Archives mensuelles : octobre 2013

Le vieil homme et la perle, Florence NOIVILLE et Philippe DUMAS

« Il n’était pas riche, Lucien, pas riche du tout. Sa maison était comme un mouchoir de poche. Et il aimait en sortir pour aller à Mouff’ acheter trois oranges et deux poireaux, ou voir s’il n’y avait pas un chou-fleur ou une salade encore bonne à récupérer dans un cageot.

Mais sa destination favorite, c’était la place, SA place. »

perle

Si vous êtes comme moi et que vous raffolez des contes de Noël, vous allez être servi. Le grand jour arrive doucement, et oui, on commence déjà à y penser en librairie ! et les éditeurs nous offrent de petites perles…

Ici nous retrouvons ce bon vieux Lucien. Nom qui déjà pèse son poids de nostalgie et de tendresse, qu’on retrouve dans plusieurs chansons comme un homme pauvre, ou un pauvre homme, et qui met la larme à l’œil à ceux qui essaient de le comprendre.

Ici, l’histoire est basée sur une histoire réelle rapportée dans Le Parisien par Caroline GIRARDON en 2009.

Lucien est seul. Affreusement seul. Depuis qu’il a perdu sa voix, la scène l’a quitté. Sa femme l’a quitté. Ses enfants sont maintenant loin. Et il erre, de banc en banc dans les rues de Paris. Il se ballade entre le Panthéon et l’Eglise Ste Geneviève dans le quartier Latin. Il connait la rue Mouffetard comme personne et il n’a pour seul compagnie que cet être qui parait invisible aux yeux de tous. Il l’appelle La Voix. Cet homme lui ressemble étrangement mais dans une version plus grave, plus abîmée par la vie, plus ridée par le temps.

Cet homme bouleverse sa vie depuis quelques temps en empêchant ce brave Lucien d’aller voir Madeleine; une femme pour qui il craque littéralement depuis qu’il l’a croisé. Une femme dont la voix n’est pas soprano mais douce, une femme dont les robes sont toujours impeccablement portées, une femme qui fait vibrer sa poitrine, du côté gauche, contre son cœur.

La neige tombe, les étoiles scintillent. Nous sommes le 24 Décembre, et comme tout le monde le sait, le 24 Décembre… Tout est possible.

Un conte magnifiquement lu par Frédéric Van Den Driessche, tendrement illustré par Philippe Dumas, justement mit en musique par Louis Dounoyer de Segonzac et délicatement mis en page par Florence Noiville.

Les éditions Gallimard vous propose un conte tout en douceur, où la neige n’est pas si fraîche et où la richesse vient du cœur. Un conte de Noël qui ne laissera pas de marbre les plus sensibles, qui ne manquera pas de vous rappeler le pauvre employé du Chant de Noël de Dickens.

N’oubliez pas, à Noël la tradition veut qu’on mette une assiette de plus à table. On ne sait jamais qui pourrait frapper à la porte… Et je doute qu’il soit aux couleurs de la marque de soda.

Découvrez sans plus attendre le tendre conte de Florence Noiville qui se passe au cœur de Paris qui prend ici une dimension tout à fait différente de celle de notre imaginaire.

Ouvrage disponible aux éditions Gallimard jeunesse (musique) depuis Octobre 2013.

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Zoom sur… La collection En voiture Simone, éditions Thierry Magnier

Les éditions Thierry Magnier frappent fort une fois encore ! Voilà qu’elles proposent à nos jeunes de 9-12 ans une petite collection de livres drôles, attachants et loufoques pour développer leur imaginaire et leur sens du second degré.

Un petit collection qui fera parler d’elle à long termes et qui a démarrer avec deux ouvrages de Katarina MAZETTI (les cousins Karlsson).

La collection continue sur sa lancée et le succès se fait de plus en plus présent ! Je vais ici vous présenter les deux autres ouvrages actuellement à leur catalogue ! Accrochez-vous, ça secoue !

Le jour des poules, Florence THINARD

« C’est assez drôle, une poule qui court. On dirait une grosse dame qui lève ses jupes pour mieux galoper et fonce à toute berzingue en tortillant du croupion. »

poules

Maryse est mère de famille et femme d’un homme un poil cynique. C’est le premier jour des vacances, et alors que tout le monde se prélasse sur le canapé en ayant comme projet de ne rien faire, voilà que Maryse trouve une idée absolument fantastique dans un journal !

Elle va élever des poules !!!

Oui, oui, vous avez bien lu ! Sur un coup de tête, parce qu’elle en a marre de bouffer de la merde et d’imaginer de pauvres poules maltraitées, elle décide d’en élever elle-même et ainsi offrir à sa famille une nourriture saine !

Évidement, élever des poules n’est pas donner à tout le monde. Et il ne suffit pas d’en avoir pour qu’elles pondent.

Tiens, d’ailleurs, d’après vous, faut-il obligatoirement un coq pour qu’une poule ponde un œuf comestible ?

Retrouvez une aventure délirante qui mêle habilement comédie et burlesque pour le plus grand plaisir de notre moment de lecture. Une détente intelligente qui propose aux enfants comme aux adultes une petite leçon de nature… Qui ne se veut pas moraliste du tout !

Un roman fin, tourné de manière dérisoire, qui permet une certaine distance malgré la réalité forte de cette dénonciation. Une prise de conscience par l’humour et l’amour de la poésie.

Un roman à mettre entre toutes les mains, qu’elles soient parisiennes ou Creusoises.

Pour conclure, je vous dispenserai, tout comme Florence THINARD, de la question qui rend fou : Qui de la poule ou de l’œuf est arrivé en premier ?

Ouvrage disponible aux éditions Thierry Magnier dans la collection En voiture Simone ! depuis Septembre 2013.

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Le bus 666, Colin THIBERT

 » – Mais où on est ?

Le chauffeur a sursauté. Moi aussi en découvrant que ce n’était pas le papy bedonnant qui conduit généralement le « 66 », mais un type coiffé d’un bonnet rasta, avec des lunettes miroir larges comme des assiettes à dessert, et d’énormes écouteurs sur les oreilles. »

bus

Frémis, lecteur, car te voilà prêt à entrer dans un roman terrifiant ! Si tu ouvres ce livre, tu vas te retrouver face à des sorcières, des monstres, des vampires, des zombies, et même des fantômes et des vieilles mamies qui offrent des bonbons magiques.

Non non, rien de malsain. Juste un monde parallèle où règne le grand, l’imbattable, le gigantesque… Lucifer. Et voilà notre petite Chloé, jeune fille qui ne demandait ce jour là qu’à aller à l’école, comme tous les jours, embrigadée dans ce monde qui pue la mort.

Chloé est une fille tout à fait ordinaire. Elle a des petites lunettes sur le bout du nez pour y voir correctement mais s’amuse à les enlever pour voir la beauté du monde… Lorsqu’il est flou. Elle fait attention à son style malgré tout et est plutôt timide et introvertie. Tous les matins elle prend le bus 66 en direction du collège. Le bus du bonheur, quoi. Le bus où on côtoie ceux qui puent, ceux qui râlent et ceux qui dorment. Chloé, elle, préfère faire abstraction de ce qui se passe autour. Et ce matin là, ce qui se passe autour d’elle est pourtant bien différent de d’habitude… Le bus prend son envol et est constitué exclusivement de créatures qu’on ne trouve que dans la littérature. Et un peu dans le cinéma, aussi. Quand il adapte les livres !

Notre Chloé se retrouve alors en enfer où elle devra se battre contre les monstres les plus virulents ou les plus fourbes. Un monde qui la fera grandir, qui sera une quête. Un monde où le temps n’est plus le même et où la jeune fille n’a de cesse de s’inquiéter du retard de son retour à la maison. Ses parents doivent être atrocement inquiets…

Un petit roman qui donnera aux plus réfractaires le goût de la lecture. Un roman qui s’avale sans faim, qui se lit sans forcer, qui se prend et ne se lâche plus. On a l’impression de planer au dessus du monde des contes avec comme chauffeur de bus le camé un peu fou des Simpson. On passe sans transition d’une franche rigolade à un sentiment de culpabilité et d’empathie.

C’est, en fait, un roman tout à fait réussi qui sait allier à l’émotion la qualité d’écriture et la qualité scénaristique.

