Aujourd’hui l’abîme, Jérôme BACCELLI

 » – Tu as peut-être raison, au fond. A Paris, on ne voit jamais plus loin que le bout de son nez. Tous ces murs, ces immeubles qui te bouchent la vue, ça doit nuire, à force. Ça n’est pas naturel. On doit se rétrécir. »

aujourd'hui l'abime

 

Pascal choisit de prendre sa vie en main. Trader réputé, fin connaisseur du logiciel informatique de sa boite, il décide du jour au lendemain de tout plaquer pour traverser l’océan Atlantique… Et Pacifique.
Seul sur son bateau, avec internet qu’il ne peut quitter et sa femme qui fait quelques apparitions, il va se souvenir du passé. De ce qui le constitue. De ce qui nous constitue, et de ce qui a fait l’Histoire.
Face à ce vide, seul avec le cliquetis des vaguelettes sur la coque du bateau, il commence par s’en aller en Antiquité et nous parle des théories des plus grands philosophes, physiciens et précurseurs.
Il s’en va ensuite rapidement vers les thèses Galiléennes. Un grand saut dans le temps qui permet de mieux comprendre une société avec tout le recul qui nous est proposé.
Petit à petit, il remonte jusqu’à l’ère contemporaine. Il remonte jusqu’à Steve JOBS, célèbre créateur de la petite pomme croquée.
Toute son ascension vertigineuse se dirige vers un ultime point : comprendre et expliquer le vide.

Pour nous parler de sa thèse, le narrateur, Pascal, compare les différentes époques avec son métier de trader. Il nous parle du temps passé, du temps gâché, de l’argent qui n’a plus de valeur, qui fait frémir. De l’ordinateur qui est maître de l’Homme, de la cocaïne qui dirige le monde du business, de la pensée collective qui décide de tuer Galilée pour ses thèses qui paraissent insensées. Il nous démontre l’absurdité de l’Homme dont la vie ne tient qu’à un fil. Qu’à un retour en arrière. Qu’à un bug informatique.

Ce terrible récit qui laisse pensif est entrecoupé d’interventions de sa femme, elle-même dans les affaires, dans la même boite, qui se fait persécuté pour tenter de retrouver son mari, perdu au milieu de l’océan dans son bateau. Perdu dans les tempêtes qui le font se sentir vivant.
Elle lui rappelle qui il fut. Qui il est encore pour elle. Qui il est encore pour eux, qui n’ont de cesse de lui demander de revenir.
Elle s’inquiète de savoir comment il dort. Elle s’inquiète de savoir comment il mange. Si le temps n’est pas trop long, le vent pas trop froid…

Dans un monde dirigé par la finance, qui est le plus fort ? L’argent… Ou la liberté ?

 

 » – Pourquoi es-tu parti ? Connais-tu au moins ta destination ?
– Mais qui te dit que je suis parti ? Qui sait si je ne suis pas resté confortablement assis dans mon fauteuil dans un loft du onzième arrondissement, en train de te mener… En bateau ! »

 

C’est un pied de nez que nous fait Jérôme BACCELLI. Il nous met face à nos contradictions et à nos idéaux. Le lecteur se retrouve dans la place inconfortable de celui qui subit. Qui subit non pas le texte. Non pas le personnage, qui subit l’apprentissage de sa propre connaissance et de sa propre bêtise.
Dans ce texte aux allures poétiques, il n’y a cependant à aucun moment le côté moraliste qui gâche tout. Il n’y a pas non plus de leçon à tirer. On ne peut que se contenter de constater et d’appréhender ce qui va arriver.
C’est un texte d’une qualité étonnante qui n’est pourtant pas prétentieux. Il a le pouvoir de nous faire voyager dans l’espace et dans le temps.
Avec une écriture d’une finesse et d’une précision qu’on prend en pleine gueule, vous l’aurez compris, Aujourd’hui l’abîme fait parti de mes gros coups de cœur.

 

Ouvrage disponible aux éditions Le Nouvel Atilla à partir du 6 Mars 2014.

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À propos de Antoine

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