Archives mensuelles : janvier 2014

Zoom sur… La collection Petit poche !

La collection Petit Poche, c’est avant tout proposer aux jeunes lecteurs de petits romans faciles à lire, sans illustrations, qui les font se sentir comme des grands !

La tête de mon brochet, Isabelle COLLOMBAT (Octobre 2013)

Lolo, un jeune garçon qui vit chez ses grands-parents, a pour habitude d’aller au bord de l’étang le Dimanche matin, avec papi, pour pêcher le brochet !
Tous les dimanches le rituel est le même. De la lecture du journal à la sieste sur le transat en passant par les discussions sur l’usine juste en face, sur l’autre rive, où papi travaillait à l’époque où il était ouvrier.

la tete de mon brochet

Aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres pourtant. Aujourd’hui, Lolo en a gros sur la patate et va dire à papi ce qu’il a sur le coeur. Il ne peut plus le garder pour lui. Seulement papi est très préoccupé… Et Lolo va se retrouver confronter à un gros poisson.

Dans un roman où un détail prend de l’importance, où l’effet papillon est de mise, Isabelle COLLOMBAT nous propose un voyage dans la tête d’un petit jeune en conflit générationnel.
Un roman généreux qui traite de l’hypocrisie en la dénonçant. A lire !

 

La caravane, Kochka (Octobre 2013)

Jeanne est une petite fille comme les autres, si ce n’est cette particularité capillaire. Elle a les cheveux dans le vent. Elle a les cheveux libre. Ils refusent toute attache. Elle n’en a jamais vu de pareil… Jusqu’à ce que Jessy, jeune gitane, arrive à l’école pour apprendre à lire. Les deux jeunes filles se lient alors d’amitié et de fraternité jusqu’à ce que la jeune Jessy sache lire. Mais le calme ne peut pas durer toute une vie…

la caravane

Un roman fort sur l’amitié et illettrisme. Des remises en question de peuples, des informations sur certains mode de vie, et un amour qui lie deux jeunes filles par les cheveux, par la liberté, et par le cœur.
Une super petite lecture à proposer dés huit ans pour s’entraîner en apprenant les valeurs humaines.

 

Demain, promis ! Christophe LEON (Janvier 2014)

Zacharie est un jeune homme qui n’a peur de rien ! On va suivre sa petite vie pendant six jours. Entre ses exploits en skate, Yannick NOAH qui envie son jeu au tennis, une gitane qui lit dans la paume de sa main et un vieil homme bien mystérieux, Zacharie va se prêter à rêver. Et les plus grands n’ont qu’à bien se tenir ! Non mais !

demain promis

Christophe LEON nous offre un texte qui peut prêter à sourire. Le jeune Zacharie est comme tous les enfants. Il rêve de demain. Il repense et fabule hier. Mais ce qui compte, c’est l’instant T. Et en ce moment on n’est sur de rien. Mais demain, tout ira mieux, parce qu’il ne peut rien lui arriver, à Zacharie.
Avec une écriture douce et poètique, Christophe L. nous entraîne donc dans un monde pas si loin du nôtre.
Êtes-vous prêt à le suivre ?

 

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Vous l’aurez compris, la collection Petite Poche est pleine de surprises et de bonnes choses. On y retrouve quelques morales humaines, quelques questionnements importants, et on finit par se perdre dans une collection qui inspire et fait rêver.
Vous trouverez cette collection en librairie indépendante pour un total de 5.10€ le livre. 5.10€ le plaisir !

 

La collection Petite poche est aux éditions Thierry MAGNIER.


Réparer les vivants, Maylis de KERANGAL

« Il se retourne vers la côte comme il aime toujours le faire avant de s’éloigner davantage : la terre est là, étirée, croûte noire dans des lueurs bleutées, et c’est un autre monde, un monde dont il s’est dissocié. »

reparer les vivants

 

La passion de Simon, c’est le surf. Ce Dimanche il a décidé avec ses deux plus grands potes de se lever tôt pour prendre les bonnes vagues. Les voilà partis tous les trois en van, peint de délicieuses sirènes nues, vers un océan qui promet l’agitation et la fraîcheur.
Tout se passe bien, la session surf enchante les jeunes qui repartent une heure plus tard, bleus de froid et fatigués. Surgit alors l’accident.

