté. Parce que oui, c’est de liberté dont a envie Richard. Il a envie de pouvoir être seul pendant plus de cinq minutes. Il a envie qu’on frappe à sa porte avant d’entrer, il a envie de pouvoir fumer, picoler, s’il le décide. Il a envie de pouvoir aimer Sylvia comme elle est. Et l’amour peut blesser. Profondément.
Vous retrouverez de la violence, de l’aventure, du défi, de la sociologie, même, et de la philosophie… Vous retrouverez une leçon de vie dans ce livre. Ne la laissez pas filer.

Bienvenu dans un livre optimiste… à l’étage des soins palliatifs.

 

Pour finir de vous convaincre, je vous informe que la maison d’édition est créée et dirigée par Stephen CARRIERE (ed. Anne CARRIERE) et Dominique BORDES (ed. Toussaint Louverture). Avec ça, si vous hésitez encore, je ne peux rien pour vous.

 

Roman disponible dés demain en librairie aux éditions La belle colère. Traduit de l’anglais par Marie de PREMONVILLE.


Super, Endre Lund ERIKSEN

« Mais d’abord, je dois écrire une liste de tout ce que j’ai l’intention de faire. […] 
1. Me baigner tous les jours
2. Me faire tatouer
3. Conduire
4. Aller en boite
5. Rencontrer des gens
6. Prendre une cuite
7. Embrasser quelqu’un. Une fille, s’il le faut
8.Marcher en équilibre sur le pont
9. Manger ce que je veux
10. Trouver un mec. »

super

Et nous voilà embarqué dans un roman d’enfer où nous tournons les pages frénétiquement et duquel il est très difficile de se détacher.
Julie, pas encore 18 ans, est une jeune fille qui paraît tout à fait normale. Elle doit aller en camp de vacances, comme toutes les années. Mais cette année, ça va se passer différemment ! Il y en a marre d’être prise pour une môme à cause de son handicap après tout !
Elle décide alors qu’elle n’irait pas à son camp de vacances et monte un coup à ses parents pour se retrouver seule à la maison pendant une semaine !
Attendez, attendez. J’ai parlé de handicap ? Ah oui, j’ai oublié de vous dire ! Julie a un gros problème… Non, non, elle n’est pas en fauteuil. Elle n’est pas non plus trisomique ou même manchot. Elle n’est pas siamoise et il ne lui manque pas un partie du corps. Mais alors, que peut-elle bien avoir ?

Très rapidement, elle va rencontrer Jomar avec qui elle va partir faire les quatre cent coups. Avec lui, rien ne peut l’atteindre, elle se sent libre et remplie d’émotions jusque là inconnue. Elle tombe même peut-être doucement amoureuse… Mais que se passe-t-il dans la tête de notre jeune adolescente ?
Et ce Jomar qui semble nous cacher bien des mystères… Qui est-il réellement ?

« Elle embrasse mes lèvres avec douceur et légèreté, les effleures, les frôle à peine, mais c’est une giboulée de délices. Graduellement, elle me mordille avec un peu plus d’insistance, de temps en temps elle me chatouille de la pointe de sa langue. Je m’abandonne, m’ouvre, je réponds. Elle montre plus d’ardeur, embrasse plus fort, va plus profond. Mais constamment elle se retient, ne m’envahit pas, ne m’engloutit pas. Et moi aussi, je suçote, je goûte, je savoure.
Après ça j’envisage sérieusement de devenir lesbienne. »

C’est un roman OVNI au milieu de la littérature jeunesse. Les traditions y sont bafoués et les plus religieux y verront le diable. On a des scènes à faire pâlir le bon dieu et à effrayer Cupidon. On y trouve aussi et surtout toute la vie adolescente. Toute la crise comme on l’a tous connue. On y retrouve des questions existentielles, des choix difficiles. On est immergés dans un roman fou qui est un hymne à la liberté, à la différence et surtout au bonheur de la vie. Croquer la vie à pleine dents. Ne pas se préoccuper du regard des autres…
C’est un roman, en deux mots, qui bouleverse par sa force, ses thèmes, et ses choix de narrations épatants.
Vous passerez, avec ce texte, par tous les états émotifs. Du rire aux larmes. De la crainte à la sécurité… Vous serez chahuté, et si vous venez encore sur mon blog aujourd’hui, c’est que vous devez aimer ça !

C’est un roman à lire absolument.

Disponible aux éditions Thierry MAGNIER depuis Mars 2014. Tradui du Norvégien par Pascale MENDER.


Le regard des princes à Minuit, Erik L’HOMME

<<« Honore et aime toutes les femmes », « Sois bon avec les faibles et fier avec les puissants », « Tu respecteras l’héritage de tes pères ; avec toi marchent ta lignée et ta dignité… », « Médite sur toi et sur qui tu es », « Sois généreux et fiable », « Montre du courage et bataille contre l’injustice »>>

9782070658404FS

Ça peut vous paraître un peu lourd ? Et pourtant, c’est les quelques régles qui régissent un bon et preux chevalier. Même au XXIe siècle.
Saviez-vous qu’au Moyen-âge un bachelier n’était autre qu’un jeune garçon qui devenait chevalier ?
Savez-vous que pour devenir chevalier il fallait passer quelques épreuves ?…

Et bien, dans un roman aux tournures philosophiques et surtout sociologiques, Erik L’HOMME nous peint le portrait d’un siècle.

Bienvenu chez vous, jeunes lecteurs. Ici pas de bien séance. On n’aura aucune difficulté à vous traiter tel que vous êtes. On vous mettra face à vos vices et à vos faiblesses.
A travers sept portraits, vous découvrirez la société dans laquelle vous vivez. Des rendez-vous clandestin dans des parkings en pleine nuit, la cathédrale Notre Dame à Paris qui sera escaladée pour fêter son anniversaire, des câbles coupés pour rendre la liberté aux citoyens.
Parce que oui. Nous sommes des esclaves. Des esclaves modernes. Nous ne réfléchissons plus par nous même. On nous dirige, on nous vend nos chaines, et nous les portons le sourire aux lèvres. C’est ainsi que vous découvrirez, avec Erik L’HOMME, les différentes épreuves pour devenir, au XXIe siècle, quelqu’un de loyal, et surtout, quelqu’un de libre.

« – Une librairie qui ferme, Hervé, c’est un phare qui s’éteint, laissant les hommes dériver, s’échouer ou se fracasser contre les récifs d’une époque.
– Tu ne peux pas dire simplement : <<ça me fait mal au coeur de voir cette librairie fermée ?>>
– Je pourrais, mais ça ne serait pas suffisant. Gageons qu’un magasin de vêtements va vite prendre sa place, consacrant le triomphe de l’apparence. Aujourd’hui, tout le monde se ressemble, pense la même chose, dit la même chose, porte les mêmes choses… »

Comme d’habitude, Erik L’HOMME nous enchante avec sa poésie et sa finesse inégalées. On le connait beaucoup pour ses fantaisies ou sa science fiction. Dernièrement avec sa superbe série écrite à quatre mains avec Pierre BOTTERO, A comme Association.
Il revient aujourd’hui avec un roman à couper le souffle. Un roman pour les ados, mais que tout le monde devrait lire. Un roman violent, qui dérange et bouscule les idées préconçues. Un roman que l’on subit par sa criante vérité et qu’on ne peut pas lâcher. On se retrouve face à un miroir, et on se regarde, lamentable participant à l’esclavagisme moderne.

Non de dieu, enfin un roman qui véhicule de vraies idées de façon peu moraliste. Enfin un roman qui met les points sur les I et qui n’a pas peur des mots. Erik L’HOMME, j’ai eu l’impression de l’attendre depuis longtemps, je suis heureux de le découvrir.
Un roman à lire, à offrir, à partager, et à suivre. Un roman qui fout l’adrénaline, qui donne envie de se battre. Un roman incontournable !!!

 

Disponible aux éditions Gallimard depuis Mars 2014. Révoltez-vous pour seulement 7.65€.


Aux innocents les menottes, Gérard MOREL

Nouvelle collection chez Oskar !
Tenez-vous bien. On reste dans le polar, et on ne peut se fier à personne. Pas même à ses propres idées. Les apparences sont à bannir ! La collection commence avec deux titres. Prêts pour l’aventure ?

Affaire n°1 : Le fils du cascadeur

« Pour sa première maladresse, il aurait pu s’en sortir avec un bras cassé, ou même un léger handicap définitif. Au pire, j’aurais accepté qu’on le ramène à la maison défiguré. Mais non, le temps que l’équipe de tournage s’aperçoive que la scène ne se déroulait pas comme prévu, il était trop tard. Personne n’a eu le courage de s’approcher des flammes pour en sortir mon père. »

Nous retrouvons Viktor. Un jeune garçon plein d’énergie qui a un grande confiance en son père. Et il vaut mieux, si vous voulez mon avis (qui est aussi le sien), puisque son père est un grand cascadeur du cinéma. Il fait pas mal de doublures pour des acteurs reconnus que le public adule pour leur grands exploits. Si vous n’entendez pas l’ironie, le jeune narrateur ne manquera pas de vous l’expliquer !
Viktor regarde son père avec un grand respect et une boule au ventre. Il a toujours peur de ce qui pourrait lui arriver. Et il a raison, puisqu’un jour son père meurt dans une cascade. Il ne saute pas de la voiture en feu et péri carboniser dans les flammes après un choc.
Viktor, qui vit alors avec sa Tante Frileuse (qui est aussi et surtout sa belle-mère officieuse), va alors se révolter contre ce monde du cinéma qui ne prononce pas même une pensée pour son père lors de la sortie du film. Il va mener sa petite enquête pour se libérer d’un doute, et va alors être confronté à un problème de taille : tous les acteurs qu’il appelle afin de les rencontrer meurent subitement avant son arrivée… Le plus souvent brûlés dans les flammes. Viktor se voit accuser de tous ces meurtres pour venger son père. Comment va-t-il prouver son innocence, et surtout, qui se cache derrière cette mascarade ?

9782848656830FS

 

Affaire n°2 : Meurtre à l’école buissonnière

« Ne me dis pas que ne t’es jamais enfui du collège ? Ni de chez toi ? Si c’est vrai, tu as de la chance d’être tombé sur moi ce matin ! On va partir à Paris ! »

Le jeune Salman est tous les jours en retard au collège. Surtout quand y a des interros. C’est pas le genre de truc qui l’enchante bien. Lui, ce qui le branche, c’est la peinture. Et il n’y en a que 2h dans la semaine… 

Ce matin pourtant il décide de prouver à son prof de Français qu’il peut être à l’heure malgré l’interro. Et manque de pot, un empêchement le fait arriver avec un quart d’heure de retard… Quart d’heure crucial puisque quand il arrive il trouve la salle vide. Néant. Fin.
Surgissent alors des pas, puis une petite voix dans le couloir. C’est Margriet. La fille la plus belle de l’école, qui lui parle, à lui. Elle aussi est à la bourre ce matin, et elle lui propose l’aventure : partir à Paris. Pas pour rien, évidement. Margriet rêve de devenir une star et là-bas elle pourra sûrement percer !
Salman, par une étrange pulsion et malgré la bizarrerie de sa camarade, accepte. Les voilà alors au bord de la route, à faire du stop. Un 4×4 s’arrête devant le jeune homme. Margriet semble se vexer et le laisse donc partir tout seul. Ils se retrouveront plus tard.
Seulement une nuit passe, et le lendemain, à Paris, Salman voit dans tous les journaux que sa camarade s’est faite assassiner. Tout de suite il comprend qu’il sera le suspect numéro 1 et son nom ne tarde d’ailleurs pas à apparaître dans les journaux nationaux.
La traque commence. Salman doit se planquer et trouve refuge chez l’un de ses enseignants à qui il peut faire confiance.

9782848656830FS

 

Ces deux romans sont incroyablement haletant pour le peu de pages qui les composent. Le lecteur se trouve immédiatement happé par les pages de ces livres. Il se retrouve dans une position d’enquêteur presque paranoïaque qui le rendent méfiant.
Sans réelle violence, avec quelques fausses pistes, et adressés à des ados collégiens, ces romans sont les bienvenus dans la littérature noire.

En plus, petit bonus, les deux affaires se passent dans le même établissement scolaire… Et devinez quoi ? Vous retrouvez Viktor dans la seconde vu par son camarade…

L’auteur sait nous titiller, nous rendre faible face à nous même. Il sait nous mener où il le désire, et malgré une écriture qui parfois laisse à désirer et à laquelle il faut adhérer (problème de rythme au début, de vocabulaire), l’intention est si bonne et l’histoire si maîtrisée, qu’on n’y voit que du feu et qu’on se laisse embarquer bien volontiers !

 

Ouvrages disponibles aux éditions Oskar depuis Février 2014.


Zoom sur… La collection Pépix aux éditions Sarbacane !

L’ogre au pull vert moutarde, Marion BRUNET

« – L’AVENIR !
– Hein ? a fait Yoan.
– C’est l’avenir qui donne un si joli goût à la chair des enfants. Ça pétille sur la langue, vous voyez ? Comme une glace à la fraise pour vous. »

9782848656830FS

Nous voilà immergé dans une nouvelle collection qui apparaît aux éditions Sarbacane. Et quelle collection ! Nous nous retrouvons face à des textes qui pourraient être publiés dans la collection Witty d’Albin Michel (avec des auteurs comme David WALLIAMS, par exemple). Le seul vrai problème, c’est qu’ils ont des auteurs Français. En soi, je n’ai rien contre. J’aime la littérature de mon pays. Mais pour ce qui est de l’humour, parfois… Ça passe ou ça casse… Et là, j’ai le regret de dire que je n’ai pas été si emballé que je l’aurais voulu.

Certes, ce roman s’adresse à des enfants d’école élémentaire. Certes, j’ai toujours eu un humour plus que douteux pour ne pas dire ringard… Et je dois l’avouer, j’ai ris aux éclats lors d’une réplique de ce livre. Mais ça ne fait pas tout.

La force d’auteurs comme David WALLIAMS est leur manque considérable de sérieux. Un humour bien british qui n’est pas sans rappeler les Monty Python, qui frôle l’absurde et qui propose des réflexions si on creuse un peu. Ici le texte est relativement plat, l’humour forcé, et il y en a parfois une couche de trop…

Je me suis lancé corps et âme dans ce roman, déjà convaincu par la veine Sarbacane, et je suis tombé de haut. Au bout de quelques pages j’ai failli le retourner. Mais quelle erreur c’aurait été ! Il faut savoir patienter, car comme on dit, « tout arrive à point à qui sait attendre », et un peu avant la moitié du livre on se retrouve pris dans l’élan de l’histoire qui peine à démarrer.

Oui, me direz-vous, mais ce livre alors, de quoi traite-t-il ?
Je vous propose un petit topo rapide :

Abdou (le narrateur) et Yoan (son pote, son frère comme il l’appelle), sont placé en foyer d’accueil. Non pas qu’ils l’aient mérité, on ne mérite jamais ce genre de chose, comme le rappelle l’auteur, mais parce que leurs parents ne savaient plus s’occuper d’eux correctement.
Ils rêvent ensemble d’un avenir meilleur. D’un avenir où l’un serait boxeur, l’autre réalisateur.
Mais pour le moment, ils sont plutôt adeptes des petites conneries comme savent les faire les enfants. Et la première, évidement, est de défier l’autorité qui les enferme. Oui, parce qu’autant qu’on se le dise tout de suite, le dirlo, dans cet établissement, est un brave con.
Surgit alors le nouveau veilleur de nuit. Un grand bonhomme, très fort, qui ressemble à une armoire. Il est laid, a des pustules plein la tronche, un tout petit nez, et il n’a pas mangé depuis trois mois. Vous l’aurez compris, ce veilleur de nuit n’est pas comme les autres.
Alors que nos deux complices quittent leur chambrée dans le but d’aller tester les limites du p’tit nouveau, ils se retrouvent confronté à un problème de taille : le veilleur se fait menaçant et idiot. Il leur apprend qu’il est un ogre…
La fuite paraît alors impossible. Courir, c’est même pas la peine d’y penser. Ils vont alors monter un stratagème pour gagner du temps jusqu’au petit matin : ils vont faire parler le vieux monstre. Et nous ne tardons pas à nous rendre compte que sous la plus vilaine carapace peut se cacher quelqu’un de doux.
Mais attention, un ventre qui crie famine, chez un ogre, ça relève de l’impossible… Jusqu’où ira la maîtrise de l’ogre, et le plan de nos deux amis ?
Nos inséparables se verront alors affublé d’un super pouvoir, appelé « La Boule ». Mais qui est-elle vraiment ?

« D’abord, un ogre est affreux. Il a la figure cramoisie, parsemée de petites pustules (à l’adolescence, c’est pire). Et il en est FIER. »

Le roman est entrecoupé de séquences apprentissage. Tel un aparté au théâtre, l’un des personnages prend un rôle tout à fait didactique. Évidement, on reste dans l’humour et la dérision. Nous avons par exemple Abdou qui nous apprend à traduire le langage des adultes, ou bien même la recette de l’ogre pour rendre un vieux (entendons ici personne âgée) mangeable.
Ces apartés sont construits de façons simple : plusieurs paragraphe avec un point soulevé à chaque fois.

Et je crois que je viens de mettre le doigt sur le problème principal du livre. Parce que ça pourrait être drôle et perspicace, mais le format qui est choisi, est, à mon avis, à revoir. C’est à travers ces apartés que l’humour s’alourdit pour devenir à la limite du pathétique.

Allez, je m’arrête là avant qu’on appelle ça de l’acharnement. Surtout que, très honnêtement, je suis allé au bout sans réelle difficulté et je suis persuadé que c’est le genre d’ouvrages qui marchera avec les p’tits jeunes qui entrent dans la lecture plaisir après avoir fait quelques années d’apprentissage. Le thème choisi est délicat mais bien traité. On y retrouve des éléments clés et surtout des stéréotypes dénoncés. L’auteur dit ce qu’il y a à dire. Le seul hic, finalement, c’est que nous n’avons pas le même humour. Mais je reste persuadé qu’on peut rire de tout, ne vous inquiétez pas.

PS : un deuxième ouvrage dans la collection Pépix est paru en même temps… Je le lirai tout de même très bientôt !

Ouvrage disponible aux éditions Sarbacane dans la collection Pépix depuis Mars 2014.

 

Sacrée souris, Raphaële MOUSSAFIR

« Quitte à être trop petite, autant ne jamais grandir. »

sacree souris

Comme promis je me suis lancé dans le second ouvrage publié dans la collection Pépix ! Je partais, vous l’imaginez, plutôt négatif même si je sais que l’habit ne fait pas le moine (dites ça à François PERRIN tiens !).
Et bien figurez-vous que j’ai été plus emballé. L’histoire est plus fluide. On sent un peu moins que l’auteur veut en rajouter des caisses, et malgré un côté un peu plus moralisateur (bien manger, bien se laver les dents…) on arrive à sourire. Tout est pris au second voir au troisième degrés pour notre plus grande joie.
L’histoire en deux mots ? C’est parti !

Et bien figurez-vous que ce livre va vous apprendre un mystère qui demeure depuis bien trop longtemps. Il s’agit en fait de la vie de la petite souris. Si, si, celle qui vous file de la thune sous le coussin la nuit contre une petite dent ! Elle se livre et nous raconte tout ! Avis aux fanatiques de témoignages, la Petite Souris sort de son trou !!!
Et alors attention, elle n’a pas sa langue dans sa poche ! Elle a plein de choses à nous raconter, et on finit même par se demander si tout ça est bien vrai !
M’enfin, quoi qu’il en soit, elle va vous apprendre en exclusivité chez Sarbacane pourquoi elle a besoin de petites quenottes… Et oui, vous vous figuriez tout de même pas qu’elle vous filer un peu d’argent juste pour le plaisir ?! Elle en fait quelque chose de ces dents… Et même s’il a été difficile de communiquer avec les petits êtres humains comme vous – et comme moi – elle y est parvenue ! Ce n’est pas dénué d’aventures, de suspens, et de moments de doutes. Le tout saupoudré d’une bonne tranche de rigolade !

