Archives mensuelles : février 2014

Zoom sur… Les aventures de Dolorès Wilson !

Panique au mini-market, Mathis (texte) et Aurore PETIT (illustrations)

« – Il y a du grabuge au mini-market. L’armée devait intervenir mais tous les militaires ont la diarrhée. Du coup, j’ai pensé à toi. C’est dans tes cordes, un monstre qui a pété un câble. Je peux compter sur toi, Dodo ?
– C’est comme si c’était fait, mon gros. Tu peux déjà préparer ton virement bancaire.
– T’es la meilleure, Dodo ! Salut ! »

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Dolorès est intérimaire. Et elle a du boulot TOUS les jours. Sauf aujourd’hui, semble-t-il… La journée s’annonce originale et peu commune. Même Doug, le chien, semble ne pas vouloir se frotter à ses mollets lorsqu’elle rentre chez elle…
Pourtant, un monstrueux monstre frappe au mini-market. Et ça tombe plutôt bien, elle avait prévu d’y aller pour chercher des biscuits…
L’aventure commence alors à dos d’escargot géant !

Hypnose au château, Mathis (texte) et Aurore PETIT (illustrations)

« – J’ai une mission pour toi, Dodo. Une livraison… dans la Zone.
Dolorès ne répond pas tout de suite. La Zone est un territoire extrêmement dangereux. S’y aventurer, c’est prendre le risque de se faire voler des organes ou bien dévorer par des joueurs de ping-pong cannibales.
– Très bien, dit-elle. »

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Nous retrouvons notre intérimaire préférée dans une nouvelle aventure. Et pas des moindres ! Toujours accompagnée par son courageux Doug qu’il a fallut appâter avec des biscuits au chocolat, elle va s’aventurer… Dans la Zone. Non pas celle de Stalker, mais dans un endroit pourtant tout aussi surréaliste. Elle devra échapper aux créatures les plus terribles pour livrer cette énorme boite qu’elle promène sur le toit de son van. Mais… Que cache cette boite ? Et qui est ce mystérieux personnage qu’elle doit livrer ?

Vous l’aurez compris, Dolorès n’a pas froid aux yeux ! Mais si elle est si confiante face à toutes les créatures et différents monstres qu’elle rencontre, c’est surtout grâce à un aliment secret. Un aliment qui fait transpirer, qui fait même perdre conscience. Quel est-il ?
Chaque super-héros à ses secrets. Mais ici, ils sont tous livrés.

Au-delà des simples romans en formats courts qualifiables de première lecture, ces ouvrages proposent un réel travail d’écriture et d’illustration. Tous les exercices de lecture y sont, même si on s’amuse avec et qu’on rit aux loufoqueries et jeux de mots. Il y a les nombres parfois en chiffres, parfois en lettres. Il y a des noms scientifiques imprononçables même pour un adulte pour pimenter un peu la lecture des « meilleurs » et leur lancer une sorte de défi.

Ce n’est donc pas sans un certain sens du second degré qu’il faut entrer dans cette petite série que les éditions Les fourmis rouges nous proposent.

Une jeune héroïne qui n’a pas froid aux yeux, qui n’a besoin d’aucun homme, qui vit seule, travaille en intérim… Ce n’est peut-être pas beaucoup pour les jeunes, mais c’est encore un livre qui peut faire parler de lui. Les mauvaises langues s’en régaleront , les esprits ouverts s’en amuseront. Alors dans tous les cas…

A vos lectures !

Ouvrages disponibles aux éditions Les fourmis rouges depuis Février 2014.