L’accident qui n’est vraiment grave que pour Simon et sa famille. Le jeune homme entre dans un coma profond. On le maintient en vie par des machines. Les parents sont alors confrontés à une demande du médecin ; Simon refusait-il de donner ses organes ?

On entre alors de plein fouet dans l’esprit de ce couple, pourtant séparé depuis plusieurs mois, qui se reconstruit devant la mort de leur fils. Les questions intimes, les égoïsmes naturels. Comment réagir face à la demande de don d’organes ? Comment peut-on se souvenir l’enfant si son cœur lui est ôté ?

 

« Thomas reprend – c’est un autre chemin – : votre fils est-il inscrit au registre national des refus de dons d’organes ? Ou savez-vous s’il avait exprimé une opposition à cette idée, s’il était contre ? Phrase compliquée, leur visage se déforme. »

 

Maylis de KERANGAL signe ici un roman qui touche profondément le lecteur. Un sujet encore trop peu connu qu’est celui du don d’organes. Donner un rein n’est pas comme donner un cœur ou des yeux. L’auteur nous le fait bien comprendre avec ses mots, son intonation et ses connaissances.
Tantôt porté par une vague lyrique, tantôt angoissé par un contre temps ou un changement brutal, le lecteur se fait malmené dans une poésie qu’il ne peut plus quitter. On passe d’un personnage à l’autre, on apprend à tous les connaître de fond en comble. Du donneur, maintenant mort, à ses parents en passant par le médecin, et, chose rare, aux receveurs…
Nous sommes dans un roman, vous l’aurez compris, qui se rapproche du naturalisme. Les dissections sont représentées sans pathos, sans état d’âme. C’est presque clinique à certains moments. Thomas, cependant (le médecin), semble comprendre la douleur des parents et donc être plus propice au sentimentalisme.

 

Voilà, j’ai lu le roman de la rentrée de Janvier que tout le monde décrit comme du génie. C’est assez vrai. L’écriture est très bonne et on ne peut pas lâcher le livre, cependant j’ai trouvé, si je puis me permettre, qu’il y a un peu trop de figures de styles… Entre métaphores et comparaisons, on finit non pas par être perdu, mais par se lasser. Heureusement, cette impression se rétracte au fur et à mesure que le livre avance.

 

Ouvrage disponible aux éditions Verticales depuis Janvier 2014.


Toutes les choses de la vie, Kevin CANTY

« Il la sauverait. De l’alcool, de l’hébétude et de la somnolence jaillit la certitude. Il la sauverait non pas du plus grave, mais de l’absurdité. »

canty

Il est l’heure de faire une mise au point. RL et Julie en sont à leur rencontre annuelle qui a lieue depuis onze ans. Date de la mort de Taylor, mari de Julie. Ils sont au bord de l’eau et sirotent une bonne bouteille qui leur faire perdre équilibre avec la vie. Ils sont perdus. Ils décident de se reprendre en main.

Julie ne veut plus être femme de veuve. Elle veut vivre, découvrir, s’épanouir à nouveau. Elle fera d’ailleurs la rencontre d’un promoteur immobilier qui ne manque pas d’originalité…
RL, quant à lui, décide coûte que coûte de sauver Betsy, son amour de jeunesse maintenant mariée avec des gosses, du cancer qui la tue à petit feu.

Au milieu de toute cette agitation d’une vie imaginée, d’une vie future et d’une vie passée, les enfants ont leur place. RL est divorcé. Avec son ex-femme ils ont mit au monde une petite fille, qui a grandit, et qui comme tout enfant cause des ennuis. Elle est là, active, et fait bouger le roman.
Nous retrouvons aussi Edgard, jeune bonhomme à la merci de son patron, RL, qui navigue sur les flots avec ses clients.

Ah… La pêche. Les étendues d’eau…
Non, non, ne pensez pas être dans un Gallmeister. Ni dans le nouveau roman de Ron RASH. Nous sommes juste avec Kevin CANTY qui nous peint le portrait idyllique du Montana.

Rien de noir, rien de sordide. Nous sommes simplement habité par les personnages qui reviennent sur leur passé. Par des personnages qui se remettent en question, toujours une bonne bouteille à la main, et qui décident de vivre.

Ce roman est une résurrection. Il est positif.

Seulement je me suis un peu ennuyé… Autant l’écriture est chouette, autant le texte manque franchement de punch. J’ai eu l’impression que tous les personnages se ressemblaient. Tous sont sur la même humeur, sur le même ton. Aucun changement d’écriture pour passer de l’un à l’autre. L’auteur arrive d’autant plus à nous perdre que chaque ligne prête à la rêverie. On finit par terminer un chapitre pour devoir le reprendre au début faut d’attention.

