Archives mensuelles : septembre 2013

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill, J. REGNAUD et E. BRAVO

« Mon frère et moi, on n’aime pas les endives, ni les brocolis, ni les choux de Bruxelles mais on en mange quad même car on aime beaucoup Yvette. Yvette, on l’aime comme si c’était notre maman. »

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Jean rentre cette année chez les grands ! Et cette transition s’annonce mouvementée ! L’entrée au C.P. c’est un gros bouleversement. On est prêt à entendre certaines verités, on commence à perdre nos illusions de gosses…

Jean et son frère Paul vivent avec leur père et leur gouvernante, Yvette. Leurs mère est partie en voyage il y a déjà longtemps et ils n’en ont plus grand souvenir mais ne cessent de l’attendre. Jean arrive dans une nouvelle école et va devoir se faire de nouveaux amis ! Il en rencontrera un, qui viendra s’ajouter à la liste de sa voisine, âgée de deux ans de plus que lui, pour s’amuser un peu entre deux devoirs.

Outre cette attente omniprésente dans cette B.D., l’auteur nous propose une lecture du point de vue du jeune homme, avec ses naïvetés, ses incompréhensions et tout ce que lui cachent les adultes. La cruauté du fossé creusé entre le monde du soucis et celui de l’insouciance. Le gouffre dans lequel on tombe en passant de l’un à l’autre avec parfois une simple nouvelle sur le père noël, ou sur sa mère.

Jean se pose beaucoup de questions, sa mère lui manque terriblement et sa voisine, qui fait office d’amie quand elle n’est pas avec des copines, lui lit des lettres qu’elle reçoit, soit disant de la part de la mère de Jean. Facile, il ne sait pas lire, il peut gober n’importe quoi !

La B.D. se découpe en différentes parties par les désillusions du jeune garçon alors que son frère plus jeune d’un an est toujours dans l’insouciance.

La place de la lecture, du vocabulaire et des mots a son importance et semble être primordiales pour l’auteur. Si on ne sait pas lire, on est obligé de se fier aux autres, et nous sommes alors crédules. Savoir lire c’est entrer dans un monde, à nos risques et périls. Et on ne s’en rend pas toujours tout à fait compte.

 

Une petite B.D. toute douce pour parler de choses graves et simples à la fois. Un petit bijou à lire, à relire, et à faire lire !

 

« Le soir dans mon lit, je me dis que maman, c’est comme le Père Noël…

… Maintenant je suis trop grand pour y croire… »

Ouvrage disponible aux éditions Gallimard depuis Juin 2007.


Gros plan sur la collection L’heure des histoire, éditions Gallimard

Qu’est-ce que L’heure des histoires ?

« L’heure des histoires, de beaux petits albums à partager, de grands moments à vivre ensemble. 
Au moment de l’heure des histoires, tandis que l’un regarde les images et l’autre lit le texte, une relation s’enrichit, une personnalité se construit, naturellement, durablement.
La lecture partagée est une expérience irremplaçable, un vrai point de rencontre. Parce qu’elle développe chez nos enfants la capacité à être attentif, à écouter, à regarder, à s’exprimer. Elle élargit leur horizon et accroît leur chance de devenir de bons lecteurs. »

nous dit le site Gallimard.

Et maintenant, je vais vous fournir quelques petits exemples plutôt sympatoche de ce que vous pouvez trouver sans difficulté dans cette belle collection au dos orange fluo !

 

Aux fous les pompiers ! PEF

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Ce petit album a ce qu’il faut d’énergie. Il est drôle, cynique, et complètement contraire à tout ce qu’on peut lire aux enfants sur le métier de pompier. Tellement à part d’ailleurs que son originalité finie par devenir une critique sociale, et donc, une lecture à double sens.

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Les pompiers d’un petit village n’ont plus d’argent. Ils ne peuvent pas se payer de téléphone, il faut donc leur écrire lors d’une alerte et attendre quelques jours. Il ne peuvent pas non plus se payer d’essence pour le camion, donc toutes les femmes des pompiers viennent aider à pousser le camion qui lui, ne contient pas vraiment d’eau puisqu’ils n’ont pas les moyens de la payer. Le mieux était donc de ne pas créer d’incendies, et pour ça ils n’hésitaient pas à rôder en ville pour prévenir de tous les dangers. C’est ainsi qu’ils se sont mit à éteindre les clopes des fumeurs.

Heureusement pour remplir la caisse ils pouvaient compter sur les citoyens en fin d’année à qui ils vendaient sans doute des calendrier. Et devinez ce qu’ils faisaient avec l’argent qu’on leur donnait ?

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A lire si on aime le décalé, si on a une pointe d’humour et qu’on est un pompier, un vrai !

 

Les ours de Grand-Mère, Gina WILSON et Paul HOWARD

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Nous passons maintenant à un genre totalement différent, beaucoup plus classique tant dans l’illustration que dans le texte et l’idée qu’on se fait de l’histoire du soir. Celle qui calme et rassure avant de fermer ses petits yeux dans un noir lourd et épais d’ombres et de monstres.

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Le petit Paul allait chez sa grand-mère aujourd’hui, et pas seulement pour goûter ! Celle-ci possède comme animaux de compagnie des ours. Mais pas des petits, attention ! Ce sont de grands ours mal léchés qu’elle arrive, elle, si bien à rendre sage.

Quand Paul les rencontre, c’est un grand choc. C’est la première fois qu’il les voit, et ils sont vraiment grands. Il se voit alors dans le devoir de les faire jouer et de s’amuser avec eux. Ils deviendront alors les meilleurs amis, les plus grands inséparables, et écouteront même l’histoire du soir ensemble ! Même mamie se paye un petit coup de folie en voulant se faire un petit match à la téloch’ !

Seulement voilà, après l’histoire du soir, Paul se retrouve seul dans la chambre. Seul ? N’en soyez pas si sûr… !

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Un petit album avec lequel on n’a pas forcèment de place pour le jeu, mais qui se veut agréable à lire et à partager. C’est un moment cosy, un moment partagé et plein de tendresse que promet cette histoire aux compréhensions une fois de plus différentes suivant les peurs de l’enfant.

Quoi de plus doux qu’un ours ?

 

Le chat ne sachant pas chasser, John YEOMAN et Quentin BLAKE

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Oui, le titre de cette histoire est difficile à prononcé ! Et je m’attendais à pas mal de jeux de mots, à quelques difficultés de prononciation… Et rien ! A la place j’ai eu une petite histoire tout à fait délicieuse à la Tom et Jerry.

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Un meunier voit son moulin mourir jour après jour. Des souris l’ont pris en otage et il en sait plus quoi faire. Par défaut il va acheter un chat, se disant qu’il va en faire son quatre heure et que ce sera une histoire lointaine ! Manque de pot, ce chat ne sait pas chasser.

Le meunier va alors l’enguirlander sévérement, jusqu’à ce que les souris le prennent en pitié et lui fasse faire un peu d’exercice. Tout le monde y gagne ! Lui ne se fera plus violenter, et elles pourront bien rigoler ! Le chat prend son nouvel exercice très au sérieux, mais avant qu’il soit prêt à chasser le meunier décide de le noyer dans la rivière.

La suite n’est pas bien difficile à imaginer, mais vous y trouverez tout de même quelques surprises !

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Un texte une fois encore bien classique. Le bien d’un côté, le mal de l’autre. L’illustration aux tons pastel ajoute de la poésie dans cette relation qui s’attache par la violence de la chasse. Beaucoup de sous-entendus pas forcément perceptibles à la première lecture peuvent être dénicher. Plus qu’une lecture agréable, une lecture intelligente !

 

Le chat et le diable, James JOYCE et Roger BLACHON

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Restons dans les histoires de chat ! Ici il n’est pas le personnage central mais n’en est pas moins un héros !

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Dans la petite ville de Beaugency, au bord de la Loire, les habitants sont bien embêtés ! Ils n’ont pas les moyens de construire ou de faire construire un pont pour aller d’une côte à l’autre ! Et quel malheur de toujours prendre ce bateau !

Un jour, alors qu’il lit le journal, le diable tombe sur cette triste histoire et prend les habitants en pitié. Il va alors voir le maire et lui propose un marché. S’il accepte, le pont sera construit dans la nuit ! Trop fort le diable, trop facile !

Évidement, le maire accepte, et il a bien une petite idée derrière la tête !

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Tout le monde connait l’histoire de Faust qui vend son âme au diable. Elle est ici simplifiée et mise en scène pour la jeunesse avec une petite dose d’humour et une grosse dose de malice ! Dans un monde qui paraît bien fade et routinier, ce n’est pas n’importe qui qui vient changer les habitudes ! C’est le diable lui-même, tout de même ! A lire avant de se coucher, ou au réveil pour commencer la journée de bonne humeur !

 

Le sac à disparaître, Rosemary WELLS

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Vous voulez que je vous dise quelque chose ? Malgré le grand soleil qui nous réchauffe encore (tout dépend de quand vous lisez ça, évidement), Noël approche à grand pas ! Et ce petit album peut être le cadeau parfait pour le plus petit d’une fratrie pas toujours sympathique !

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Damien est le plus petit. Il n’a donc pas le droit de jouer avec la cross de hockey que son frère Robert a eu pour Noël, ni avec la trousse de maquillage de sa sœur Colette, et encore moins avec la boite du parfait chimiste! Lui il n’a que son ours en peluche et personne veut l’échanger le temps d’un sourire.

Damien va donc partir bouder pendant le dîner, mais voilà qu’il va se rendre compte qu’un paquet est toujours au pied du sapin… Il va s’en emparer, et ce qu’il découvrira changera la donne de cette soirée exceptionnelle. Tout devient possible. Tous veulent sa trouvaille. Acceptera t-il de la partager ?

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C’est un petit album qui pourrait rendre nostalgique certains pour qui Noël est un jour différent, pour qui Noël signifie déco, sapin et dinde chaude. Tout rappelle l’époque ou le texte et l’illustration étaient séparés, et parfois ça fait du bien de se replonger dans une nostalgie, même après une bouteille de champagne un soir de réveillon ! Alors n’hésitez pas à offrir ce petit livre et à le lire dans la foulée ! Ça en fera réfléchir certains et en confortera d’autres !

 

J’ai un problème avec ma mère, Babette COLE

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Quand on lit le titre, la première question qui vient à l’esprit est « et qui n’en a pas ? ».

Bon, trêve d’humour ! C’est plus l’heure de se marrer alors qu’on va parler d’un sujet grave, d’un sujet qui fait peur, d’un sujet qui fout la pétoche ! On va parler de monstre !

Enfin pas vraiment en fait, on va parler de la perception des adultes sur les autres adultes, et la frontière impossible à ignorer avec la perception des enfants. On dit d’ailleurs que la vérité sort toujours de leur bouche. Je n’ai jamais vraiment su qu’en penser.

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Ma mère elle est bizarre. Elle s’entend pas trop avec les autres parents d’élèves, mes copains la connaissent pas trop.

Mais ça c’était avant ! Avant le gâteau qu’elle a fait qui a fait marrer tous les potes de la classe ! Depuis ils ne jurent que par elle, ils sont même prêt à venir à la maison ! JE les ai donc invité et ils sont venus malgré les réprimandes de leur parents. Évidement, tout s’est corsé quand leur parents sont venus les chercher.

Et oui, ma mère elle est comme ça. Son plus gros problème en fait, je pense que c’est son chapeau. Il est pointu, une vipère y est accroché avec un pomme bien rouge, comme dans Blanche Neige.

Mon père ? Oh, lui il traîne dans un bocal le temps de son sevrage à l’alcool !

Bref, vous l’aurez compris, l’originalité ne manque pas chez moi !

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C’est ce qu’aurait pu dire ce jeune homme qui se confie à nous. C’est d’ailleurs un peu ce qu’il dit. Mais en mieux. Alors régalez-vous, rigolez, et surtout, faites parler les images qui donnent un sens complètement différent au texte que le sens initial, renforçant donc l’effet comique. Tiens, et si vous faisiez raconter l’histoire à votre petit qui sait pas encore lire avant même de lui avoir lu une fois ? Vous seriez sûrement surpris(e) !

La belle lisse poire du prince de Motordu, PEF

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Bon, la boucle sera bouclée. On commence avec PEF, on termine avec PEF ! Et pas n’importe lequel ! on parle là de son best-seller, de sa place en littérature jeunesse, tant dans le rayon première lecture que littérature pour plus grands ! On parle là de celui qui cette année a fait un livre avec Motordu pour accompagner les élèves à l’école !

Non, non, franchement, là, on s’attaque à du lourd ! Et puis tout le monde connait déjà le prince de Motordu. En grand, en petit, en pop-up, en tout !

Bon allez, pour ceux qui sont un poil en retard, montez dans le train, et surtout… Éclatez-vous !

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Motordu est une petite bourgade dans laquelle le prince habite. Vous vous en doutez. Il vit seul et joue aux tartes avec ses amis dans la grande salle à danger du chapeau pour s’occuper. Un jour, ses parents lui disent qu’il serait temps qu’il se marie enfin ! Une femme pourrait lui raconter de belles lisses poires et le rendre heureux ! Il n’y avait jamais pensé mais se décide à prendre sa toiture de course pour se mettre illico à la recherche d’une belle princesse. Il va alors tomber en panne et rencontre la princesse Dézécolle. Un simple coïncidence me direz-vous ? Et bien non ! Tout est programmé ! Et la princesse Dézécolle, en bonne maîtresse, va vouloir le faire parler comme tout le monde ! Heureusement, il ne le prend pas mal et elle est plutôt souple et sympathique !

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Vous l’aurez compris, Le prince de Motordu est emblématique non seulement grâce à l’auteur, mais surtout grâce au personnage qui a sa place entière parmi les plus grands de la littérature jeunesse ! Notre cher prince est bien encré dans les esprits depuis les années 1980 et n’est pas prêt de les quitter !

Avide de jeux de mots, de calembourgs et surtout de quiproquos, l’auteur n’a de cesse de faire pouffer ses lecteurs. C’est pas pour rien si on y revient toujours !

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Bon, vous avez maintenant quelques petites pistes pour étudier de plus prêt cette petite collection qui fait marrer, dormir, et qui ne manque pas de réconforter les enfants face à leurs angoisses. Facile à trouver, à lire, et pas très cher, c’est une collection a avoir sous le coude pour son propre plaisir comme pour celui de ceux qui nous rendent visite !


Le playboy, Chester BROWN

« Elle est noire ! La playmate est noire ! 

[…]

Je suis contrarié de ne pas avoir regardé la couleur de la playmate avant de dépenser mon argent. J’en arrive alors à m’accuser de racisme, et je me dégoûte d’autant plus. »

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Quand on est auteur, on peut tout se permettre. Même de revivre un moment passé à l’instant présent. Surtout quand on est auteur de B.D., j’imagine, et que l’illustration nous aide à nous réorienter dans un passé parfois lointain.

Ici Chester BROWN décide de nous raconter la période adolescente de sa vie, ou adulescente comme disent les psychologues d’aujourd’hui, et pour cela il devient un petit personnage avec des ailes, un petit ange, ou un petit diable, qu’on imagine souvent à côté de notre tête pour peser le bien et le mal sur la balance de la justice.

Bref, il est là, et il choisit de nous raconter sa vie d’enfant obligé à aller à la messe le Dimanche matin. Seulement ce Dimanche qu’il choisit n’est pas comme les autres ! Ce Dimanche là, Chester BROWN n’a qu’une idée en tête : aller acheter ce superbe magazine avec une nana à poil sur la couverture. Il est tombé fou d’elle. Il ne vit plus que pour elle. C’est le début d’une dépendance sexuelle et d’une pulsion d’achat qui ne le quitteront plus.

Dés que le Playboy est dans le kioske, il va se l’acheter, au début en se cachant, puis doucement en assumant.

Il le feuillette, il se masturbe, il se dégoûte, culpabilise, décide de s’en débarrasser et va le cacher sous une planche.

Le lendemain il retourne le chercher l’instant d’un petit plaisir solitaire. Mais l’amour peut-il aller au-delà du plaisir solitaire ?

« Je me dis que la meilleure façon de dissimuler quelque chose est de ne pas chercher à le cacher… …et je ne cache pas le magazine sous ma chemise. »

C’est ici une B.D. pleine d’intimité qui nous est dévoilée. Cependant cette intimité est partagée par des millions d’hommes, et pour tous de la même façon. Une porte fermée à clé, une poigne sévère sur son engin quelques minutes et une culpabilité sans précédent qui en découle.

Mais Chester BROWN sait trouver les mots pour rendre les choses belles et intelligentes. Il sait manipuler les mots et les illustrations de façon à faire d’une simple pensée obsédante quelque chose de tout à fait honorable.

« Avec ma copine suivante, je me suis rendu compte que pour maintenir mon érection je devais imaginer que je couchais avec une de mes playmates préférées. »

Sans oublier l’intelligence d’une partie « notes » à la fin de la B.D. pour préciser certains points du livre, mais aussi pour nous parler de façon plus historique, philosophique, sociologique mais aussi humaine du magazine qui a travailler ses jours et ses nuits. Donc pour les plus réticents, vous pourrez toujours dire que vous avez fait cet achat pour le côté historique de la chose… Et passer du coup inaperçu, même en plein milieu d’un repas de famille !

« Cela faisait quelque temps déjà que les nouvelles playmates ne m’intéressaient plus, mais apparemment, celles des anciens numéros m’attiraient toujours. 

(la scène se passe dans une librairie d’occasion dans la ville de Montréal)

– Vous êtes collectionneur ?

– Euh, ben, euh, je sais pas… je, euh, les aime bien. »

Alors que dire pour conclure ?

Merci internet et ta liberté sexuelle ! ? !

Ouvrage disponible aux éditions Cornélius depuis Septembre 2013 pour cette nouvelle édition. La B.D. était précédemment disponible aux éditions des 400 coups (depuis 2001).


La double vie de Cassiel Roadnight, Jenny VALENTINE

« Je n’avais jamais mangé de viande de ma vie avant de devenir Cassiel Roadnight. »

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Chap, alias Cassiel Roadnight, ressemble étrangement à ce gosse à problème qu’on aurait vite catalogué. Il vit seul avec son grand-père avant de partir pour un foyer pour jeunes suite à L’accident. Il se fait repêcher par la police à plusieurs reprises suite à des fuites entre autres choses. Il va en cours à peu prés quand ça lui chante…

Bref, il mène une vie qui prend une direction plutôt mauvaise. Il se démerde pour s’en sortir, et cette fois, sa fuite va changer sa vie.

Après s’être fait repêché par la police, ils vont confondre Chap avec un jeune disparu deux ans auparavant. Il s’agit comme vous l’avez compris de Cassiel. Chap va jouer le jeu, il va se faire passer pour celui qu’il n’est pas et aspirer à une vie meilleure, plus saine. Le voilà dans la peau de Cassiel, dans la chambre de Cassiel, fréquentant sa mère, sa sœur et bientôt son grand frère qu’il adulera tant. Seulement Cassiel cachait bien des secrets. Il n’était pas un gosse bien simple non plus, et le changement brutal de personnalité après deux ans d’absences laisse place à pas mal de questionnements. Alors comment faire pour passer inaperçu au milieu d’un océan de soupçon ? Comment faire pour être celui que nous ne sommes pas ? Un nouvel ami va lui filer un coup de pouce, et pas des moindres !

Rentrez vous aussi dans l’univers et dans la vie de Cassiel, dénichez ses secrets page après page, apprenez à l’apprivoiser pour l’aimer un peu, essayez de le comprendre pour ne pas le juger. Les secrets sont à la taille du roman, de l’écriture, du suspens et de la tension qui se fait palpable petit à petit.

« Les battements de mon coeur résonnaient sourdement à mes oreilles toute la journée, et pilonnaient mon oreiller, la nuit. Mes mains tremblaient quand je me passais de l’eau sur le visage. Parfois, lorsque je me regardais dans la glace, je n’était plus sûr d’être moi. Les contours de mon visage s’estompaient, j’avais l’impression de perdre la tête. Je le sentais.

[…]

J’étais Cassiel Roadnight à la surface, mais en dessous j’étais un fou enfermé dans le grenier, un cinglé dans sa cellule, qui gémissait, hurlait, tapait à la porte et la griffait pour sortir. »

Un roman construit sur une base classique : avant, pendant et après. On a une intrigue, comme d’habitude, des actions et un dénouement. Seulement voilà, cette ligne narrative perd un peu en intensité ces derniers temps, et voilà qu’aujourd’hui Jenny VALENTINE nous propose pour les ados un roman dont la tension est à la taille des romans de KASISCHKE. Alors comment faire pour résister à tant de plaisir ?

Pour ceux qui aiment les romans noirs, les romans à tensions, les introspections et l’intimité totale avec le personnage, bienvenue dans la double vie de Cassiel Roadnight. Passez un bon moment.

Ouvrage disponible aux éditions Ecole des loisirs dans la collection Médium depuis Septembre 2013.


A comme Aujourd’hui, David LEVITHAN

« Je me réveille, j’ouvre les yeux, je comprend qu’il s’agit d’un nouveau matin, d’un nouveau lieu. La biographie surgit, cadeau très utile de cette partie de ma tête qui n’est pas moi. Aujourd’hui, je suis Justin. Je le sais, c’est tout. »

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A n’est pas vraiment un enfant. Depuis son plus jeune âge il se réveil tous les matins dans un corps différent de son âge. Il a aujourd’hui seize ans et a compris que ça ne servait à rien de lutter contre cette mystérieuse indépendance de l’esprit. Il se souvient de tout ce qu’il a vécu dans les différents corps et peut sélectionner les souvenirs des corps qu’il habite.

Seulement voilà, aujourd’hui tout est différent.

Dans la peau de Justin, A rencontre sa petite amie, Rhiannon, dont il tombe éperdument amoureux. Il est prêt à tout pour la revoir, la croiser une fois de temps en temps. Il n’a jamais fait ça auparavant, il a toujours suivi scrupuleusement les habitudes de chaque corps qu’il intègre sans jamais broncher, sans jamais vouloir changer leur vie.

Et pourtant le voilà qu’il se réveille jour après jour, une fois dans un corps masculin, une fois un corps féminin. Parfois des drogués, des anorexiques ou des jeunes malades. Il se voit dans l’obligation de trouver les stratagèmes les plus fous pour retrouver sa belle à qui il avoue très rapidement son secret que personne ne connait, mais qu’une personne ressent après une aventure qui a mal tournée.

Ensemble, ils vont alors vivre des moments forts, très forts, basés sur les thèmes de l’apparence physique, évidement, mais aussi de la confiance, de l’autorité, de la fatalité élisabéthaine.

C’est une histoire poignante que nous livre l’auteur avec cet ouvrage destiné aux ados. Il soulève quelques questions que nous nous sommes tous posé un jour sur un regard, un courant palpable entre deux personnes. Mais aussi sur les orientations sexuelles et les gênes que peuvent occasionner des corps plus difficiles.

Peut-on abandonner tout préjugé par amour ou est-il vraiment trop difficile de voir au plus profond des êtres ?

Entre des éducations très compliquées, des camés, des malades, des obèses, des hystériques et le changement de sexe permanent, A nous paraît être un enfant tout à fait ordinaire. Seulement voilà, sommes-nous réellement quelqu’un quand on ne possède aucune enveloppe physique qui nous est propre ? Comment se construire une identité ? Et surtout, A est-il seul dans ce cas là ?

Ouvrage disponible aux éditions Les grandes personnes depuis Septembre 2013.


Détective RollMops, Renaud FARACE et Olivier PHILIPPONNEAU

Attention, apprêtez-vous à entrer dans un monde totalement décalé qui laisse des séquelles. L’OuBaPo est de retour et il revient toujours plus fort, même pour les plus jeunes !

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RollMops est un détective qui a un peu de mal à se débrouiller tout seul… Et pour résoudre ses petites enquêtes il va faire appel au lecteur ! Quelle grande idée, et belle occasion de s’amuser tout en lisant de la qualité !

Le lecteur devra parfois mettre le livre bien loin de lui, parfois le rapprocher très prés de son nez, parfois plier quelques pages, ou alors participer à un cherche et trouve ! Il y a même un super jeu de l’oie qui se cache au centre du livre… Que demander de plus ?

Avec l’absurdité des personnages des plus grands auteurs d’OuBaPo et la mise en abîme d’un lecteur qui se voit projeter pleinement dans les pages on ne peut qu’apprécier l’humour qui est proposer.

Vous êtes désormais embauché pour résoudre neuf enquêtes ! Et pas des moindres ! Entre la machine à oublier les cases, l’histoire qui n’a pas de sens, le jeu de miroir, le rock’n’rollmops et les autres, vous serez pas loin de perdre la boule avant même de vous rendre compte que le livre vous accapare au monde !

Si vous avez ce livre entre les mains, sachez qu’il est totalement différent de tout ce que vous avez pu voir jusqu’à présent, il est bien plus grand qu’un format normal.  Et ses personnages sont tous plus fous et monstrueux les uns que les autres. Ca s’annonce plutôt bien, non ?!

Ouvrage disponible aux éditions The Hoochie Coochie depuis Septembre 2013.


Les carnets de Cerise T01 Le zoo pétrifié, Joris CHAMBLAIN et Aurélie NEYRET

« En ce moment, avec les copines, on observe quelqu’un de vraiment mystérieux.

J’espére qu’on finira par découvrir son secret. Je pourrai alors raconter son histoire en entier. J’ai déjà le début !

Ca commencerait par :

<<Il était une fois…>> »

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C’est aprés avoir titiller notre curiosité que Cerise nous propose une enquête pour le moins originale ! Son rêve ? Devenir une grande romancière, comme sa voisine avec qui elle passe beaucoup de temps. Et voilà qu’elle semble s’entraîner dans son journal que sa mère lui a offert à cet effet. Nous sommes les spectateurs de son évolution, et l’histoire qu’elle va nous raconter va nous faire frissonner, mais aussi nous interroger et nous toucher.

Alors, vous êtes prêts à relever le défi et à mener l’enquête pour connaître « l’homme mystérieux » et ses secrets ? Embarquez dans ce premier volume des carnets de Cerise et rencontrez ses amies, ses espoirs, et ses passions.

Cet ouvrage mélange agréablement le côté journal intime avec des pages fraichement écrites et le côté B.D. qui met des formes sur certains mots. Les illustrations sont chaudes, agréables. On sent presque l’odeur des sous-bois, des fleurs et du bois de la cabane qui est le QG des jeunes filles.

Le scénario est bon, et le respect dans la différence d’écriture entre le carnet et la B.D. est très bien traité.

Qu’ajouter à ça ? Vivement le second volume, la nouvelle enquête à la Sherlock Holmes, et de nouvelles émotions !

A mettre dans les mains de tous les petits détectives en herbe en manque de fantaisie.

Ouvrage disponible aux éditions Soleil dans la collection Métamorphose depuis Septembre 2012.


Une histoire d’hommes, ZEP

Attention, ZEP change radicalement de style… Doit-on appeler ça une maturité ou simplement un coup d’état ?

« Je veux que tu vives, Yvan ! Tu ne voies jamais personne. Tu t’en fous de ton boulot – comme du reste. Tu te fous de tout, Yvan. Tu ne t’engages jamais à rien. Casse-toi. Va à ton week-end en Angleterre avec tes copains. Ca me fera du bien d’être seule… De réfléchir. Casse-toi Yvan, s’il te plait. »

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Vous l’aurez compris, l’histoire commence comme ça. On ne sait pa grand chose de cet Yvan, si ce n’est qu’il a jadis joué dans un groupe de rock’n’roll, qu’il était guitariste et que ça fait dix huit ans qu’il n’a pas retouché sa gratte… Ou écrit un texte.

Sa vie lui paraît monotone, longue, sans saveur. Toujours tête baissée, mal rasé, petits yeux. Il prend du Xanax pour voyager entre deux aéroports… Autant dire qu’il a tout de l’angoissé dépressif qui se cherche et se complait dans son mal-être.

Pourtant il va suivre les conseils de sa douce ; il va partir pour l’Angleterre avec ses potes. Ceux-la même qui formaient le groupe dans lequel il était il y a presque vingt ans. Ensemble ils partent chez Sandro, le seul qui a percé dans le monde du show-biz et qui n’a pas peur de dire que Madonna fait de super turluttes. Son point noir c’est la perte de son fils dans un accident de moto, pour nous rappeler que tout ne peut pas être parfait.

Pendant ce séjour beaucoup de choses vont changer. Beaucoup de dossiers oubliés vont resurgir, mais aussi beaucoup de délires entre potes. Quelques rires, une explication sur l’anéantissement du groupe qui était obligé de contenir un junkie. Toute la clique y est. Il ne manque que quelques cheveux à certains pour reformer un groupe de rock tout à fait stéréotypé par n’importe quel enfant.

Les destins se croisent, les langues se délient. Plus personne n’a de secrets pour personne. Et le fil directeur de cette B.D. est la dépression, et ce jeune garçon mort en moto.

Les ingrédients y sont. L’histoire pourrait être belle. Mais je ne sais pas pourquoi, je ne peux pas décoller l’image de Titeuf à ZEP. Ce genre de B.D. ne manque pas, et d’autre ont réussi a me faire ressentir beaucoup de choses. Je pense notamment à « Un week end avec préméditation » qui nous plonge dans le même univers un peu morose par ses couleurs. Pourtant, les auteurs ne se sont pas senti obligés d’inclure des personnages longilignes qui ne sont pas sans rappeler ceux d’un dessin animé tragique à la Burton.

C’est ce qu’il y a en trop chez ZEP. Le grand chauve qui fait des vannes pourries, le mec barbu avec les cheveux qui lui barrent les yeux pour le dépressif, le beau gosse comme rock star et le p’tit binoclard qui est là sans vraiment savoir pourquoi, le tout saupoudré d’une gente féminine à la limite de l’hystérie freudienne.

Et puis, pour tout vous dire, j’ai entendu quelqu’un en parler au bistrot tout à l’heure, et il en disait « on voit arrivé à dix mille ce qui va se passer. Tout est calculé mais on se sent presque roulé qu’il n’y ait pas une chute plus implicite ou qui chamboulerait carrément tout. »

Je suis tout à fait d’accord.

B.D. disponible aux éditions Rue de Sevres depuis le 11 Septembre 2013.


R.U.R., Russom’s Universal Robots, Karel CAPEK

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           Mais Harry, ce que vous dites, ça ressemble trop au paradis ! Il y a quelque chose de beau dans la servitude et quelque chose de grand dans l’humilité. Je crois en la vertu du travail bien fait et de la fatigue.

« DOMIN

             Je ne l’exclus pas. Mais ce qui est perdu est perdu, si nous voulons refaire le monde à partir d’Adam. Désormais Adam ne mangera plus son pain à la sueur de son front, il ne connaîtra ni la soif, ni la faim, ni la fatigue, ni l’humiliation, il reviendra au paradis où la main du Seigneur le  nourrissait. Il sera libre et souverain. Son unique tâche, son unique travail et soucis sera d’être le meilleur possible. Il sera enfin le maître de la création.

BUSMAN

              Amen.

FABRY

               Ainsi soit-il. »

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Non, l’utopie humaine de ne plus rien faire et gagner de l’oseille n’est pas un mythe. Et cette pièce de théâtre écrite en 1920 par un tchèque ne fait qu’appuyer les plus grands théoriciens de l’évolution.

Et si Dieu était réellement mort ? Si Nietzsche avait raison ?

Harry Domin est sur une île déserte avec quelques scientifiques avec qui il partage beaucoup d’idées. Ensemble ils oeuvrent à créer une nouvelle race, une oeuvre qui n’est déjà plus un prototype. Ensemble, ils travaillent à la robotique.

Mais lorsque la jeune Héléne, la fille du président Glory, arrive pour montrer aux hommes que les robots peuvent avoir une âme, les choses se compliquent.

Je ne vous résumerai pas plus le livre. Tout simplement parce que je ne saurais pas le faire.

Ca faisait maintenant longtemps que je n’avais pas lu une pièce de théâtre. Et celle-ci n’est pas n’importe laquelle, puisque rappelons-le, en 1920 le terme de robot était inexistant.

Cette pièce est classée en science-fiction. Aujourd’hui, on pourrait réfléchir à la mettre en anticipation. Tout ça pour vous dire que Karel CAPEK est le premier homme à avoir employé le mot robot, qui, en Tchèque, ne signifie rien d’autre que corvée.

L’Homme serait-il assez fou pour penser pouvoir remplacer Dieu ?

Avec beaucoup de réflexion sociologiques, psychologiques et humanistes, l’auteur nous propose un éventail bien réfléchi de personnages tous différents. Du créateur un peu fou à l’architecte humaniste, le tout en passant par le docteur influençable et la belle Hélène qui fait tourner les têtes sur l’île qui fait frémir.

Autant dire que le paysage laisse à désirer, que ce huis clos peut faire office d’un bon film d’horreur, mais qu’on en redemande. Pourquoi ? Parce qu’il est totalement fou d’imaginer un type qui parle du futur comme CAPEK en 1920. Les problèmes salariales étaient déjà en jeu, tout comme l’économie capitaliste et l’envie de diriger le monde.

Evidement, on se croirait dans une tragédie Shakespearienne où tout est annoncé dés le début, où tout est prévu, où aucune place n’est laissée au hasard. Et le fait que les personnages ne croient plus en Dieu renforce l’effet que veut donner CAPEK a sa pièce, à savoir un soupçon d’humour noir, et une prise de conscience face à l’humanité… « Il n’y a rien de plus étrange pour l’homme que son image », nous dévoile Damon, le chef des robots, alors qu’Hélène voit le malheur s’abattre sur l’île avant même que les autres ne le soupçonnent. A moins que ?

« DOMIN, en la prenant par les mains

            De quoi as-tu peur, Hélène ?

HELENE

             Je ne sais pas. Comme si quelque chose allait s’abattre sur nous… S’il te plait, fais-le ! Emmène-nous loin d’ici. On trouvera bien un endroit où il n’y a personne. »

R.U.R. est un livre qui interroge. Il a été traduit en une vingtaine de langues et la pièce se joue dans le monde entier.

 Ouvrage disponible aux éditions de la Différence, dans la collection Minos, depuis Août 2013. Texte traduit du Tchèque par Jan RUBES et préfacé par Brigitte MUNIER.


L’épée des cinquante ans, Mark Z. DANIELEWSKI

« Imaginez’, dit-il avec emphase, les yeux toujours perdus

                                                   « dans sa posture

filante. ‘Imaginez en chaque son

                                                                       « le soupire d’une

unique

          » ‘chose

                                                                                                                         » ‘périssant et qu’au lieu que les sons

 » ‘vinssent les uns après les autres,

                                                     » ‘il s’exhalât

 » ‘un soupir de

               » ‘toutes choses

                              » ‘en même temps.

                                                                    » ‘Quel serait ce son ?’

9782207115282FS

Si je vous demande ce qui vous chose en premier, vous me répondrez évidement la mise en page. Je ne vais pas lancer ma chronique là-dessus, mais on ne peut pas s’empêcher d’en parler !

Mark Z. DANIELESKI signe ici un roman a couper le souffle, une expérience très personnelle à vivre sans retenue.

Chintana se voit invitée par Mose Dettledown et se sent obligée d’accepter pour des raisons… Professionnelles ? Bref, tout commence plutôt bien, elle se rend à la petite sauterie et croise une femme qu’elle ne porte pas tellement dans son coeur. Une femme qui lui met des bâtons dans les roues, une femme qui ne pense pas comme elle.

Bref, tout se poursuit plutôt bien, jusqu’à l’arrivée mystérieuse d’un conteur pour les enfants. Seulement voilà, il conte aussi pour les adultes. Ce conteur pourrait bien être Mark Z. DANIELEWSKI, lui même adepte du format conte pour adultes.

Et voilà que notre conteur commence à s’asseoir et à prendre toute la place dans la pièce, comme dans le roman. Il est volumineux, il est imposant, il est sûr de lui. Et il a une histoire bien concoctée, bien travaillée. Une histoire qu’on pourrait raconter au Japon, pourquoi pas. Une histoire de fantômes, une histoire dans laquelle les mots ont leur importance. Dans laquelle les mots peuvent bouleverser bien du monde, des émotions et des sentiments. Une histoire pleine de métaphore, de superlatif composés de mots-valises à la manière ‘Pataphysique. Une histoire qui dérange certains, qui en endort d’autres, mais qui ne laisse pas coi. Une histoire que je vous conseil vivement de lire, de retenir, et d’en faire la gloire par la suite.

 » ‘J’examinai 

les explosifs,

                                                                                                                                        » ‘manipulai des revolvers. Des petits revolver, des gros revolvers, des revolvers assez puissants pour

                                            » ‘couper quelque chose,

                                                                                                    » ‘n’importe quoi, en deux d’un coup’

(…)

 » ‘Mais rien de tout cela’,

                        poursuivit le

                                                   « Conteur,

                         » ‘ne pouvait combler mon appétit pour ce que ma noirceur réclamait sans nulle cesse.

                                                                        » ‘Et je suis donc parti au plus loin des lointains.’     

Cette histoire est bien mystérieuse, et elle véhicule des idées bien définies. Le conteur a tout pouvoir à partir du moment où il sait employer les mots, où il sait les utiliser de la bonne façon. Il devient alors hypnotisant et peut contrôler, même malgré lui, les gens qui l’écoutent.

Mark Z. DANIELEWSKI joue avec le vocabulaire, avec la mise en forme et la déroute du lecteur. Cinq personnages ont la parole, les cinq semblent parler en même temps et ne peuvent être différenciés qu’avec un code couleur présent dans les guillemet. Un n’a pas de guillemet, pas de couleur, et n’est donc pas vraiment… Existant ?!

Les cinq personnes semblent s’emballer, se disputer l’histoire et la partie à raconter. Et tous réussissent leur mission à la perfection : nous intéresser.

Au-delà de la forme et du contenu, l’auteur a tenu à inclure à son texte des broderies par Atelier Z toutes plus envoûtantes les unes que les autres. Sous forme d’art pointilliste les illustrations évoquent de façon abstraite les pensées du lecteur et titillent son imagination jusqu’à l’achever dans un bouquet final merveilleux.

Ce n’est pas ici d’un roman réussi dont je viens de vous parler, mais d’un réel chef d’oeuvre qui mérite qu’on le lise et qu’on en parle.

 » ‘ « Attention toutefois toutes ont

                                      » ‘ « double tranchant

et elles sont assorties de cet avertissement :

                                    » ‘ « Si jamais une plaie venait manquer son but,

                               » ‘ « tu

                                        » ‘ « disparaîtras

 » ‘ « comme la lame 

                   » ‘ « que tu manies. »

Ouvrage disponible aux éditions Denoël depuis Août 2013. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par  Héloïse ESQUIE.