Fuck America, Edgar HILSENRATH

<< « Au fond vous avez raison », dis-je à Mary Stone.

« Je suis guéri. Pourtant, j’ai des problèmes. »

« Tout le monde a des problèmes. »

« Mais les miens sont particulièrement graves. »

« Ça, c’est ce que vous croyez. Tout le monde pense que ses problèmes sont les plus graves. » >>

 

america

 

 

J’ai, comme avez pu le constater précédemment, découvert cet auteur avec son Orgasme à Moscou. Pourtant Le nazi et le barbier l’an dernier me faisait déjà de l’œil. En attendant, j’ai décidé de lire Fuck America, et je suis une fois de plus comblé.

A force d’entendre qu’Orgasme à Moscou est le livre le moins bon de l’auteur j’ai eu envie de me faire ma propre opinion. Les deux ouvrages sont totalement différents malgré quelques codes qu’ils respectent et le thème de la politique qui est en jeu.

 

Dans Fuck America, Edgar HILSENRATH nous trace le portrait de Jakob Bronsky, jeune juif allemand qui est en pleine écriture de son premier roman qui s’intitulera « Le branleur ». C’est vendeur, ce sera un best-seller. C’est certain.

Seulement notre jeune juif a plusieurs problèmes. Personnels et avec l’Amérique où il vit suite à un exil après la guerre.

Avec un passé familial lourd et souvent idéalisé, le narrateur nous dévoile une vie semblable à nuit et brouillard. Beaucoup de reportages, de films et d’ouvrages ont été réalisés sur la seconde guerre. Et pourtant, l’auteur nous transporte dans une terreur sans nom qu’il essaie de teinté d’humour ou, du moins, d’absurdité. Le sujet n’en est pas moins lourd, les scènes n’en sont pas moins réalistes, ou semblable à ce qu’on a l’habitude d’entendre et voir.

Le père de Jakob Bronsky a essayé, pendant la guerre, d’obtenir des visas pour les Etats Unis pour sa famille et lui-même. Seulement la réponse du Consul général est claire : ils n’en obtiendront pas avant environ… Treize ans. Bon courage à vous.

Alors lorsque Jakob arrive en Amérique, son premier mot constitue le titre du livre.

Seulement la guerre lui a laissé des séquelles. Il a son ouvrage en cours comme défouloir, il semble l’utiliser comme un journal du subconscient. Et quand il se lâche, il n’a plus qu’une idée en tête : faire l’amour. Il bande dur comme fer, son sexe atteint des tailles formidables. Il n’a pas un rond, va de petit boulot en petit boulot et bouffe une partie de ses salaires dans les prostituées. Une vie plus saine lui est conseillée, et lui sera obligée lorsqu’une tuile lui tombera sur le coin de la tête.

Cet ouvrage est une ouverture à la littérature de genre. C’est un texte rempli de poésie et de terreur. Le sujet est traité de manière originale et néanmoins grave. On y retrouve les codes de l’absurde dans le texte, dans les répliques rapides et haletantes. Le texte n’est d’ailleurs qu’un long dialogue qui s’adapterait magnifiquement au théâtre ou au cinéma.

L’auteur semble avoir écrit ce livre en pensant à La nuit, un autre de ses ouvrages. Il paraîtrait même que Le branleur qu’écrit le narrateur dans Fuck America est une référence directe à La nuit. Avis aux adeptes, lecteurs acharnés. A vous de trouver les rapports et de confirmer les hypothèses.

 

« – Ca fait vraiment qu’un an que t’es là ?

– Oui. Un an.

– Pendant la guerre t’a été où ?

– Là-bas.

– Là-bas ?

– Là-bas.

 

– C’est vrai qu’Hitler a gazé les juifs ?

– C’est vrai.

– Pourquoi il t’a pas gazé ?

– J’ai eu du bol, faut croire. »

 

 

L’Amérique n’a qu’à bien se tenir, Bronsky n’a pas froid aux yeux !

 

 

Ouvrage disponible aux éditions Attila depuis Mars 2009 et aux éditions Points (poche) depuis Mars 2010.

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À propos de Antoine

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