La très bouleversante confession de l’homme qui a abattu le plus gros fils de pute que la terre ait porté, Emmanuel ADELY

« le kiff intégral ce moment

où tu tiens le monde dans ta main
où tu vas le nettoyer le détruire
comme dieu
en gros là tu es comme dieu tu peux tout faire
[…] tu es dieu tu peux leur laisser la vie sauve tu peux
tuer
putain le pied là tu pourrais tirer déjà tu pourrais tirer sur la ville dans la nuit envoyer des bombes et tout faire péter »

confession

L’homme, le héros, de ce roman est tout à fait normal. Si ce n’est qu’il porte des fringues chères, qu’il est tireur d’élite et qu’il s’apprête à tuer, que dis-je, à abattre le plus grand fils de pute que la terre ait porté.
Il est chaud, il est bouillant. L’Afghanistan le faire transpirer. Il a l’habitude de tuer. Souvent il pense tuer le plus grand fils de pute que la terre ait porté. Mais cette fois il en est sûr. C’est lui.

C’est le roman d’une traque. Une traque qui se fait, entrecoupée de passages de vies. Parfois la sienne, parfois ses amis soldats qui sont dans la même galère. Ensemble ils ressassent un passé. Ils repensent à une vie « civile », comme on dit. Ils sont au milieu de la guerre, et c’est chacun pour sa gueule. C’est a celui qui a la plus grosse queue et qui sait le mieux s’en servir.

Et notre héros en a une grosse. Tellement grosse qu’elle lui cache les petites gens qui sont loin en dessous, sur terre, alors qu’il est dieu avec ce gros flingue qui peut tout défoncer. Il aime la pizza, il aime le cul. Il aime la virilité, et il est viril. Extrêmement viril. Qui oserait dire le contraire ? Il abat parce qu’on lui demande d’abattre. Il va abattre le plus grand fils de pute que la terre ait jamais porté. Lui. Il va faire ça. Il le sent, et ça l’excite. Il veut que le monde soit au courant, tout en espérant que le plus grand fils de pute que la terre ait jamais porté n’ait pas d’explosifs autour de la taille.
Pas comme toutes ces femmes, fanatiques. Complètement dingues ces nanas. Il ose à peine les approcher. Faut se méfier. On voit vraiment de tout. Même des gosses qui explosent. Des gosses, vous vous rendez compte ?
Des gamins. Vos gamins peut-être ? Ceux qui croient qu’en s’explosant la tête on vie mieux. Et oui. On voit de tout. La guerre ne laisse aucun répit. Ça explose, ça picole. Ça bouffe, ça baise parfois.
Bref, ça n’enchante pas. Sauf peut-être quand on s’apprête à abattre le plus gros fils de pute que la terre ait porté.

« chaque jour est un putain de pari
tu as droit de vie ou de mort tu es le maître de la vie et de la mort tu bandes ta queue est raide tendue comme le gode géant que t’avais trouvé à Miami pendant un exercice là tous les gars pendant un exercice hyper concentré et un gode géant dans un bâtiment là en plâtre le gode dix pieds de haut dans le vestibule peint couleur chair le gland turgescent putain la stupeur quand ils l’avaient trouvé tous les gars en tenue et en armes face à une bite géante aussi géante et raide que
la tienne

en ce moment

où tu t’approches de la cible et de la gueule de pute du plus grand enculé de sa race
ta queue fait dix pieds de haut de large de circonférence elle pèse une tonne
et t’es
dieu »

Plongez dans ce roman construit comme une poésie. Une poésie où la ponctuation n’apparaît pas. Où les seuls moments où vous pourrez reprendre votre respiration, ce ne sera même pas entre les chapitres, mais à la fin du livre. Vous allez entrer dans un homme, dans sa tête, dans sa folie. Vous allez entrer dans un monde. Monde duquel vous ne ressortirez pas indemne.
Vous vous apprêtez à vivre non pas une aventure mais une expérience. La traque n’est pas simple. Trouver le plus grand fils de pute du monde ne s’avère pas être un jeu d’enfants. C’est semer d’embûches, et le lecteur n’en est que plus content. Parce qu’on n’a qu’une seule envie en lisant ce livre : qu’il ne se termine jamais.
L’espèce de violence poétique qui aide et abat le héros est fabuleuse. Si on lit le texte à voix haute on a l’impression de slamer. Et grand corps malade a du soucis à se faire.

A l’image des plus grands romans, celui-ci ne manquera pas de vous déranger, de vous posséder. Mais vous ne pourrez pas le lâcher.
Vous êtes tireur d’élite. Vous êtes sur le point d’abattre un homme. Où est le mal ? Où est le bien ?
La philosophie n’existe peut-être pas dans les bas-fonds de l’instinct humain.

« […]ce qu’ils font est juste parce qu’on te dit
que c’est juste
et ça c’est vraiment du confort dans la tête de pas avoir à déterminer ce qui est juste et ce qui est pas juste toi tu obéis et ça c’est vraiment du confort et de savoir qu’on réfléchit à ça pour toi c’est les autres qui te permettent de pas réfléchir ç ces trucs politiques
simplement faire quelque chose qui te plaît et dont on te dit que c’est juste »

Ouvrage disponible aux éditions Inculte depuis Janvier 2014.

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À propos de Antoine

Libraire dans l’Isère. Voir tous les articles par Antoine

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