Ce livre n’est pas compliqué mais demande une concentration absolue. Outre certains détails sans importance, ça reste un bon livre. On va jusqu’au bout sans se faire prier.
Je pense surtout que la pire chose qui puisse arriver est de le fermer avant d’avoir atteint la dernière page… Et ne pas avoir envie de le réouvrir.

Ouvrage disponible aux éditions Albin Michel depuis Janvier 2014. Traduit de l’américain par Anne DAMOUR.


Bois sans soif, François PERRIN

« Instinctivement, j’avais compris que, dans un bar, un invité d’honneur paie quand même la grande majorité de ses coups, que le concept d’ami n’a rien à envier à celui décrié au sein des réseaux sociaux, et que la frontière demeure toujours ténue entre sympathique et agaçant, distrayant et fâcheux.
Pour paraphraser Topor paraphrasant un ami, ces fois-là, je découvrais enfin qu’un bar ne constitue ni plus ni moins que la chambre dont on ne dispose pas chez soi. Un chambre de pension à l’ancienne, mettons. »

bois sans soif

Bon, comment vous dire ?

Moi, un type qui cite Roland TOPOR dés les premières pages de son livre, ça m’enchante. A tel point que je ne saurais en dire le moindre mal. Et quand bien même, il n’y a de toutes façons aucun mal à dire de cet ouvrage.
Je dirais même que s’il y en a bien un à lire pour cette rentrée de Janvier, c’est celui-là.

Bois sans soif. Ne vous inquiétez pas, on n’entre pas dans les bistrots écouter aux portes pour se foutre de la tronche des alcooliques. On n’est pas dans des brèves de comptoir, là.

On va plutôt suivre la vie trépidante d’un super-héros. Oui, oui, un super-héros. Vous pensiez que ça n’existe pas ? Et bien détrompez-vous !

Avec un livre exigeant, une écriture ciselée, presque clinique, et un esprit aiguisé et cynique, François PERRIN va vous prouver qu’être employé de bistrot, c’est avant tout être un super-héros.
Pour commencer, je vous présente le personnage. Un jeune type un poil pommé qui a envie de se faire un peu de pognon. Il trouve un boulot pas trop chiant dans un bistrot, à servir des canons. Commence alors une philosophie du bar français qui ne manquera pas de vous faire parfois sourire, parfois frémir… Et qui vous blessera même peut-être dans votre estime.

Qui êtes-vous ? Plutôt un adepte du bar huppé ou du PMU ? Plutôt un type qu’on croise dans un bar à musique chic ou miteux ? Plutôt un client en costard ou un pilier de comptoir ? Tous les types de bar sont dans la nature. Tous passent au crible sous la plume experte de François PERRIN qui dépeint, au delà d’un simple constat, un fait social. Parce que la société nous façonne, et cette image qu’on a de nous se transmet dans notre attitude et dans nos habitudes.

Toujours pas convaincu ? Alors êtes-vous plutôt buveur de bière ou de whisky ? Non, je vois clair dans votre jeu. Vous êtes plutôt pinard. A moins que… Un petit rhum derrière la cravate ? Ou un coup rapide à la vodka ? Et oui. L’alcool que vous buvez aussi est un indice sur la personne que vous êtes. Parce que oui, c’est un fait. L’habit fait le moine. Et on est tous victime.

Oui très bien tout ça, me direz-vous. Mais en quoi un barman est-il un super héros ? Quels sont ses super pouvoirs ?

Aha, vous ne croyiez quand même pas que j’allais vous raconter tout le livre ? Vous n’avez qu’à l’acheter et aller le lire sur le coin d’une table, au fond d’un vieux café, « où on a tous laissé un souvenir… »

Attention, vous êtes surveillé. Mais même les super-héros ont leurs faiblesses… Surtout lorsqu’ils quittent leur job.

« La bière est une fille facile, mal dégrossie certes, mais qui vous semble toujours un peu familière. Des fauchés aux richards, tous ne la boivent pas simplement parce qu’elle se pose comme l’évidence, le premier prix, ni parce qu’elle fait peuple. On la sirote seul parce qu’on souhaite le rester, en tout cas dans les grandes lignes, ou à plusieurs pour sceller la familiarité autour d’une bonne roteuse des faubourgs […] Ainsi, quand la bière s’impose en commune maîtresse du tout-venu – retrouvailles viriles, marquage de territoire, petits matins blêmes -, le rouge s’impose à ceux qui jouent les responsables, les adultes ; le blanc, aux amoureux timides, aux adeptes de la noyade guindée, aux transis de peur face à l’interaction. Essayez donc un jour d’écrire sous influence de ces trois divers produits, vous m’en direz des nouvelles. »

Nous ne pouvons pas parler de ce roman sans parler de la préface, de Philippe Jaenada, qui a su traduire mes angoisses face à celle-ci. Il n’aime pas lire les préfaces. On ne lui avait encore jamais demandé d’en écrire une. Il se retrouve là un peu par hasard et fini par adorer ça. Il nous dévoile même comprendre l’intérêt d’une préface. Attention, une bonne préface. Pas de celles qui dévoilent tout le livre… Là, on a toujours l’impression qu’on se fout un peu de notre gueule !

Il lance l’ouvrage avec un ton déjà cynique qui marque le tempo. On ne sait pas trop où on arrive. Un roman absurde ? Un peu fou ? Digne des plus grands génies ? On a toujours l’impression d’aller trop loin, mais les pages s’échappent sous nos doigts et nous perdons le fil de nos pensées pour nous plonger dans le monde du bistrot. Lequel est le plus dingue ? Ca dépend sûrement des gens.

Vous l’aurez compris. Ce roman, qui pourrait être un récit, est un de mes gros coups de coeur. L’habitude de la langue se fait rapidement, l’esprit taquin de l’auteur nous complaît dans son oeuvre. On se sent bien. Parfois angoissé, lorsqu’on apprend, par exemple, que la bière peut être addictive pour qui s’en abreuve. Bref, on passe par plusieurs émotions malgré la distance lointaine qui sépare le lecteur du narrateur. A moins que vous ne soyez barman. Dans ce cas là… Je ne vous regarderez plus pareil, messieurs. Mesdames.

Merci.

Ouvrage disponible aux éditions Rue Fromentin depuis Janvier 2014.


Une terre d’ombre, Ron RASH

« Boyce a raison, y a des choses que les gens ne devraient pas se faire, même à la guerre. Quand j’étais là-bas, j’ai entendu des histoires horribles, de bébés tués à coups de baïonnette, d’un général boche qui avait une baignoire pleine d’yeux. J’ai jamais rien vu de pareil et je pensais que c’était des histoires à dormir debout.Même ce qui m’est arrivé, je me disais que c’était l’affaire d’un petit salaud. Mais maintenant… »

ron rash

 

Hank et Laurel vivent dans une petite ferme décrépite, héritée de leurs parents, dans un vallon qui est dit maudit. Laurel a une tâche de naissance qui la fait passer pour pas moins qu’une sorcière, alors que Hank revient de la guerre privé d’une main.
Ensemble, ils vivent la solitude et les propos malsains des habitants autour. Ils s’isolent de plus en plus, jusqu’à ne plus aller dans la ville. Laurel passe son temps à laver du ligne et l’emmener sécher prés de la rivière où elle trouve un peu de repos alors que Hank travail dur à la ferme dans l’espoir de quelques récoltes.
Le temps semble long et interminable. Pourtant, les jours paraissent beaucoup plus courts lorsqu’entre deux bouts de tissus séchés Laurel entend une douce musique qui la sort de sa torpeur.
Walter. Walter, le musicien prodige de New York est perdu dans ce trou. Il vit de l’eau de la rivière, de quelques pommes et de sa musique depuis que son retour à New York a été compromis à cause de la guerre.

Après cette rencontre forte et pleine de douceur, Laurel va vite se rendre compte que cet inconnu qui ne parle pas mais peut simplement hocher de la tête lui plait. Ensemble, ils vont vivre l’idylle amoureux. Mais tout ne fait que commencer. La guerre n’a pas dit son dernier mot, et leur relation pure se transforme bientôt en un enfer pour le monde qui les entoure.

 

Ron RASH nous expose ici une vision nouvelle de la guerre. Parfois au bord du conte à la Mingarelli, il nous offre un texte plein de tendresse dans un monde noir et épouvantable. Il nous dresse le portrait d’un espoir à travers un homme qui ne sait ni parler ni écrire, ni même lire.

La musique a une place importante. Elle suit le roman tant dans les fêtes alcoolisées que dans les moments intimes.

C’est une écriture agréable qui prend le lecteur et ne le lâche plus, malgré quelques petites longueurs. Le suspens est parfois à son comble, la contemplation prend parfois le dessus, et Ron RASH nous propose un roman pas bien loin du Nature Writing. Un vrai petit plaisir à partager.

Préparez-vous à entrer dans une petite bourgade où le préjugé domine et où la liberté n’est qu’un leurre.

 

Roman disponible aux éditions du Seuil depuis Janvier 2014. Traduit de l’anglais par Isabelle REINHAREZ.


Corps à l’écart, Elisabetta BUCCIARELLI

« Toute la zone avait pris de la valeur : elle possédait désormais son hypermarché issu de la mondialisation, ses ronds-points, ses poubelles en plastiques et ses jardins d’enfants cernés de murs en brique rouge. Iac a emprunté l’avenue qui reliait la route aux immeubles blancs. C’était des parallélépipèdes aux façades presque entièrement décrépies ; sur les balcons s’alignaient, tels des yeux sans pupilles, les paraboles de la nouvelle parole divine. Il a lancé un regard au jardin d’enfants, fermé jusqu’à seize heures pour des raisons qui lui avaient toujours paru obscures. Il a souri malgré lui : aucun jeu du parc n’avait échappé à la rouille, coupante, subversive. Les bans étaient tapissés de guano, aucun ballon, aucun éclat de voix, aucun bambin. Tout ceci avait fait fuir les enfants. »

 

corps à l'ecart

 

Les éditions Asphalte et Elisabetta BUCCIARELLI nous emmène en Italie, et plus particulièrement dans la Lombardie. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit de l’une des régions d’Italie la plus touchée par les trafics de déchets. Un extrait de Ecomafia vous explique tout à la fin du livre. Et c’est à en tomber à la renverse.

C’est donc sur des airs de Radiohead, U2 ou même David BOWIE que nous allons suivre un jeune qui a fuit son confort pour faire le choix de vivre dans une décharge. Accompagné de plusieurs clodos, comme on les appelles, il s’est créé une petite routine. La semaine il récupère les ordures au milieu du bruit, de la puanteur et des bulldozers qu’il va vendre avec son ami sur le marché le Samedi matin.
Au milieu de cette routine bien construite, nous avons aussi un bel aperçu de l’angoisse de vivre au milieu des déchets urbains. Entre la boue, qu’on surnomme La Chose, qui avale tout ce qui a le malheur de la toucher, le propriétaire de la décharge qu’il faut penser à payer pour l’installation, les incendies, la violence et les gitans qui arrivent, la vie est loin d’être tranquille.
Iac a cependant un contact avec l’extérieur. Il y a la belle Silvia qu’il a connu au lycée et qu’il aimerait bien invité. Son frère qui désobéit beaucoup, puis son ami Lira Funesta qui parle trop. Sans oublié les skateurs qui viennent faire une visite de courtoisie et fumer un petit pétard de temps en temps, et le pompier qui semble être attiré par cette vie sans vraiment savoir pourquoi.

 

Vous l’aurez compris, la vie dans la décharge ne ressemble en rien à celle de la vie urbaine. Et pourtant, on ne peut pas faire plus au centre de la ville. Parmi les habitants de la décharge on retrouve des personnalités toutes différentes ; il y a un vieux qui passe son temps à picoler et dormir caché sous une couverture, un Turc qui surveille les alentours et fait les appels à la prière depuis un monticule d’horreurs, et un géant qui vient du Zimbabwé qu’on n’a pas envie d’emmerder.
Ensemble, ils vont tous découvrir des déchets toxiques qui n’auraient jamais dû se trouver là et qui vont bouleverser leur quotidien.

 

« Certains événements importants se passent en un instant. Il y a un avant et un après, qui s’opposent. Une maladie, une perte, une cicatrice. Certains arrivent sans raison, d’autres simplement parce que nous les déclenchons. A l’aide de nos mots, de nos gestes ou de certaines omissions. Quelque chose arrive, malgré nous ou à cause de nous. Et nous sommes déjà après. »

 

Elisabetta BUCCIARELLI semble être de ces auteurs qui savent trouver de la poésie même dans les choses les plus laides. Avec son roman elle dénonce surtout la société contemporaine qui veut tout tout de suite non pas par envie, mais par besoin. Elle dénonce la consommation excessive qui transperce les villes pour être à la mode.
Ce n’est pas simplement un roman italien sur le problème du trafic de déchets en Lombardie mais c’est un roman qui s’adresse à tous. Qui atteint notre orgueil. Qui veut nous faire réfléchir sur notre condition. C’est un roman sur l’individualisme au sein d’une famille, d’une communauté, d’un pays ou d’un monde. C’est un roman qui nous met face à ce que nous devenons, à ce qu’on veut que nous devenions.

On parcourt les pages avec dans le nez l’odeur de la mort, de la pourriture, et avec dans la tête des images violente. Pourtant on n’arrive pas à quitter nos personnages, et lorsque le contraste de leur vie se fait avec celui d’un chirurgien plastique, on prend en pleine face toute l’absurdité du monde et de ce qui nous entoure. Mais dans quel camp sommes-nous, si tant est qu’il y en ait plusieurs ?

 

Vous l’aurez compris, j’ai passé des moments formidables sous la plume de Elisabetta BUCCIARELLI. J’ai réécouté mes vieux classiques avec la playlist qu’elle a proposé à Asphalte, et je ne suis pas sorti indemne de ce roman fort de la rentrée d’hiver.

 

Ouvrage paru aux éditions Asphalte depuis Janvier 2014. Traduit de l’Italien par Sarah GUILMAULT.


Goodbye Berlin, Wolfgang HERRNDORF

« Je relève le bas de mon pantalon et je regarde en dessous. Et là, j’ai exactement une seconde pour m’étonner. Si je voyais ça dans un film, j’aurais sûrement la nausée, je me dis. Et le fait est que je me mets à avoir la nausée, là, dans cette station de police d’autoroute. Et c’est rassurant, aussi, quelque part. L’espace d’un court instant, je vois encore mon reflet dans le lino venir à ma rencontre. Et puis ça fait boum, et je suis parti. »

 

goodbye berlin

 

C’est ainsi que commence l’histoire de Maik. On le retrouve dans un commissariat de police, au bord d’une autoroute, et on n’en sait pas plus. Le roman se poursuit dans un hôpital. Maik va alors nous raconter son aventure qui ne manque pas de piquant.

C’est un jeune adolescent qui n’a pas l’habitude d’être invité aux fêtes d’anniversaires, à qui on ne propose pas d’aller taper dans un ballon le week-end; il est de ceux qui sont qualifiés de bizarre et de solitaire. Secrètement amoureux de la bombe du lycée, Tatiana, il n’ose pas l’aborder et ne manque pas de se ridiculiser dés qu’il la croise.

Vous l’aurez compris, Maik n’a rien d’un héros ordinaire, mais plutôt d’un jeune en pleine crise que personne ne comprend. Seulement l’arrivée de Tschick, un jeune Russe juif, va bouleverser son quotidien. Tschick se voit attribué quasiment les mêmes adjectifs que le jeune Maik. Maik lui-même a du mal à l’accepter, jusqu’à ce qu’il s’impose.

Ensemble, ils vont alors partir dans une Lada volée au gré du vent. Tout droit jusqu’en Valachie. Et la route ne sera pas sans embûche, rencontres, et révélations… Mais que cachent réellement ces jeunes adolescents ? Les blessures peuvent remonter loin. Très loin.

 

Wolfgang HERRNDORF propose une lecture plaisir dans une ambiance qui noircie tout au long du roman. Une écriture qui reflète un langage parlé, qui pourrait être un journal, met le lecteur à une certaine distance… Ou au contraire le rapproche des personnages. Des petites rencontres tout au long du parcours permettent au lecteur de souffler un peu dans cette trépidante aventure.

Au delà du simple road-trip on trouve une critique sociale du point de vue de deux gosses allemands, ce qui est très intéressant tant pour les jeunes lecteurs que pour les adultes, car on y trouve un humour assez grinçant dans des sujets sensibles comme le nazisme. Derrière une certaine légèreté, on y trouve évidement une grande souffrance.

 

C’est parti, on allume ses feux, on brave les dangers et l’autorité, on roule à 150 à l’heure, on en rajoute un peu pour frimer, et l’aventure peu commencer !

 

Ouvrage disponible aux éditions Thierry Magnier depuis Mai 2012. Traduit de l’allemand par Isabelle ENDERLEIN.