Aujourd’hui l’abîme, Jérôme BACCELLI

 » – Tu as peut-être raison, au fond. A Paris, on ne voit jamais plus loin que le bout de son nez. Tous ces murs, ces immeubles qui te bouchent la vue, ça doit nuire, à force. Ça n’est pas naturel. On doit se rétrécir. »

aujourd'hui l'abime

 

Pascal choisit de prendre sa vie en main. Trader réputé, fin connaisseur du logiciel informatique de sa boite, il décide du jour au lendemain de tout plaquer pour traverser l’océan Atlantique… Et Pacifique.
Seul sur son bateau, avec internet qu’il ne peut quitter et sa femme qui fait quelques apparitions, il va se souvenir du passé. De ce qui le constitue. De ce qui nous constitue, et de ce qui a fait l’Histoire.
Face à ce vide, seul avec le cliquetis des vaguelettes sur la coque du bateau, il commence par s’en aller en Antiquité et nous parle des théories des plus grands philosophes, physiciens et précurseurs.
Il s’en va ensuite rapidement vers les thèses Galiléennes. Un grand saut dans le temps qui permet de mieux comprendre une société avec tout le recul qui nous est proposé.
Petit à petit, il remonte jusqu’à l’ère contemporaine. Il remonte jusqu’à Steve JOBS, célèbre créateur de la petite pomme croquée.
Toute son ascension vertigineuse se dirige vers un ultime point : comprendre et expliquer le vide.

Pour nous parler de sa thèse, le narrateur, Pascal, compare les différentes époques avec son métier de trader. Il nous parle du temps passé, du temps gâché, de l’argent qui n’a plus de valeur, qui fait frémir. De l’ordinateur qui est maître de l’Homme, de la cocaïne qui dirige le monde du business, de la pensée collective qui décide de tuer Galilée pour ses thèses qui paraissent insensées. Il nous démontre l’absurdité de l’Homme dont la vie ne tient qu’à un fil. Qu’à un retour en arrière. Qu’à un bug informatique.

Ce terrible récit qui laisse pensif est entrecoupé d’interventions de sa femme, elle-même dans les affaires, dans la même boite, qui se fait persécuté pour tenter de retrouver son mari, perdu au milieu de l’océan dans son bateau. Perdu dans les tempêtes qui le font se sentir vivant.
Elle lui rappelle qui il fut. Qui il est encore pour elle. Qui il est encore pour eux, qui n’ont de cesse de lui demander de revenir.
Elle s’inquiète de savoir comment il dort. Elle s’inquiète de savoir comment il mange. Si le temps n’est pas trop long, le vent pas trop froid…

Dans un monde dirigé par la finance, qui est le plus fort ? L’argent… Ou la liberté ?

 

 » – Pourquoi es-tu parti ? Connais-tu au moins ta destination ?
– Mais qui te dit que je suis parti ? Qui sait si je ne suis pas resté confortablement assis dans mon fauteuil dans un loft du onzième arrondissement, en train de te mener… En bateau ! »

 

C’est un pied de nez que nous fait Jérôme BACCELLI. Il nous met face à nos contradictions et à nos idéaux. Le lecteur se retrouve dans la place inconfortable de celui qui subit. Qui subit non pas le texte. Non pas le personnage, qui subit l’apprentissage de sa propre connaissance et de sa propre bêtise.
Dans ce texte aux allures poétiques, il n’y a cependant à aucun moment le côté moraliste qui gâche tout. Il n’y a pas non plus de leçon à tirer. On ne peut que se contenter de constater et d’appréhender ce qui va arriver.
C’est un texte d’une qualité étonnante qui n’est pourtant pas prétentieux. Il a le pouvoir de nous faire voyager dans l’espace et dans le temps.
Avec une écriture d’une finesse et d’une précision qu’on prend en pleine gueule, vous l’aurez compris, Aujourd’hui l’abîme fait parti de mes gros coups de cœur.

 

Ouvrage disponible aux éditions Le Nouvel Atilla à partir du 6 Mars 2014.


Un chercheur d’or, Mikhaïl MITSAKIS

 » – Combien tu me donnes, compère, si je te dis quelque chose ?
– Quel genre de chose, Anagnostis ?
– J’ai trouvé une mine qui se trouve au diable, du côté d’Oropos. »

chercheur d'or

C’est ainsi que commencent les malheur de notre bon vieux Georgiadis.
Un chercheur d’or est l’histoire de la Grèce au XXe siècle. Un homme, Megglidis, a sa conscience qui le quitte face à l’importance de l’argent. Il tombe par hasard sur Georgiadis, suite à une rencontre avec leur ami en commun, Panayotis. Il s’avère, aussi étrange que ce soit, que Megglidis a vécu voilà bien longtemps dans la même maison que Georgiadis. Il a fréquenter ses parents. Il a presque été éduquer par ceux-là. Pourtant les deux ne se connaissent pas, et pour cause, quelques années les séparent. Années où Georgiadis n’était pas encore venu au monde.