De plus, on trouve dans ce livre seulement quatre petits chapitres consacré à nous donner de bonnes leçons ! Ils sont ni trop court, ni trop long et fait avec goût, dérision et humour.

Alors, régalez-vous bien. Et pensez à vous laver les dents… Déjà qu’elle vous donne une petite pièce… !

Ouvrage disponible toujours aux éditions Sarbacane et toujours dans la collection Pépix depuis Mars 2014.


Les douze tribus d’Hattie, Ayana MATHIS

« La pluie se mit à tomber à grosses gouttes. Ils trouvèrent refuge tous les deux sous un arbre au bord de la clairière. Ils restèrent assis ensemble un bon moment à regarder les larges feuilles des oreilles d’éléphants se balancer sous l’averse. L’idée vint à Floyd de tendre le bras et de prendre la main de Lafayette, mais celui-ci pourrait le repousser. Et s’il ne le rejetait pas et qu’ils restaient assis là, à se tenir la main sous la pluie, qu’est-ce que cela signifierait ? »

9782351780718FS

 

Nous sommes entre les années 1920 et les années 1980 à Philadelphie. Hattie y a débarquer avec sa mère alors qu’elle était toute jeune pour fuir la pauvreté et la ségrégation et recommencer une vie plus calme. Elle épouse rapidement August avec qui elle aura pour guise d’enfants une petite tribu…
Nous retrouvons dans chaque chapitre une souffrance différente. Souffrance liée à la mère, au père, ou à la famille en générale. Des enfants qui se sentent bien seuls, d’autres qui se cherchent dans leur sexualité, ou bien encore ceux à qui l’ont cache de lourds secrets… Tous n’ont qu’un point en commun : Hattie.

Hattie, cette femme à la puissance redoutable que rien ne semble atteindre. Hattie qui n’a pas l’habitude de montrer ses émotions mais plutôt de les soustraire aux regards extérieurs. Hattie qui se protége d’un mari qui devient absent, ou parfois trop présent. D’un mari qui ne comprend pas les femmes, et encore moins la sienne.

Nous ouvrons ce livret de famille avec l’arbre généalogique qui commence par August et Hattie, se poursuit avec leurs onze enfants, et se termine par une petite fille.
Entre souffrance et bons sentiments, la frontière est quasi invisible chez cette narratrice aux nerfs d’acier.

 

« L’esprit du Seigneur descendit sur l’assemblée et les paroissiens, les yeux clos, levèrent les bras au ciel. Hattie inclina la tête, main elle ne ferma pas les yeux. Elle observait les fidèles. Sala eut l’impression que sa grand-mère et elle étaient les deux seules personnes qui n’étaient pas transportées hors d’elles-mêmes. »

 

Un roman fascinant dans lequel on se laisse porter. Il ne faut pas chercher les liens, ils se créent tout seuls au fil de la lecture. Une écriture puissante vous attend entre les lignes. L’histoire peut sembler peu originale, mais il est pourtant difficile de s’en détacher.
Quel est le secret ? Sûrement la respect total des personnages de la part de l’auteur. Aucune voyeurisme mal placé ni aucun doute sur la sincérité.

Un grand roman Américain dans lequel il n’y a ni grosses bagnoles, ni flingues, ni beaucoup d’action. Et pourtant, il nous mène d’un point A à un point B en nous transformant.
De la grande dépression à l’après-68, un roman qui nous fait voyager dans les idées américaines… Qui semblent ne pas avoir beaucoup changé.

 

Roman disponible aux éditions Gallmeister depuis Janvier 2014.