La magnifique couverture rappelle tout à fait le sentiment du lecteur à la fermeture de cet ouvrage. Entre goût acidulé et sens estropiés on se retrouve dans une position inconfortable dans laquelle on se complaît pourtant.

A vous de tenter l’expérience !

Disponible aux éditions Thierry Magnier dans l’excellente collection En voiture Simone ! depuis Septembre 2013.


Zoom sur… La collection Court-Métrage, éditions Oskar

Découvrez ici une collection pour ados qui s’épanouie chez Oskar.

Court-Métrage, ce sont de petits romans d’une quarantaine de pages sur des sujets qui font l’actualité ou qui sont très fort dans l’émotion. Ce sont des petits textes coups de poings qui marquent les esprits et ne manquent pas de porter à la réflexion.

Pour vous présenter cette collection je vais vous parler de quelques publications, et on commence tout de suite avec…

 

Mariez-vous, Alain GERMAIN

 

mariez-vous

Mariez-vous est un texte épistolaire. Un enfant écrit à son père pour lui parler de son homosexualité. Trop longtemps que les choses sont cachées, que les choses ne sont pas dites. Il est temps de faire le point. Pas par texto, ni par mail, mais bien par la tendresse de l’écriture. Ce geste à la fois intime et profond qui a une réelle signification. A commencer par la durée dans le temps. Le papier ne s’efface pas, il ne s’évapore pas. Au pire brûle-t-il, mais ce sera en tout état de conscience.

L’auteur nous invite donc dans l’intimité d’un enfant de seize ans très amoureux, qui parle à son père et à son ami avec une tendresse incroyable.

Avec une écriture qui ne tombe pas dans le mélodramatique et qui fait abstraction du pathos, l’auteur nous propose une immersion dans une de ces familles qui ont été pointées du doigt il y a encore peu parce qu’ils demandaient l’égalité face à leurs droits.

De plus, l’intelligente idée de mettre en fin de livre tout l’article sur les droits homosexuels ajoute de la consistance au livre et donne à l’auteur un sérieux certain.

 

Les Paul-Cézanne du 9-3, Rolande CAUSSE

 

paul cezanne

Un jeune de banlieue nous écrit son expérience très personnelle qui a duré le temps d’un été. Il s’est retrouvé face à la méditerranée, dans un camp absolument génial pour un entraînement intensif de foot.

Un jour, alors que la pluie tombait à sceau, il s’est réfugié avec ses amis chez un habitant; René Blachet. Le vieil homme leur parlait de la guerre passée, mais aussi de peinture et notamment de Paul Cézanne, éveillant la curiosité des jeunes. Le vieux René avait chez lui un original de Cézanne qu’il a décidé de leur montrer.

Le camp bat son plein entre sorties nocturnes pour aller voir les filles de la banlieue voisine et mystères que propose René Blachet. Les monos ne sont pas au bout de leurs peines. Arriveront-ils d’ailleurs à survivre à ce camp ?

Une écriture poignante qui penche plus du côté artistique de Paul Cézanne que du côté parlé de la banlieue et du sport. Il n’y a rien de choquant dans l’envie de ces jeunes à découvrir le monde qu’ils ne connaissent pas. Ce livre montre parfaitement que lorsqu’on sait raconter une histoire ou s’y intéresser, on peut intéresser n’importe qui. Cela traduit bien l’effet du « j’aime pas lire » qui vient souvent du fait de ne pas être tombé sur le bon livre. Il suffit d’une phrase pour changer un homme, et si celle-ci était « Aimez-vous la peinture ? » ?

 

Depuis qu’on a déménagé, Ingrid THOBOIS

 

depuis qu'on a demenager

Une jeune fille ne reconnait plus ses parents, en particulier sa mère, depuis leur déménagement. On va très vite apprendre les raisons de ce départ.

La relations entre les parents va se dégrader doucement, la mère va s’enfermer dans une bulle nostalgique et mélancolique dont il sera difficile de l’extraire.

Le père sera perdu, ne saura plus que faire ni que dire. La jeune fille ne comprend pas ce qui se passe et en veut terriblement à sa sœur. Celle qui est morte.

On entre alors dans les pires pensées humaines qu’il soit possible d’imaginer. Parfois si proche de la réalité, et pourtant si loin des pensées réelles. Jusqu’où peut mener la peine ? Jusqu’à quel point pouvons-nous nous extraire de la réalité pour ne plus penser ?

Retrouvez ici l’errance solitaire d’une jeune fille d’une dizaine d’année qui, malgré tout ce qui lui arrive, souhaite garder son optimisme initial.

 

Fukushima (mon père n’est pas un héros), Christophe LEON

 

fukush

Un jeune garçon de quatorze ans écrit au président de la TEPCO, la compagnie qui gérait la centrale nucléaire de Fukushima où travaillait son père, un an après la catastrophe du 11 Mars 2011.

Avec un poignant récit l’auteur nous propose un conte philosophique qui ne veut ni écologique ni moraliste. Il n’y a aucun réel jugement porté sur le thème de la centrale nucléaire. Il s’agit simplement d’un constat d’un enfant dont la peur panique de perdre son perdre pendant quelques semaines.

La TEPCO disait aux travailleurs qu’ils étaient des héros qui sauvaient le monde. Mais jusqu’où devons-nous être héros ? Et un héros a-t-il le droit d’avoir une famille ?

Un roman qui ne manquera pas de vous toucher en plein cœur, de vous faire vous rendre compte que la vie ne tient parfois qu’à un fil et qu’il ne tient qu’à nous de le couper, ou au contraire, de le renforcer. Jusqu’où iriez-vous pour votre pays ?


Zoom sur la collection Mouche de l’Ecole des loisirs

Allez, ce soir je me fais une petite session Mouche !

 

Alors qu’est-ce que la collection Mouche ? Et bien c’est simple, c’est la collection pour les petits qui aiment déjà lire tout seul ! C’est vendu comme de la première lecture, avec des textes à la fois simples et profonds, parfois drôles comme vous allez pouvoir le constater, et illustrés.

Evidemment, les auteurs sont souvent présents dans les autres collections de la même édition, pour les plus grand, voir pour certains dans les albums. On retrouve donc toujours une patte familière très agréable et l’enfant peut grandir avec son auteur comme il grandirait avec son héros !

N’est-ce pas merveilleux ?

 

J’ai choisi pour cette présentation trois petits livres par leur taille mais grand par leur contenu. Mon choix s’est porté sur des auteurs piliers de la maison d’édition, pas forcément des ouvrages récent, voir même plutôt des classiques.

 

 

Celle que j’aime, Audren (illustrations de Stéphanie Blake)

 

audren

 

Paul est fou amoureux de Lison. Il se voit déjà remplacé ses parents avec elle dans la boucherie quand ils prendront leur retraite. Autant dire que son avenir est tout tracé, et il sera avec Lison ou il ne sera pas ! Lison qui dessine si bien, qui est si belle. Lison qui lui correspond si parfaitement, qui est si loin de toutes les greluches qui comptent les kiss dans la cour de récré…

Seulement voilà, aujourd’hui c’est lundi, c’est l’heure de la cantine et Lison ne prend pas de saucisses… Lison est végétarienne !

Paul n’en revient pas, il se sent trahi. Tous ses rêves se brisent en un instant. L’amour sera-t-il plus fort que cette différence si importante pour le jeune garçon ?

C’est ici un roman d’une infinie tendresse mais aussi d’une dureté implacable. Audren sait allier de façon constructive l’imaginaire d’un petit garçon sur des émotions tout à fait personnelles. Tout un petit monde que chacun a pu se créer un jour, tout cet amour qu’on a pu partager étant enfant, toute cette innocence face au monde nous est projeté en pleine gueule. Et c’est un réel plaisir que de l’accueillir et lui redonner une place, même d’un court instant, dans une vie qui va a cent à l’heure.

Ce petit roman est une pause, une nostalgie d’une complexité rare pour expliquer le sentiment universel qu’est l’amour.

 

Le Petit Chaperon Vert, Grégoire Solotareff (illustrations de Nadja)

 

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On connait tous le Petit Chaperon Rouge! Même les enfants, non ? Et bien figurez-vous que le Petit Chaperon Vert connait un véritable secret sur sa rivale !

Oui, oui, oui, je ne vous mens pas ! Allez, je vous le dit, le Petit Chaperon Rouge est une vraie peste !

Comment ça vous ne me croyez pas ? Et bien, lisez ce petit livre et découvrez la vraie nature de l’héroïne des enfants qui ne fait aucune différence entre sa mère-grand et le loup !

Découvrez aussi l’envers de l’histoire. Le loup semble bien pressé, il court à toute allure. Mais pourquoi diable va-t-il si vite ?

Heureusement que notre Chaperon Vert est habillée en vert ! Au moins on ne la voit pas dans cette herbe verte qui peuple cette forêt verte ! Ca fait froid dans le dos !

 

Un petit roman accessible dés le plus jeune âge. Un pastiche du Petit Chaperon Rouge, une deuxième lecture, un vrai petit bonheur de comparaison et d’analyse. On entre dans la vie de ce Petit Chaperon Vert avec une facilité incroyable !

J’ai toujours un peu peur des contes détournés et les commences souvent avec un a priori négatif. Mais quand on se mesure aux maîtres de la famille Solotareff, difficile de résister !

Petit roman à la grande morale finale à lire en profondeur. Une double compréhension est possible, ce qui amusera autant le parent que l’enfant !

Allez, riez, la vie n’est qu’une comédie !

 

Le hollandais sans peine, Marie-Aude Murail (illustrations de Michel Gay)

 

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Jean-Charles a un père excessif. Il est très jeune et déjà il doit fournir un travail de titan ! Entre le cahier de vacances et l’apprentissage d’une langue, son été s’annonce difficile ! Heureusement, en vacances en Allemagne, il rencontre Niclausse, un petit hollandais ! Pour le bain de langue, ce sera plus simple. Mais pour cela il faut qu’il accepte de se faire ami avec lui, et c’est pas gagné ! Mais avec un bon ballon de foot, tout est plus simple !

Les voilà donc ensemble à jouer. Mais la frontière linguistique est bien présente. Niclausse a envie d’apprendre le Français et d’apprendre à Jean-Charles sa langue. Des exercices de phonétique sont alors mis en place, des mots tout à fait passionnants écrit dans un cahier et les vacances commencent ! Avec tous ces progrès, Jean-Charles est dispensé de cahier de vacances, et, cerise sur le gâteau, il va passer pour un véritable héros !

Les vacances ne sont finalement pas si mal que ça !

 

C’est un roman plein d’humour et de malice enfantine qu’on retrouve ici. Marie-Aude Murail peint a merveille une vie menée par bien des enfants assoiffés d’imagination, d’un monde un peu plus fantaisiste et de vraies acances de détente !

Qu’il est bon de pouvoir s’amuser et se détendre sur la plage ! Qu’il est bon de prendre un bon bain de langue, un bon bain de mer et un bon bain de sable !

Pas étonnant avec tout ça que les enfants soient si bons en langues étrangères… !

Un roman pour se détendre, rire, et accompagné d’illustrations  plutôt classiques et nostalgiques. Un vrai bain de vacances !

 


La chèvre de M. Seguin, récité par Jacques BONNAFFE

« Il y a quelques années, jeune compositeur et tout nouvel enseignant auprès des enfants, j’ai redécouvert l’un des plus beaux contes d’Alphonse Daudet : La chèvre de M. Seguin. »

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Aujourd’hui, ce fut à mon tour de le redécouvrir avec Jacques BONNAFFE. Fidèle au texte qui l’a tant touché, il nous propose une lecture donnant vie aux personnages. Sa voix chaude et envoûtante transporte celui qui l’écoute dans le conte d’Alphonse DAUDET. Une large place est laissée à la musique, qui est la plus grande des voix et meilleure illustratrice du conte. Il suffit de fermer les yeux et de se laisser entraîner dans les flots de violons, de flûtes ou de basses. Un tourbillon qui envoûte littéralement jusqu’au frisson sur la peau.

Tout est réfléchis, le ton y est. Chaque personnage se voit attribué une famille d’instrument suivant son caractère. C’est ainsi qu’on en vient à donner à Blanquette, la chèvre, les bois pour sa bravoure. Le bon M. Seguin qui fait de son mieux pour satisfaire Blanquette se voit attribué les cordes qui oscillent entre mélancolie et tendresse et le loup aux crocs aiguisés a droit aux cuivres, féroces et froids.