Vous l’avez compris à travers le court extrait que je vous ai mis, Megglidis va embrigader tant bien que mal Georgiadis dans son oeuvre d’une vie : sa mine à Oropos. Seulement Oropos est loin d’Athènes, et Georgiadis se pose légitimement quelques questions sur cette mine à laquelle il ne croit en fait pas du tout. Megglidis lui promet monts et merveilles, mais il a besoin de fonds, et d’une entreprise prête à partager les bénéfices. Ils sont milliardaires s’ils le veulent ! Et Megglidis n’a pas peur de venir le rappeler plusieurs fois par jour à notre cartésien.

C’est alors qu’on entre pleinement dans la manipulation humaine, tellement visible et grossière qu’elle en est risible, et on se marre, au détriment de ce pauvre Megglidis qui devient tout simplement fou. Fou par ce qu’on ne lui donne pas alors qu’il est sûr de le posséder. Fou du manque de confiance et de tout cet or qui lui monte au crâne.

Et c’est avec une écriture tout à fait personnelle que Mikhaïl MITSAKIS nous conte cette tragédie aux résonances plus qu’actuelles.
Un conte écrit au début du XXe siècle qui a changé de société et de mode de fonctionnement, mais qui n’a pas pris une ride.
Jusqu’où peut mener l’argent, et pire, l’or ? C’est la question que semble se poser ici l’auteur.

Cet ouvrage renferme deux autres (plus) courtes nouvelles et de la poésie. Le tout tourne autour de la folie. On se retrouve dans la seconde embrigadé dans une carriole bien particulière qui nous mène vers un monastère aux allures austères. On se retrouve plongé dans une scène tellement surréaliste qu’elle en est effrayante.
Pour la troisième nouvelle, nous nous retrouvons immergé dans un hôpital psychiatrique… Et nous allons étudier tous ceux qui y vivent. La folie. Leur folie. Pourquoi, comment, et tant d’autres questions.
Mais la folie peut toucher tout le monde. Du jour au lendemain.

La preuve, l’auteur a fini par sombrer dans la folie. Sa fiction a dépassé sa réalité. Ses personnages ont pris forme.

« Mais, tandis que vous êtes là à prêter l’oreille à ces absurdités prononcées d’une voix doucereuse (il parle ici des conversations avec les habitants d’hôpitaux psychiatriques), parfaitement calme et ingénue, comme s’il s’agissait de la chose au monde la plus raisonnable et la plus naturelle qui soit, vous vous prenez soudain à craindre que ce delirium ne soit contagieux et vous vous empressez de prendre la fuite sans demander votre reste. »

Sautez sur l’occasion de cet ouvrage magnifique. Les nouvelles sont d’une poésie sans égale, et la poésie, quant à elle, qui clos l’ouvrage, a cette douceur que l’on retrouve dans un soir d’été à l’odeur de vacances. Elles offrent un repos obligatoire pour pouvoir faire face à la réalité qu’elles dégagent.

 

Ouvrage disponible aux éditions Finitude depuis Mai 2012. Traduit du Grec par Gilles ORTLIEB.


Les rues de Santiago, Boris QUERCIA

« Mon père, je vais le voir au moins une fois par an. Depuis sa tombe, on voit un petit bout de mer, entre les bâtiments. Je reste là un moment, à réfléchir. La sépulture est toujours bien entretenue. Je n’ai jamais osé demander à ma mère si c’est elle qui vient, vu que c’est peut-être une autre femme que le vieux fréquentait. En tout cas, je ne lui en ai connu aucune autre, juste ma mère. »

