Brûlons tous ces punks pour l’amour des efles, Julien CAMPREDON

« Vous chantiez ? j’en suis fort aise :
Et bien ! dansez maintenant. »

ou bien encore

« Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute. »

Nous contais La FONTAINE il y a quelques siècles.

Aujourd’hui c’est l’auteur Julien CAMPREDON qui nous propose quelques morales de ce genre, revisitées dans un monde où tout parait démesuré et fou.

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Nous aurons par exemple dans la première nouvelle l’histoire d’un maire qui fait confiance à un représentant en ronds points qui l’a un peu trop flatté (« Enchanté, j’adore les maires, et tous les maires sont mes amis. Vous exercez une fonction admirable monsieur, bravo. […] Très bien, bon goût, formidable. Incroyable même. »). Ce qui engendre évidement le mécontentement de la population, et notamment un lièvre qui tourne en rond et un olivier qui a été rasé…
Évidement, pour arriver à ses fins le représentant ne fait pas que flatter le maire. Il le fait aussi picoler. Et pas qu’un peu. A tel point que le maire oublie tout.

L’auteur nous propose aussi des nouvelles plus chantantes, comme la seconde où on a l’impression d’entendre Renaud chantonner « La mer c’est pas propre les poissons baisent dedans » à tue-tête. Renaud est d’ailleurs directement cité en tête de nouvelle, l’écriture est loubarde et l’histoire nous parle d’un biker fou de sa moto mais plus encore des femmes. A moins que… ? « J’lui ai dit j’ai même traverser la méditerranée pour toi, j’ai même croisé les Grecs ».

Il y a aussi une nouvelle sur un mari, sa femme, et l’amant de celle-ci. Pour le coup je resterai assez évasif parce qu’elle fait partie de celles qui proposent le plus de surprises à n’en pas douter. Elle fait aussi partie de celles qui font certainement le plus rire. Et pourtant… Je ne pense pas que le but de l’ouvrage soit l’humour. Nous ne pouvons cependant nous empêcher d’esquisser plusieurs rictus amusés.

Je vous laisserai découvrir la suite des nouvelles par vous-même, mais je vous fait quand même part de celle qui, pour moi, dépasse les autres. Par sa poésie, par ses jeux de mots, par ses métaphores constantes et magnifiques entre les jupes d’une femme et une yourte, une habitation en peau tendue.
Il s’agit évidement de la nouvelle Heureux comme un Samoyède; une nouvelle sur un homme qui se dit érotomane, pervers, artiste quoi. Il passe sa vie a chercher à découvrir ce qu’il y a sous les jupes des femmes, derrière ce petit morceau de coton, il recherche le cocon habitable et le coquelicot perdu.
« Ce qu’il y avait sous les jupes des filles, je l’imaginais à peu prés : non pas un bouquet de violettes, mais une vulve velue que l’on caressait comme une chatte. »

L’écriture de l’auteur vous séduira, le monde dans lequel il vit aussi, certainement. Monde peuplé de créatures bizarres que sont les hommes. Monde peuplé de punks qui dégueulent partout alors que les Elfes, hommes mondains, sont plus raffinés mais prêts tout de même à mener une mission commando pour sauver le musée qu’ils surveillent des malfaiteurs.
Les nouvelles sont courtes et rocambolesques, il y a des surprises à chaque mots. Mots par ailleurs choisi avec soin, on imagine.
Il y a beaucoup de références, conscientes ou non. J’ai pour ma part décelé Jean de La FONTAINE, Renaud, Roland TOPOR (« C’est ainsi que, d’aiguilles en fil chirurgical, je me suis fait poser en dessous des aisselles une fermeture éclair »). Cette unique phrase pourrait être illustrée par un Roland TOPOR merveilleux.

Vous trouverez au delà de l’humour, de la vulgarité et de la folie de l’auteur, des thèmes très actuels avec en pôle position l’ANPE. Nous avons des conseillers complétement fous se rapportant au rêve, une conseillère qui emménage chez un chômeur, et une critique acerbe de notre monde du travail contemporain.
Une critique du monde contemporain tout court même, avec un rejet de la technologie par certains personnages dans les dernières nouvelles.

La ligne conductrice des personnages semble être le retour aux sources, la perte d’identité. Et Julien CAMPREDON manipule très bien la poésie et le vocabulaire pour nous faire passer un moment plein de non sens dont on ne peut se lasser.

En bonus vous avez une belle note d’éditeur en début de livre, qui nous explique un peu comment l’auteur en est arrivé à écrire, qui nous donne l’odeur de ses slips sales et le goût de ses repas. Un éditeur très encombrant, en somme, qui s’approprie pleinement une petite nouvelle de l’auteur sous forme de lettre.
Nous apprenons donc qu’après avoir lu BORGES, l’auteur a cherché la bibliothèque universelle et éviement le livre absolu (non, non, pas celui de Bernard WERBER. Quelle référence…). Il va alors longer les routes à la quête de cette mystérieuse bibliothèque et tombera sur des employés très étranges. Ils ne connaissent pas la fiction et ne jurent que par l’autobiographie et le nombrilisme français. La fiction est réservée aux anarchistes.

Je ne sais plus m’arrêter de parler de ce livre, je ne sais pas si j’en dis trop ou pas assez, je ne sais même pas si je vous ai donné envie de le lire. Tout ce que je peux vous dire pour clore mon avis enthousiaste, c’est que si vous ne le lisez pas, vous raterez quelque chose.

En même temps, des punks et des clodos on en croise tous les jours. Alors pourquoi se faire chier à acheter un livre ? Et bien même là vous serez épaté. L’auteur nous promet le remboursement ou le cassage de gueule de votre libraire si le livre ne vous plait pas. Imaginez donc comme je suis sûr de moi !

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À propos de Antoine

Libraire dans l’Isère. Voir tous les articles par Antoine

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