Plus loin que de simples symboles, les instruments ont aussi et surtout pour but de rendre ces personnages attachants, de les reconnaître dans un souffle, de les différencier. Le tout est fait d’un pèle-mêle musical allant de la symphonie à la musique de chambre avec quelques influences jazz.

Le conte d’Alphonse DAUDET évolue en des parties si distinctes que Jacques BONNAFFE nous confie l’avoir tranché en quatre parties pour ses musiciens et auditeurs. Quatre parties distinctes qui permettent de découper et étudier le texte à travers une écoute ludique et agréable, et des illustrations d’Eric BATTUT tout aussi significatives. Le code couleur ayant son importance tant dans la musicalité écrite qu’orale ou instrumentale, l’illustrateur a su s’emparer de la compréhension collective pour créer, suivant la musique et le texte, des nuances de rouges, oranges pour des moments haletants, ou bleus et verts pour des moments plus calme.

Un petit rappel de l’histoire d’Alphonse DAUDET :

M. Seguin voit ses six chèvres s’enfuir de leur enclos les unes après les autres. Elles semblent s’ennuyer terriblement. Il décide cependant d’en acheter une septième, plus jeune, pour l’habituer à la vie à la maison. Mais lorsqu’elle grandira, celle-ci aussi rêvera de dévaler les montagnes en courant, de brouter l’herbe sauvage et de sentir la liberté l’envahir. Seulement elle sait que le loup n’est jamais bien loin…

Quittera-t-elle son nid douillet pour la liberté ? Elle qui n’en peut plus d’être attaché à un poteau toute la journée et rêve d’évasion, sera-t-elle capable d’affronter le loup ? Se verra-t-elle subir le même sort que ses cousines éloignées ?

« – Comme on doit être bien là-haut !

Quel plaisir de gambader dans la bruyère, sans cette maudite longe qui vous écorche le cou !… 

C’est bon pour l’âne ou le bœuf de brouter dans un clos !… »

Si vous ne lisez pas le texte, au moins écoutez et faites écouter ce bel hommage de la part du conteur compositeur Jacques BONNAFFE.

Livre-CD disponible aux éditions Didier jeunesse depuis Mars 2008.


L’odyssée d’Outis, Jean LECOINTRE

« Insensible à ses charmes, Outis ne pense, lui, qu’à rejoindre au plus vite la gare de Lyon. Il implore alors les dieux pour que la nymphe le laisse partir. »

outis

Redécouvrez la mythologie Grecque dans un conte très contemporain !

Toutes les grandes figures y sont, Héraclès, le Cyclope, le Centaure, le Styx, Cerbère, Hadès… Et j’en passe, et des meilleurs ! Ensemble, ils sont prêt à tout pour faire perdurer la terrible réputation de retardataire d’Outis.

Outis est cet homme ordinaire qui n’a pas de visage, qui vit le visage caché et qu’on ne saurait reconnaître. Il porte un casque qu’il n’a pas pris le temps d’enlever alors que son aventure rocambolesque a commencé.

Mais quand a-t-elle commencé ? Et bien juste après un coup de fil de sa femme, évidement. Elle et son fils arrivent en Gare de Lyon. Et aujourd’hui, ils aimeraient ne pas l’attendre trop longtemps sur le quai… Alors tout est fait pour qu’il soit à l’heure ! On le prévient, on lui remonte les bretelles et sa moto fonctionne ! Seulement le pauvre Outis qui part même un peu en avance ne s’attendait pas à ce que les Dieux se déchaînent contre lui.

Sera t-il à l’heure à son rendez-vous ?

« Bien décidé à mettre fin à sa réputation d’éternel retardataire et afin d’éviter tout contretemps, Outis a préparé minutieusement son itinéraire. Le cœur léger, il part très en avance pour la gare […] Mais son insouciance est de courte durée. »

Redécouvrez donc en plein cœur d’un Paris moderne la vie trépidante des héros Grecs. Ne vous fiez à personne, ne vous arrêtez pas.