quercia

Santiago est un de ces flics qui n’est pas comme les autres flics. On peut l’appeler flic, ça ne le dérange pas. Tant qu’on ne dit pas keuf ou poulet… lui il s’en fout.
Ce matin là, alors qu’il fait un froid à glacer le sang et qu’il s’apprête à arrêter une bande de délinquants, il se rend compte qu’il ne veut plus tirer. Il est là, sous une caisse, à attendre leur arriver pour leur tirer dans la jambe. Mais il en a marre. Il ne veut plus tirer. Ni tuer d’ailleurs. Il veut simplement que les choses se passent bien.
Seulement cette petite bande est plutôt novice dans le monde délinquant. Et comme tout le monde le sait, un novice est plus dangereux et moins prévisible qu’un professionnelle de la violence. Le coup va alors partir. Santiago va errer dans les rues après avoir rempli un tas de paperasse. Il va réfléchir sur son sort. C’est à ce moment là qu’il croise la route d’Ema, une jeune femme splendide qui lui fait tellement d’effets qu’il va la suivre. Commence alors une série de vérités sur son passé qu’il pensait pourtant enfoui bien loin.

Santiago est un de ces héros qui nous est sympathiques et familier. Il méne sa petite vie entre sa copine, avec qui il n’est pas en couple mais avec qui il couche et vit presque le parfait idylle, et son boulot plus ou moins routinier suivant les jours.
Il ne se sent pas prêt à s’engager, et moins encore lorsqu’il voit Ema, et qu’il est prêt à tout pour la rencontrer.
Le lecteur se voit alors dans la position délicate du confident. Boris QUERCIA sait nous mettre des musique en tête. Il sait nous amadouer et rendre son personnage attachant. Santiago est-il réellement celui que l’on croit ?

Promenez-vous dans les rues de Santiago. Protégez-vous des coups de feu, courrez face au danger. Gardez vos impressions pour vous, couchez avec qui vous voulez. Ou pouvez. Prenez un peu de coke en fumant une clope, buvant un whisky et en matant des putes se trémousser.
Entrez dans la peau de Santiago, le flic pas comme les autres.

L’écriture envoûtante de l’auteur accélérera vote rythme cardiaque. Prenez vous au jeu, et Boris QUERCIA saura vous faire rêver au milieu de l’asphalte qui transpire sous le crissement des pneus.
Le rythme, l’intrigue, la musique espagnole et l’humour noir vous empêcheront de fermer ce livre une fois commencé. Alors prévoyez votre soirée.

Ouvrage disponible aux éditions Asphalte à partir du 6 Mars 2014. Traduit de l’espagnol (Chili) par Baptiste CHARDON.


La très bouleversante confession de l’homme qui a abattu le plus gros fils de pute que la terre ait porté, Emmanuel ADELY

« le kiff intégral ce moment

où tu tiens le monde dans ta main
où tu vas le nettoyer le détruire
comme dieu
en gros là tu es comme dieu tu peux tout faire
[…] tu es dieu tu peux leur laisser la vie sauve tu peux
tuer
putain le pied là tu pourrais tirer déjà tu pourrais tirer sur la ville dans la nuit envoyer des bombes et tout faire péter »

confession

L’homme, le héros, de ce roman est tout à fait normal. Si ce n’est qu’il porte des fringues chères, qu’il est tireur d’élite et qu’il s’apprête à tuer, que dis-je, à abattre le plus grand fils de pute que la terre ait porté.
Il est chaud, il est bouillant. L’Afghanistan le faire transpirer. Il a l’habitude de tuer. Souvent il pense tuer le plus grand fils de pute que la terre ait porté. Mais cette fois il en est sûr. C’est lui.

C’est le roman d’une traque. Une traque qui se fait, entrecoupée de passages de vies. Parfois la sienne, parfois ses amis soldats qui sont dans la même galère. Ensemble ils ressassent un passé. Ils repensent à une vie « civile », comme on dit. Ils sont au milieu de la guerre, et c’est chacun pour sa gueule. C’est a celui qui a la plus grosse queue et qui sait le mieux s’en servir.

