Bois sans soif, François PERRIN

« Instinctivement, j’avais compris que, dans un bar, un invité d’honneur paie quand même la grande majorité de ses coups, que le concept d’ami n’a rien à envier à celui décrié au sein des réseaux sociaux, et que la frontière demeure toujours ténue entre sympathique et agaçant, distrayant et fâcheux.
Pour paraphraser Topor paraphrasant un ami, ces fois-là, je découvrais enfin qu’un bar ne constitue ni plus ni moins que la chambre dont on ne dispose pas chez soi. Un chambre de pension à l’ancienne, mettons. »

bois sans soif

Bon, comment vous dire ?

Moi, un type qui cite Roland TOPOR dés les premières pages de son livre, ça m’enchante. A tel point que je ne saurais en dire le moindre mal. Et quand bien même, il n’y a de toutes façons aucun mal à dire de cet ouvrage.
Je dirais même que s’il y en a bien un à lire pour cette rentrée de Janvier, c’est celui-là.

Bois sans soif. Ne vous inquiétez pas, on n’entre pas dans les bistrots écouter aux portes pour se foutre de la tronche des alcooliques. On n’est pas dans des brèves de comptoir, là.

On va plutôt suivre la vie trépidante d’un super-héros. Oui, oui, un super-héros. Vous pensiez que ça n’existe pas ? Et bien détrompez-vous !

Avec un livre exigeant, une écriture ciselée, presque clinique, et un esprit aiguisé et cynique, François PERRIN va vous prouver qu’être employé de bistrot, c’est avant tout être un super-héros.
Pour commencer, je vous présente le personnage. Un jeune type un poil pommé qui a envie de se faire un peu de pognon. Il trouve un boulot pas trop chiant dans un bistrot, à servir des canons. Commence alors une philosophie du bar français qui ne manquera pas de vous faire parfois sourire, parfois frémir… Et qui vous blessera même peut-être dans votre estime.

Qui êtes-vous ? Plutôt un adepte du bar huppé ou du PMU ? Plutôt un type qu’on croise dans un bar à musique chic ou miteux ? Plutôt un client en costard ou un pilier de comptoir ? Tous les types de bar sont dans la nature. Tous passent au crible sous la plume experte de François PERRIN qui dépeint, au delà d’un simple constat, un fait social. Parce que la société nous façonne, et cette image qu’on a de nous se transmet dans notre attitude et dans nos habitudes.

Toujours pas convaincu ? Alors êtes-vous plutôt buveur de bière ou de whisky ? Non, je vois clair dans votre jeu. Vous êtes plutôt pinard. A moins que… Un petit rhum derrière la cravate ? Ou un coup rapide à la vodka ? Et oui. L’alcool que vous buvez aussi est un indice sur la personne que vous êtes. Parce que oui, c’est un fait. L’habit fait le moine. Et on est tous victime.

Oui très bien tout ça, me direz-vous. Mais en quoi un barman est-il un super héros ? Quels sont ses super pouvoirs ?

Aha, vous ne croyiez quand même pas que j’allais vous raconter tout le livre ? Vous n’avez qu’à l’acheter et aller le lire sur le coin d’une table, au fond d’un vieux café, « où on a tous laissé un souvenir… »

Attention, vous êtes surveillé. Mais même les super-héros ont leurs faiblesses… Surtout lorsqu’ils quittent leur job.

« La bière est une fille facile, mal dégrossie certes, mais qui vous semble toujours un peu familière. Des fauchés aux richards, tous ne la boivent pas simplement parce qu’elle se pose comme l’évidence, le premier prix, ni parce qu’elle fait peuple. On la sirote seul parce qu’on souhaite le rester, en tout cas dans les grandes lignes, ou à plusieurs pour sceller la familiarité autour d’une bonne roteuse des faubourgs […] Ainsi, quand la bière s’impose en commune maîtresse du tout-venu – retrouvailles viriles, marquage de territoire, petits matins blêmes -, le rouge s’impose à ceux qui jouent les responsables, les adultes ; le blanc, aux amoureux timides, aux adeptes de la noyade guindée, aux transis de peur face à l’interaction. Essayez donc un jour d’écrire sous influence de ces trois divers produits, vous m’en direz des nouvelles. »

Nous ne pouvons pas parler de ce roman sans parler de la préface, de Philippe Jaenada, qui a su traduire mes angoisses face à celle-ci. Il n’aime pas lire les préfaces. On ne lui avait encore jamais demandé d’en écrire une. Il se retrouve là un peu par hasard et fini par adorer ça. Il nous dévoile même comprendre l’intérêt d’une préface. Attention, une bonne préface. Pas de celles qui dévoilent tout le livre… Là, on a toujours l’impression qu’on se fout un peu de notre gueule !

Il lance l’ouvrage avec un ton déjà cynique qui marque le tempo. On ne sait pas trop où on arrive. Un roman absurde ? Un peu fou ? Digne des plus grands génies ? On a toujours l’impression d’aller trop loin, mais les pages s’échappent sous nos doigts et nous perdons le fil de nos pensées pour nous plonger dans le monde du bistrot. Lequel est le plus dingue ? Ca dépend sûrement des gens.

Vous l’aurez compris. Ce roman, qui pourrait être un récit, est un de mes gros coups de coeur. L’habitude de la langue se fait rapidement, l’esprit taquin de l’auteur nous complaît dans son oeuvre. On se sent bien. Parfois angoissé, lorsqu’on apprend, par exemple, que la bière peut être addictive pour qui s’en abreuve. Bref, on passe par plusieurs émotions malgré la distance lointaine qui sépare le lecteur du narrateur. A moins que vous ne soyez barman. Dans ce cas là… Je ne vous regarderez plus pareil, messieurs. Mesdames.

Merci.

Ouvrage disponible aux éditions Rue Fromentin depuis Janvier 2014.

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À propos de Antoine

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