Un chercheur d’or, Mikhaïl MITSAKIS

 » – Combien tu me donnes, compère, si je te dis quelque chose ?
– Quel genre de chose, Anagnostis ?
– J’ai trouvé une mine qui se trouve au diable, du côté d’Oropos. »

chercheur d'or

C’est ainsi que commencent les malheur de notre bon vieux Georgiadis.
Un chercheur d’or est l’histoire de la Grèce au XXe siècle. Un homme, Megglidis, a sa conscience qui le quitte face à l’importance de l’argent. Il tombe par hasard sur Georgiadis, suite à une rencontre avec leur ami en commun, Panayotis. Il s’avère, aussi étrange que ce soit, que Megglidis a vécu voilà bien longtemps dans la même maison que Georgiadis. Il a fréquenter ses parents. Il a presque été éduquer par ceux-là. Pourtant les deux ne se connaissent pas, et pour cause, quelques années les séparent. Années où Georgiadis n’était pas encore venu au monde.

Vous l’avez compris à travers le court extrait que je vous ai mis, Megglidis va embrigader tant bien que mal Georgiadis dans son oeuvre d’une vie : sa mine à Oropos. Seulement Oropos est loin d’Athènes, et Georgiadis se pose légitimement quelques questions sur cette mine à laquelle il ne croit en fait pas du tout. Megglidis lui promet monts et merveilles, mais il a besoin de fonds, et d’une entreprise prête à partager les bénéfices. Ils sont milliardaires s’ils le veulent ! Et Megglidis n’a pas peur de venir le rappeler plusieurs fois par jour à notre cartésien.

C’est alors qu’on entre pleinement dans la manipulation humaine, tellement visible et grossière qu’elle en est risible, et on se marre, au détriment de ce pauvre Megglidis qui devient tout simplement fou. Fou par ce qu’on ne lui donne pas alors qu’il est sûr de le posséder. Fou du manque de confiance et de tout cet or qui lui monte au crâne.

Et c’est avec une écriture tout à fait personnelle que Mikhaïl MITSAKIS nous conte cette tragédie aux résonances plus qu’actuelles.
Un conte écrit au début du XXe siècle qui a changé de société et de mode de fonctionnement, mais qui n’a pas pris une ride.
Jusqu’où peut mener l’argent, et pire, l’or ? C’est la question que semble se poser ici l’auteur.

Cet ouvrage renferme deux autres (plus) courtes nouvelles et de la poésie. Le tout tourne autour de la folie. On se retrouve dans la seconde embrigadé dans une carriole bien particulière qui nous mène vers un monastère aux allures austères. On se retrouve plongé dans une scène tellement surréaliste qu’elle en est effrayante.
Pour la troisième nouvelle, nous nous retrouvons immergé dans un hôpital psychiatrique… Et nous allons étudier tous ceux qui y vivent. La folie. Leur folie. Pourquoi, comment, et tant d’autres questions.
Mais la folie peut toucher tout le monde. Du jour au lendemain.

La preuve, l’auteur a fini par sombrer dans la folie. Sa fiction a dépassé sa réalité. Ses personnages ont pris forme.

« Mais, tandis que vous êtes là à prêter l’oreille à ces absurdités prononcées d’une voix doucereuse (il parle ici des conversations avec les habitants d’hôpitaux psychiatriques), parfaitement calme et ingénue, comme s’il s’agissait de la chose au monde la plus raisonnable et la plus naturelle qui soit, vous vous prenez soudain à craindre que ce delirium ne soit contagieux et vous vous empressez de prendre la fuite sans demander votre reste. »

Sautez sur l’occasion de cet ouvrage magnifique. Les nouvelles sont d’une poésie sans égale, et la poésie, quant à elle, qui clos l’ouvrage, a cette douceur que l’on retrouve dans un soir d’été à l’odeur de vacances. Elles offrent un repos obligatoire pour pouvoir faire face à la réalité qu’elles dégagent.

 

Ouvrage disponible aux éditions Finitude depuis Mai 2012. Traduit du Grec par Gilles ORTLIEB.

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À propos de Antoine

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