Et notre héros en a une grosse. Tellement grosse qu’elle lui cache les petites gens qui sont loin en dessous, sur terre, alors qu’il est dieu avec ce gros flingue qui peut tout défoncer. Il aime la pizza, il aime le cul. Il aime la virilité, et il est viril. Extrêmement viril. Qui oserait dire le contraire ? Il abat parce qu’on lui demande d’abattre. Il va abattre le plus grand fils de pute que la terre ait jamais porté. Lui. Il va faire ça. Il le sent, et ça l’excite. Il veut que le monde soit au courant, tout en espérant que le plus grand fils de pute que la terre ait jamais porté n’ait pas d’explosifs autour de la taille.
Pas comme toutes ces femmes, fanatiques. Complètement dingues ces nanas. Il ose à peine les approcher. Faut se méfier. On voit vraiment de tout. Même des gosses qui explosent. Des gosses, vous vous rendez compte ?
Des gamins. Vos gamins peut-être ? Ceux qui croient qu’en s’explosant la tête on vie mieux. Et oui. On voit de tout. La guerre ne laisse aucun répit. Ça explose, ça picole. Ça bouffe, ça baise parfois.
Bref, ça n’enchante pas. Sauf peut-être quand on s’apprête à abattre le plus gros fils de pute que la terre ait porté.

« chaque jour est un putain de pari
tu as droit de vie ou de mort tu es le maître de la vie et de la mort tu bandes ta queue est raide tendue comme le gode géant que t’avais trouvé à Miami pendant un exercice là tous les gars pendant un exercice hyper concentré et un gode géant dans un bâtiment là en plâtre le gode dix pieds de haut dans le vestibule peint couleur chair le gland turgescent putain la stupeur quand ils l’avaient trouvé tous les gars en tenue et en armes face à une bite géante aussi géante et raide que
la tienne

en ce moment

où tu t’approches de la cible et de la gueule de pute du plus grand enculé de sa race
ta queue fait dix pieds de haut de large de circonférence elle pèse une tonne
et t’es
dieu »

Plongez dans ce roman construit comme une poésie. Une poésie où la ponctuation n’apparaît pas. Où les seuls moments où vous pourrez reprendre votre respiration, ce ne sera même pas entre les chapitres, mais à la fin du livre. Vous allez entrer dans un homme, dans sa tête, dans sa folie. Vous allez entrer dans un monde. Monde duquel vous ne ressortirez pas indemne.
Vous vous apprêtez à vivre non pas une aventure mais une expérience. La traque n’est pas simple. Trouver le plus grand fils de pute du monde ne s’avère pas être un jeu d’enfants. C’est semer d’embûches, et le lecteur n’en est que plus content. Parce qu’on n’a qu’une seule envie en lisant ce livre : qu’il ne se termine jamais.
L’espèce de violence poétique qui aide et abat le héros est fabuleuse. Si on lit le texte à voix haute on a l’impression de slamer. Et grand corps malade a du soucis à se faire.

A l’image des plus grands romans, celui-ci ne manquera pas de vous déranger, de vous posséder. Mais vous ne pourrez pas le lâcher.
Vous êtes tireur d’élite. Vous êtes sur le point d’abattre un homme. Où est le mal ? Où est le bien ?
La philosophie n’existe peut-être pas dans les bas-fonds de l’instinct humain.

« […]ce qu’ils font est juste parce qu’on te dit
que c’est juste
et ça c’est vraiment du confort dans la tête de pas avoir à déterminer ce qui est juste et ce qui est pas juste toi tu obéis et ça c’est vraiment du confort et de savoir qu’on réfléchit à ça pour toi c’est les autres qui te permettent de pas réfléchir ç ces trucs politiques
simplement faire quelque chose qui te plaît et dont on te dit que c’est juste »

Ouvrage disponible aux éditions Inculte depuis Janvier 2014.


Zoom sur… L’auteur Eduardo BERTI

« Eduardo Berti est né à Buenos Aires en 1964 et vit à Madrid. Traducteur, critique littéraire et éditeur, il est l’auteur, chez Actes Sud, de Madame Wakefield (Babel n° 789), La Vie impossible (2003), Tous les Funes (2005),Rétrospective de Bernabé Lofeudo (2007), L’Ombre du boxeur (2009),L’Inoubliable (2011) et Le Pays imaginé (2013).  » nous dit le site des éditions Actes Sud.

eduardo-berti

A l’occasion de la semaine Argentine à Vienne et de la venue de l’auteur, j’ai pris soin de m’intéresser d’un peu plus prés à son oeuvre… Et il est difficile de passer à autre chose !

Plus que de simples lectures, les trois ouvrages que je vais vous présenter ont été pour moi une espèce de révélation. Pour tout vous dire, à part Leandro AVALOS BLACHA (Berazachussetts, Côté cour, éditions Asphalte), je ne connaissais pas d’auteurs argentins… Ou en tout cas n’en avais pas lu !

Je partais donc plutôt vierge, quand on connais les penchants littéraires de AVALOS BLACHA et qu’on sait à quel point il est unique, et je me suis laissé porter par la lecture…

Retrospective de Bernabé LOFEUDO (éditions Actes Sud, 2007)…

bernabé

Bernabé LOFEUDO est un cinéaste. Et pas n’importe lequel ! Ce réalisateur a beaucoup fait parler de lui au début du XXe siècle pour ses films érotiques… Il partait du principe qu’un homme peut bander si le réalisateur se donne les moyens de le faire.
Il rencontre alors sa muse lors d’un tournage. La belle, fine, discrète Nelly MARCHI. Ils vont vivre l’idylle amoureux. Ils vont tourner ensemble, et ils vont exciter le public. Jusqu’au jour où, évidement… Tout bascule.
Le fils de Bernabé, fils d’un premier amour, raconte tout ça dans ses mémoires. Il nous parle de son père sans aucune gêne et donne même quelques informations qu’il aurait voulu garder secrètes…
Evidement, quand le cinéma au milieu des années 1920 prend un virage important, celui de la parole, Bernabé doit revoir sa façon de travailler.

Alors, vous connaissez Bernabé LOFEUDO ? Non ?
C’est normal, il est inventé, tout comme ses scénarios, de toute pièce par notre cher Eduardo BERTI…

Un roman absolument fascinant où se mêle fiction et réalité historique. Nous nous retrouvons plongé dans un début de siècle qui paraît déjà bien loin. Un début de siècle où les mœurs n’étaient évidement pas les mêmes qu’aujourd’hui…
Plongez dans ce roman qui ne manquera pas de vous donner des frissons, tant par son érotisme que par son ingéniosité.

L’Inoubliable (éditions Actes Sud, 2011)…

inoubliable

 L’inoubliable, c’est le titre de cette petit nouvelle de Rémy de Gourmont (auteur français du XIXe). Et c’est cette petite nouvelle, ou plutôt des bribes de cette nouvelle, que déclame le dentier de Mme Elvira RIAL lorsqu’elle éteint la lumière pour aller se coucher… Elle a un problème avec les dents. Sa bibliothèque regorge de récit sur les dents, et après L’Inoubliable, le dentier passe volontiers au reste. Mais quand il aura tout lu sur les dents, qu’arrivera-t-il à Mme RIAL ?

L’inoubliable est aussi le nom du livre de Eduardo BERTI. Ce livre regorge de nouvelles, douze au total, toutes plus extravagantes les unes que les autres. Je viens de vous parler de celle qui a donner son nom au livre, mais vous avez aussi la femme lectrice compulsive de journaux qui les reçois tous quotidiennement, vous avez un homme qui porte en lui une guerre passée qui n’a pas cicatriser. Des éclats d’obus sont disséminés dans son corps. Vous avez aussi le petit jeune qui pense que la malformation de son nez dont tout le monde se moque est en fait quelque chose de génétique. Il semblerait même que ses parents aient eu un conflit par rapport à ça… Et l’ultime, dont je suis obligé de vous parler, sur une tradition japonaise qui revient à se raconter entre amis des histoires de fantômes. Chaque fois que quelqu’un a raconté son histoire, il éteint une bougie. Le frisson monte en cadence, mais jusqu’où ira-t-il ?

Un livre de nouvelles absolument fabuleuses. La nouvelle n’étant pas mes lectures de prédilection, je me suis immergé de courage avant d’attaquer, pour finalement, après la première, dévorer le livre. Pour ce qui se posent la question, oui, les nouvelles ont des chutes, et elles ne vous laisseront aucun répit ! Moment agréable assuré, bien que trop court !

La vie impossible (Actes Sud, 2003)…

vie impossible

La vie impossible est un petit ouvrage très particulier puisqu’il recèle non pas d’un roman, ni même d’un récit, pas non plus de nouvelles, mais de très courts paragraphes qui n’ont pas de rapport les uns avec les autres. Ça vous paraît étrange ? Et bien sachez qu’on s’y retrouve parfaitement ! Chaque page pourrait être un début de roman oublié qui passe sous la plume de Eduardo BERTI. La générosité d’un artiste prêt à délaisser ses plus grandes idées au profit de… Rien du tout. Il balance ainsi plusieurs pistes, souvent assez caustiques, voir cyniques.
Il fait même des petits clins d’oeil à d’autres livres, comme par exemple à cette jeune femme, vu ci-dessus, qui lit compulsivement ses journaux. Il en écrit ici l’article.
En une phrase tout commence et tout se termine, la puissance des mots, des idées, et des phrases est spectaculaire.

Un exemple ? « Un autre dinosaure : Quand le dinosaure se réveilla, les dieux étaient encore là, en train d’inventer à toute vitesse le reste du monde. », « Paternité : Tout homme veut redonner naissance à ses parents. C’est de cette initiative manquée que naissent les enfants. ».

Pas encore convaincus ? Lisez donc la petite page appelée « Eduardo BERTI ». Ça finira à vous faire céder !

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Voilà le petit échantillon que je souhaitais vous faire partager pour avoir encore de bonnes lectures ! Quelques liens sont à faire entre les différents bouquins, et des thèmes y sont récurrents. Notamment le thème du cinéma, qui, nous le sentons, fascine l’auteur.

Bonnes lectures !

Tous ces ouvrages sont traduits de l’espagnole (Argentine) par Jean-Marie SAINT-LU.


Comment j’ai mangé mon estomac, Jacques A. BERTRAND

« Si l’enfer existe, ce doit être une espèce de salle d’attente. L’hôpital en est l’antichambre. Entrer dans la maladie, c’est mettre un pied dans l’autre monde. L’Attente. A force d’attendre, on ne saurait plus très bien ce qu’on attend, on finirait par ne plus rien attendre. Ou par attendre RIEN. »

9782260021223FS

 

C’est dans un récit émouvant, poétique et sarcastique que Jacques A. BERTRAND nous raconte sa maladie. Alors qu’il trouvait son corps tout à fait normal et qu’il pensait le connaître à peu prés, on lui trouve une petite tumeur à l’entrée de l’estomac. Sa vie bascule alors évidement. Et celle de sa femme, à qui l’on trouve un cancer du sein, aussi.
Le narrateur et néanmoins héros va alors prendre le lecteur à parti et lui raconter, de façon tout à fait sincère et calme, sa vie.
Avoir un ulcère, c’est digérer son propre estomac. A partir de ce constat simple que lui fait un médecin, le narrateur se perd dans des pensées poétiques, philosophiques et humaines.
Nous est alors peint le tableau le plus affreux qu’il soit : celui de l’hôpital et de ses petits tracas.

Pourtant n’ayez crainte ! Nous ne sommes ni dans le pathos ni dans la lamentation. L’auteur n’a que faire de nous faire chialer, et nous le comprenons vite. On s’attache, on le comprend. On rit avec lui. Avec cet homme qui trouve un peu de lumière dans les moments qui nous semblent être les pire de sa vie. « Un cancer tout de même » nous surprenons-nous à penser à plusieurs reprises. « Et il reste stoïque et philosophe. Sans jamais péter une durite ou s’affoler ».

Mais si cet humour ne dépendait pas de lui, mais de son moral ?

 

C’est un récit touchant et captivant que celui de Jacques A. BERTRAND. On se retrouve plongé dans un esprit compliqué, torturé, qui fait de l’humour et de la poésie.
L’auteur l’a bien compris, la littérature permet de s’aider à évoluer et à accepter. Et il s’en sert parfaitement pour nous faire découvrir un monde encore peu connu.

 

Ouvrage disponible aux éditions Julliard depuis Janvier 2014.