Avec un texte qui ne laisse place à aucun répit, l’auteur nous entraîne dans cette folle aventure qui prête à rire, à sourire, parfois même à se retrouver à tourner les pages de manière totalement hystérique. Une aventure courte mais  efficace, accompagnée d’illustrations aux collages et aux montages dignes des grands livre d’art contemporains où on retrouve un Outis tantôt grand tantôt petit face à des monstrueux Dieux qui représentent volontiers les peurs enfantines et certains monstres cachés dans les placards. Du chien à trois têtes au squelette à faire pâlir nous nous retrouvons face à des angoisses toujours plus touchantes, toujours plus fortes. Et cette même pensée, cette même peur qui dirige l’album comme le fil d’Ariane : « il faut être à l’heure ».

L’espace-temps sort totalement de notre esprit, l’auteur réussit à nous perdre dans nos propres pensées et à nous faire intégrer un monde proposant une expérience très personnelle suivant notre personnalité. Cette expérience est la votre. Êtes vous prêt à regarder le Cyclope dans l’œil ? A ne pas frémir devant l’imposant Minotaure bien grassouillet qu’on rencontre dans un hypermarché ? Êtes vous prêt pour un super barbecue qui ressemble à la scène du chapelier fou ?

Serez-vous assez fort face au chant des sirène ? Poséidon prendra-t-il pitié de vous ? Résisterez-vous au charme des déesses ?

Embarquez pour une aventure sans pareils. Vous pouvez emmenez avec vous vos enfants, même les plus jeunes, qui rêvent d’aventures avant même de sommeiller.

« Dans le hall d’entrée, Outis est confronté au sphinx qui lui ronronne : << Si tu désires aller plus loin et retrouver les tiens, apporte-moi un poulet rôti>> « .

Ouvrage disponible aux éditions Thierry Magnier depuis Octobre 2013.


La ballade des bigorneaux, Nicole CLAVELOUX

 » – Il fait beau… Si on allait faire un tour jusqu’au gros rocher ?

– NAN !

– Avec moi ?

– NAN ! »

9782844070197FS

Ah et bien ça faisait longtemps que je n’avais pas lu quelque chose d’aussi drôle, poétique, dénonciateur et absurde à la fois en si peu de pages !

Retrouvez ici une petite B.D. d’une case par page qui propose la vie tumultueuse de deux bigorneaux. Il y en a un, qu’on imagine être le mâle, qui veut tout le temps aller se promener jusqu’au gros rocher alors que l’autre ne sort quasiment jamais la tête de la coquille, sauf lorsqu’elle a peur, a besoin de quelque chose, ou est vexée.

Evidement, c’est là l’image parfaite du gros lourd qui essaie de draguer sur la plage une pauvre jeune fille sans défense qui en a simplement marre ! Mais au delà de ce simple constat, ce pourrait aussi une réelle scène de couple qui allie mauvaise foi, chantage, rancune et désespoir.

Mais attention ! Il pourrait bien exister encore une autre lecture qui vise à mettre quelqu’un de mal dans sa peau face à sa condition. Un agoraphobe obligé de sortir, un dépressif obligé de faire des efforts… Même s’il nous montre que nul n’est obligé de quoi que ce soit. Parfois même les rôles masculin/féminin semblent s’inverser et on passe alors d’un mélodrame a une réelle question féministe et de la place de la femme dans la société machiste.

Le tout avec en toile de fond la mer et ses vagues qui changent d’une page à l’autre. Une tempête pourrait bien se lever. Une scène de vie, le temps passe, et c’est fini.

« Allô ! Bonjour ! Je ne te dérange pas ? J’ai été un petit peu désagréable, tout à l’heure… Je m’excuse, hein ? Tu vas bien ? Tout va bien chez toi, ça va ?

Moi ça va pas : la nuit tombe, j’ai peur, c’est tout noir ! Je t’appelle toi, parce que les autres, y sont pas libr… Heu, pas aussi gentils que toi… tu me tiendras la main ? »

Vous vous imaginez ? Tant de lectures avec un seul livre. Et encore, je ne pense pas avoir tout vu ! Chacun peut y trouver midi à sa porte, ça peut même être une première piste si vous avez l’habitude de consulter un Freudien. Faites attention et n’en parlez pas à n’importe qui ! Ce livre va vous faire rire, mais il va aussi vous déranger et vous faire vous remettre en question. C’est donc un grand livre, non ?!

Ouvrage (disponible) aux éditions Être depuis Mai 2001.