Réparer les vivants, Maylis de KERANGAL

« Il se retourne vers la côte comme il aime toujours le faire avant de s’éloigner davantage : la terre est là, étirée, croûte noire dans des lueurs bleutées, et c’est un autre monde, un monde dont il s’est dissocié. »

reparer les vivants

 

La passion de Simon, c’est le surf. Ce Dimanche il a décidé avec ses deux plus grands potes de se lever tôt pour prendre les bonnes vagues. Les voilà partis tous les trois en van, peint de délicieuses sirènes nues, vers un océan qui promet l’agitation et la fraîcheur.
Tout se passe bien, la session surf enchante les jeunes qui repartent une heure plus tard, bleus de froid et fatigués. Surgit alors l’accident.

L’accident qui n’est vraiment grave que pour Simon et sa famille. Le jeune homme entre dans un coma profond. On le maintient en vie par des machines. Les parents sont alors confrontés à une demande du médecin ; Simon refusait-il de donner ses organes ?

On entre alors de plein fouet dans l’esprit de ce couple, pourtant séparé depuis plusieurs mois, qui se reconstruit devant la mort de leur fils. Les questions intimes, les égoïsmes naturels. Comment réagir face à la demande de don d’organes ? Comment peut-on se souvenir l’enfant si son cœur lui est ôté ?

 

« Thomas reprend – c’est un autre chemin – : votre fils est-il inscrit au registre national des refus de dons d’organes ? Ou savez-vous s’il avait exprimé une opposition à cette idée, s’il était contre ? Phrase compliquée, leur visage se déforme. »

 

Maylis de KERANGAL signe ici un roman qui touche profondément le lecteur. Un sujet encore trop peu connu qu’est celui du don d’organes. Donner un rein n’est pas comme donner un cœur ou des yeux. L’auteur nous le fait bien comprendre avec ses mots, son intonation et ses connaissances.
Tantôt porté par une vague lyrique, tantôt angoissé par un contre temps ou un changement brutal, le lecteur se fait malmené dans une poésie qu’il ne peut plus quitter. On passe d’un personnage à l’autre, on apprend à tous les connaître de fond en comble. Du donneur, maintenant mort, à ses parents en passant par le médecin, et, chose rare, aux receveurs…
Nous sommes dans un roman, vous l’aurez compris, qui se rapproche du naturalisme. Les dissections sont représentées sans pathos, sans état d’âme. C’est presque clinique à certains moments. Thomas, cependant (le médecin), semble comprendre la douleur des parents et donc être plus propice au sentimentalisme.

 

Voilà, j’ai lu le roman de la rentrée de Janvier que tout le monde décrit comme du génie. C’est assez vrai. L’écriture est très bonne et on ne peut pas lâcher le livre, cependant j’ai trouvé, si je puis me permettre, qu’il y a un peu trop de figures de styles… Entre métaphores et comparaisons, on finit non pas par être perdu, mais par se lasser. Heureusement, cette impression se rétracte au fur et à mesure que le livre avance.

 

Ouvrage disponible aux éditions Verticales depuis Janvier 2014.

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À propos de Antoine

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