Le playboy, Chester BROWN

« Elle est noire ! La playmate est noire ! 

[…]

Je suis contrarié de ne pas avoir regardé la couleur de la playmate avant de dépenser mon argent. J’en arrive alors à m’accuser de racisme, et je me dégoûte d’autant plus. »

9782360810574FS

Quand on est auteur, on peut tout se permettre. Même de revivre un moment passé à l’instant présent. Surtout quand on est auteur de B.D., j’imagine, et que l’illustration nous aide à nous réorienter dans un passé parfois lointain.

Ici Chester BROWN décide de nous raconter la période adolescente de sa vie, ou adulescente comme disent les psychologues d’aujourd’hui, et pour cela il devient un petit personnage avec des ailes, un petit ange, ou un petit diable, qu’on imagine souvent à côté de notre tête pour peser le bien et le mal sur la balance de la justice.

Bref, il est là, et il choisit de nous raconter sa vie d’enfant obligé à aller à la messe le Dimanche matin. Seulement ce Dimanche qu’il choisit n’est pas comme les autres ! Ce Dimanche là, Chester BROWN n’a qu’une idée en tête : aller acheter ce superbe magazine avec une nana à poil sur la couverture. Il est tombé fou d’elle. Il ne vit plus que pour elle. C’est le début d’une dépendance sexuelle et d’une pulsion d’achat qui ne le quitteront plus.

Dés que le Playboy est dans le kioske, il va se l’acheter, au début en se cachant, puis doucement en assumant.

Il le feuillette, il se masturbe, il se dégoûte, culpabilise, décide de s’en débarrasser et va le cacher sous une planche.

Le lendemain il retourne le chercher l’instant d’un petit plaisir solitaire. Mais l’amour peut-il aller au-delà du plaisir solitaire ?

« Je me dis que la meilleure façon de dissimuler quelque chose est de ne pas chercher à le cacher… …et je ne cache pas le magazine sous ma chemise. »

C’est ici une B.D. pleine d’intimité qui nous est dévoilée. Cependant cette intimité est partagée par des millions d’hommes, et pour tous de la même façon. Une porte fermée à clé, une poigne sévère sur son engin quelques minutes et une culpabilité sans précédent qui en découle.

Mais Chester BROWN sait trouver les mots pour rendre les choses belles et intelligentes. Il sait manipuler les mots et les illustrations de façon à faire d’une simple pensée obsédante quelque chose de tout à fait honorable.

« Avec ma copine suivante, je me suis rendu compte que pour maintenir mon érection je devais imaginer que je couchais avec une de mes playmates préférées. »

Sans oublier l’intelligence d’une partie « notes » à la fin de la B.D. pour préciser certains points du livre, mais aussi pour nous parler de façon plus historique, philosophique, sociologique mais aussi humaine du magazine qui a travailler ses jours et ses nuits. Donc pour les plus réticents, vous pourrez toujours dire que vous avez fait cet achat pour le côté historique de la chose… Et passer du coup inaperçu, même en plein milieu d’un repas de famille !

« Cela faisait quelque temps déjà que les nouvelles playmates ne m’intéressaient plus, mais apparemment, celles des anciens numéros m’attiraient toujours. 

(la scène se passe dans une librairie d’occasion dans la ville de Montréal)

– Vous êtes collectionneur ?

– Euh, ben, euh, je sais pas… je, euh, les aime bien. »

Alors que dire pour conclure ?

Merci internet et ta liberté sexuelle ! ? !

Ouvrage disponible aux éditions Cornélius depuis Septembre 2013 pour cette nouvelle édition. La B.D. était précédemment disponible aux éditions des 400 coups (depuis 2001).

Publicités

À propos de Antoine

Libraire dans l’Isère. Voir tous les articles par Antoine

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :