Lucia Antonia, funambule, Daniel MORVAN

« Arthénice est tombée au cours d’une scène où je devais être sa partenaire. Notre numéro de jumelles était le clou du spectacle. Au dernier instant, souffrante, je dus me faire remplacer. Ma cousine Livia prit ma place. Le numéro, si souvent répété, voulait que l’ont se croisât sur le fil. Ce moment le plus délicat où l’une se suspend et l’autre traverse sur les mains. »

 

9782843046476FS

 

C’est ici un roman empreint d’émotions nostalgiques que nous propose l’auteur. Je n’irai pas jusqu’à dire que je n’ai pas aimé, mais j’ai été déçu. Je vous explique.

Lucia Antonia vit depuis son plus jeune âge avec ses parents dans un cirque. Elle a appris à marcher sur un fil avant même de marcher sur la terre ferme. Son père la berçait sur un câble nylon 14mm quand elle pleurait, et c’est pour elle un échappatoire que cette vie de déplacements, d’art et d’amour.

Seulement voilà, peu après sa rencontre avec Arthénice à qui son père à voulut transmettre le virus du vide, cette dernière chute et se fracasse le crâne au sol. Lucia Antonia est alors bannie du cirque pour se recueillir et se couper de toute parole. Elle choisit ce moment pour écrire son petit carnet, que nous lisons avec attention.

Certains passages y sont très forts, quelques rencontres sont inattendues et donnent un peu de piment au texte, notamment la rencontre avec celui qu’elle appellera Pierrot, comme ce clown sérieux, qui ici est peintre.

Tout la raméne à penser à son amie, sa jumelle, son double, Arthénice. Arthénice qu’elle voit dans une peinture, Arthénice qu’elle voit dans les nuages, Arthénice qu’elle voit dans l’envol de plusieurs oiseaux et qu’elle chercher à retrouver dans les odeurs, les couleurs, les formes, la nature et la vie. Arthénice qui a disparut subitement et laissé seule Lucia Antonia. Arthénice avec qui Lucia aurait dû partir pour l’éternel voyage. Arthénice qu’elle aurait dû accompagner sur le fil malgré son malaise passager.

C’est un roman aux chapitres très court, très saccadés, et pourtant qui créent un sens dans la lecture et la compréhension hors normes. C’est un roman d’une intensité peut commune sur la nostalgie d’une personne, sur le deuil, sur la faute.

 

Et pourtant, c’est un roman qui ne m’a pas passionné. Une écriture qui se veut très poétique et qui n’est finalement que snobinarde, une forme qui déconcerte et empêche de rentrer pleinement dans l’univers du personnage, une barrière bien réelle entre l’auteur et son lecteur qui empêche les larmes de couler à flots. Un roman qui se veut optimiste dans la tristesse et finalement ne fait que plomber le lecteur par sa lenteur et son engouement au nombrilisme d’une jeune fille du monde du cirque. Monde dont on n’apprendra en outre pas grand chose, alors qu’il y aurait tant à dire.

C’est un roman en-deça de mes espérances. Les éditions Zulma m’ont habitué à des textes avec un fond plus poussé et travaillé, avec une poésie plus touchante et plus rude. Que ce soit dans La lettre à Helga, qui sort le même jour que celui-ci ou dans les textes de Audur Ava Olafsdottir parut précédemment, il y a au-delà du simple texte posé sur le papier un fond et une réflexion qui ne laissent pas de marbre.

Suis-je simplement insensible à la tristesse d’une jeune fille qui tente de faire son deuil ou alors à une écriture aux paragraphes bien trop courts qui m’ont privé de l’émotion que j’aurais aimé ressentir ? Ou est-ce que je m’attendais à un feu d’artifice de sensations vertigineuses, perché en haut d’un fil entre deux immeubles, arbres, ou canyons pour n’avoir finalement qu’un petit pétard à lancer dont le son s’effacera de mon esprit juste après avoir couru cinq minutes en rigolant ?

 

« Mon aïeul avait la superstition du treize. Il a fait sa rentrée parisienne au cirque Napoléon un 13 mai. A la conscription, il portait le numéro quatre-vingt-treize. La première voiture qu’il prit en arrivant de Toulouse à Paris était le quatre-vingt-treize. Il est logé au numéro quatre-vingt-treize de sa rue et sa chambre est la chambre treize, comme à Berlin. A Toulouse, il faisait partie d’un cercle qui finit par s’appeler le cercle des Pas-de-Chance car ils se retrouvaient toujours à treize.

Arthénice est tombé un 14 juillet. »

 

Dommage pour moi, espérons que le prochain essai soit plus décisif.

 

Ouvrage disponible aux éditions Zulma à partir du 22 Août 2013.

Publicités

À propos de Antoine

Libraire dans l’Isère. Voir tous les articles par Antoine

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :